Gaza : le projet de déploiement marocain fragilise la position de Mohammed VI à la tête du Comité Al-Qods


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Le Maroc et Israël : Mohammed VI et Netanyahu
Le Maroc et Israël : Mohammed VI et Netanyahu

Une enquête du Guardian révèle qu’un avant-poste destiné à environ 150 militaires marocains est prévu dans la bande de Gaza, dans une zone actuellement contrôlée par l’armée israélienne. Mohammed VI, qui préside le Comité Al-Qods, devra justifier cette coopération sécuritaire avec Washington et Israël devant une opinion marocaine largement acquise à la cause palestinienne.

Une base pour 150 militaires marocains

Selon le Guardian, le premier marché de construction envisagé par le Conseil de paix de Donald Trump à Gaza concerne un avant-poste militaire destiné à accueillir environ 150 soldats marocains. Le contrat, qui n’est pas encore finalisé, a été attribué à Arkel International, une société américaine basée en Louisiane. L’installation mesurerait environ 100 mètres sur 120 et serait construite à près de 1,6 kilomètre de la frontière israélienne, dans la partie de Gaza actuellement sous contrôle direct de l’armée israélienne. Les militaires marocains seraient appelés à effectuer des rotations depuis une base située en Israël.

Le projet resterait rudimentaire dans un premier temps avec des tentes, lits de camp et installations sanitaires. Ceoendant, il pourrait constituer la première étape d’un dispositif plus large, un précédent projet ayant envisagé une capacité de 5 000 membres de la Force internationale de stabilisation.

Le Guardian indique que le contrat que le cadre juridique de la force reste incomplet. À ce stade, il s’agit d’un projet de déploiement et non d’une présence effective, les 150 militaires ne sont pas encore sur place.

Rabat s’est engagé officiellement le 15 juillet

Le Maroc a officialisé sa participation le 15 juillet et un accord a été signé à Rabat en présence du ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita, de responsables marocains de la défense et de Nickolay Mladenov, représentant du Conseil de paix pour Gaza.
Selon les informations officielles reprises par Reuters, la contribution marocaine doit comprendre des officiers supérieurs intégrés au commandement de la force, des personnels de la Gendarmerie royale et de la DGSN chargés de la formation de la future police palestinienne, ainsi qu’un hôpital militaire de campagne.

Les chiffres avancés depuis plusieurs semaines restent fluctuants. Reuters rapportait fin juillet qu’Israël avait approuvé le cadre permettant l’entrée d’une force initiale de 200 membres issus notamment du Maroc et de l’Ouganda, chaque contingent devant obtenir un feu vert israélien. Le Guardian évoque désormais un site prévu pour 150 Marocains.

Le Comité Al-Qods au cœur de la contradiction

Le roi Mohammed VI préside le Comité Al-Qods de l’Organisation de la coopération islamique, institution chargée de défendre les intérêts liés à Jérusalem et de soutenir les Palestiniens de la ville. Un titre et une mission difficilement compatibles avec la présence de soldats marocains aux côtés de Tsahal. Cepebdant, Rabat présente sa participation à la force comme le prolongement d’une politique qui associe aide humanitaire et soutien à la solution à deux États, en y ajoutant une contribution aux mécanismes internationaux de stabilisation.

La configuration révélée par le Guardian complique cet argumentaire. La future base étant située dans un secteur tenu par Israël, les troupes marocaines effectueraient leurs rotations depuis le territoire israélien et leur présence s’inscrirait dans un dispositif géré par les autorités israéliennes.

La résolution 2803 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée le 17 novembre 2025 par 13 voix et deux abstentions, celles de la Chine et de la Russie, a autorisé la création temporaire de la Force internationale de stabilisation. Elle lui confie notamment des missions de sécurité et de démilitarisation dans la bande de Gaza.

Ce mandat onusien fournit à Rabat une base juridique. Les opposants marocains ne contestent pas ce point mais la contradiction politique qu’il recouvre car présider le Comité Al-Qods tout en participant à une architecture sécuritaire étroitement coordonnée avec Israël expose le pouvoir à l’accusation de double discours.

Une contestation forte au Maroc

Le Front marocain de soutien à la Palestine et contre la normalisation a rejeté dès juillet la participation du Royaume à cette force. L’organisation dénonce le déploiement de ces « forces de stabilisation » et refuse que le Maroc y prenne part. La question est d’autant plus sensible que la normalisation avec Israël, rétablie en décembre 2020 dans le contexte de la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, reste contestée dans le pays. Depuis la guerre à Gaza, d’importantes manifestations ont régulièrement demandé la rupture des relations avec Israël.

Le projet de base donne à cette contestation un objet précis. Rabat pouvait jusqu’ici mettre en avant son aide humanitaire et l’action du Comité Al-Qods. L’installation de militaires marocains dans une zone tenue par l’armée israélienne déplacerait le débat sur un autre terrain. Le Maroc attend de cet engagement un surcroît d’influence auprès de Washington et un soutien accru sur la question du Sahara occidental.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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