
Près de trois ans après la fermeture de leur frontière commune, le Bénin et le Niger sont engagés sur la voie d’un rapprochement diplomatique, depuis la visite, début juin à Niamey, du nouveau Président béninois. Mais la reprise effective de la circulation des personnes et des marchandises entre les deux pays reste encore conditionnée à des garanties sécuritaires que Niamey juge indispensables.
Réunie à Cotonou ce week-end avec les autorités béninoises, une délégation nigérienne conduite par le ministre de l’Intérieur, le général Mohamed Toumba, a clairement fixé les lignes rouges du régime de transition.
La sécurité avant l’économie
À l’issue des discussions de Cotonou, le Niger a posé deux conditions qu’il qualifie de « non négociables ». La première porte sur la signature d’un accord de défense et de sécurité fondé sur le principe de non-agression. Concrètement, Niamey veut obtenir l’assurance que le territoire béninois ne pourra jamais être utilisé pour préparer ou soutenir des actions hostiles contre le Niger, et réciproquement. La seconde exigence concerne la transparence sur les dispositifs militaires étrangers présents à proximité des frontières. Depuis plusieurs années, les autorités nigériennes affirment que des forces étrangères, notamment françaises, seraient installées dans le nord du Bénin. Une accusation que Cotonou et Paris ont toujours rejetée. Pour lever toute suspicion, le Niger réclame désormais un mécanisme permanent d’échange d’informations ainsi que la création d’une cellule bilatérale de fusion du renseignement.
Ces demandes traduisent la priorité absolue accordée par les autorités nigériennes aux questions sécuritaires. Confronté à des attaques récurrentes de groupes terroristes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique dans la région du Liptako-Gourma, le Niger considère désormais sa politique frontalière comme un élément central de sa stratégie de survie.
Une frontière fermée au coût économique élevé
Si les préoccupations sécuritaires dominent les négociations, les enjeux économiques restent considérables. La fermeture de la frontière a lourdement affecté les échanges commerciaux entre les deux pays. Le Niger, pays enclavé, dépend historiquement du corridor béninois et du port de Cotonou pour une grande partie de ses importations. En effet, le corridor Cotonou-Niamey est le plus court et le plus direct pour relier le Niger à l’océan Atlantique. C’est au regard de cette évidence que depuis la période coloniale, le Dahomey aujourd’hui Bénin a toujours été considéré comme l’exutoire naturel du Niger.
Ainsi, depuis la fermeture de la frontière en 2023, les commerçants, transporteurs et populations des deux côtés de la frontière souffrent le martyre. Être obligés de passer par le Togo et devoir traverser le Burkina Faso augmente non seulement le temps de voyage pour les transporteurs et commerçants, ce qui agit tout naturellement sur le coût du transport, et accroît l’exposition au risque dans une région en proie au terrorisme. Et au final, ce détour fait payer plus cher les consommateurs de Gaya, Zinder ou Niamey obligés de payer le surcoût.
On comprend aisément le désarroi des commerçants tant du côté béninois que nigérien depuis le début de cette crise. On comprend encore mieux la frustration des consommateurs finaux nigériens obligés de faire les frais d’une situation dont ils ne sont en rien responsables. Et au-delà de tout, le Port autonome de Cotonou avait perdu un gros client, même si son activité dans l’ensemble n’a pas été handicapée.
Une épreuve de confiance entre les deux Etats
Au total, la volonté politique de normaliser les relations semble aujourd’hui partagée de part et d’autre. Toutefois, les exigences formulées par Niamey montrent que la réconciliation ne se fera pas sans une harmonisation totale des vues sur le terrain sécuritaire. La réouverture de la frontière bénino-nigérienne apparaît ainsi comme bien plus qu’une simple question de circulation transfrontalière. Elle apparaît comme une véritable épreuve de confiance entre deux États qui doivent désormais concilier impératifs sécuritaires, intérêts économiques et stabilité régionale.




