Frontière avec le Maroc : quand Alger répond au drapeau israélien par la Palestine


Lecture 4 min.
Drapeaux de la Palestine et d'Israël
Drapeaux de la Palestine et d'Israël

Quelques jours après la CAN 2025, une vidéo virale a capturé un moment hautement symbolique : à un drapeau israélien brandi côté marocain, des Algériens ont immédiatement répondu par des drapeaux palestiniens. Une séquence de quelques secondes qui cristallise deux visions diplomatiques irréconciliables au Maghreb. 

L’Algérie réaffirme son soutien historique à la cause palestinienne face à une provocation filmée côté marocain

Les images, apparues sur les réseaux sociaux autour du 22 janvier 2026, montrent une scène sans ambiguïté : côté marocain de la frontière fermée depuis 1994, une personne, présentée par plusieurs comptes comme « israélienne d’origine marocaine », agite ostensiblement un drapeau israélien face à la barrière.

La réponse algérienne ne s’est pas fait attendre. En quelques minutes, des drapeaux palestiniens ont été brandis de l’autre côté, dans un geste qui traduit une constance diplomatique qu’Alger assume pleinement depuis des décennies. Car si le Maroc a normalisé ses relations avec Israël en décembre 2020 dans le cadre des accords d’Abraham, l’Algérie n’a jamais dévié de sa ligne : soutien indéfectible à la cause palestinienne et refus de toute reconnaissance de l’État hébreu.

Un pilier historique du soutien à la Palestine

Cette réaction spontanée à la frontière n’est pas un épiphénomène. Elle s’inscrit dans une tradition diplomatique que l’Algérie revendique comme un marqueur identitaire fondamental.

Depuis son indépendance, Alger a fait de la solidarité avec le peuple palestinien un axe structurant de sa politique étrangère. L’Organisation de libération de la Palestine (OLP) y a longtemps maintenu des bureaux, et c’est à Alger que Yasser Arafat a proclamé symboliquement l’État palestinien en 1988. Cette fidélité à la cause ne s’est jamais démentie, quelles que soient les reconfigurations géopolitiques régionales.

Face à la normalisation marocaine avec Israël, régulièrement documentée, l’Algérie apparaît comme le dernier grand État du Maghreb à maintenir cette position de principe. Une cohérence que ses partisans présentent comme une forme d’intégrité diplomatique dans une région où les alliances se redessinent au gré des intérêts.

La CAN 2025, révélateur d’une proximité des supporters, pas de l’administrations marocaine

Le contexte sportif a sans doute servi de catalyseur. La Coupe d’Afrique des Nations, organisée au Maroc, a été marquée par des situations paradoxales. D’un coté une administration marocaine conflictuelle, qui cherche les incidents et procède à des interpellations, selon une source judiciaire citée par l’AFP. De l’autre, une forte proximité des supporters, les Algériens se sentant « comme à la maison ».

Un précédent : Saïdia 2021 et la « guerre des drapeaux »

L’épisode n’est pas sans rappeler une polémique similaire survenue en 2021, lorsque des visiteurs présentés comme israéliens avaient été photographiés brandissant des drapeaux près de Saïdia, au point frontalier de Bin Lajraf. Là encore, la réponse avait été immédiate : drapeaux palestiniens déployés côté algérien.

Ce que révèle cette « guerre des drapeaux », c’est l’écart grandissant entre deux trajectoires maghrébines.

Cette divergence traverse les opinions publiques. Au Maroc même, la normalisation coexiste avec une contestation persistante : les manifestations de soutien à Gaza ont régulièrement rassemblé des foules ces dernières années. Chaque image de drapeau israélien sur le sol marocain ravive ce débat intérieur.

À court terme, ces escarmouches visuelles ne modifient pas les rapports de force diplomatiques. Mais elles contribuent à durcir un climat social déjà dégradé entre les deux pays, dont la frontière terrestre reste fermée depuis plus de trois décennies. Mais pour l’Algérie, cette séquence aura au moins eu le mérite de rappeler une constante : quand il s’agit de la Palestine, Alger ne transige pas.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
Newsletter Suivez Afrik.com sur Google News