France : polémique autour de l’Institut d’études sur l’immigration et l’intégration

L’ouverture de l’Institut français d’études sur l’immigration et l’intégration, prévue ce lundi, a été repoussée. Les autorités espèrent ainsi calmer la vive opposition contre ce projet, qui devait être inauguré trois jours avant la Cité nationale de l’histoire de l’immigration.

Reculer pour mieux sauter ? Le Haut conseil français de l’Intégration (HCI) a décidé de reporter sine die l’ouverture de son Institut d’études sur l’immigration et l’intégration, initialement prévue ce lundi. Il entend ainsi « donner toutes les informations nécessaires sur ses futures missions et (…) dissiper tout malentendu », a expliqué Blandine Kriegel, présidente du HCI. L’Institut se veut être « un guichet unifié rassemblant des chercheurs, des universitaires, des administrations et des entreprises privées qui commanditent des recherches sur ces questions [d’immigration]. (…) L’objectif est de donner des moyens élargis à cette recherche », a-t-elle poursuivi. « Ce nouvel institut sera totalement indépendant, comme l’a toujours été notre observatoire statistique, même si c’est [le ministre de l’Immigration] Brice Hortefeux qui l’installera », avait-elle enfin assuré.

Levée de boucliers

Blandine Kriegel espérait ainsi faire taire les vives contestations contre cette instance, rattachée au gouvernement du Premier ministre François Fillon. Mais rien n’y a fait. Une soixantaine de chercheurs ont signé une pétition lancée le 2 octobre par une vingtaine d’universitaires soucieux de faire part de leurs « vives inquiétudes ». « Dans un contexte où le discours politique tend de plus en plus à présenter l’immigration comme un danger pour la collectivité nationale, où les législations successives restreignent toujours plus les droits des étrangers, où la rhétorique sur l’intégration sert à occulter les discriminations », les contestataires estiment que l’Institut menace l’indépendance de leur travail. C’est d’ailleurs en évoquant cette raison que l’historien Benjamin Stora, approché avant la présidentielle, s’est retiré du projet.

La Ligue française des droits de l’homme LDH, qui avait prévu de manifester ce lundi, a pour sa part qualifié l’Institut de « véritable atteinte à la liberté de la recherche qui ne peut être que multiple et diverse sur des sujets aussi complexes ». Elle s’est également offusquée du fait que l’instance soit dirigée par Hélène Carrère d’Encausse, « dont les propos, expliquant la révolte des banlieues [de l’automne 2005] par la polygamie, témoignent autant d’ignorance que de mépris et sont incompatibles avec une démarche scientifique ». Et les instigateurs de la pétition de rappeler que les mots de l’historienne et académicienne « ont suscité l’étonnement et l’indignation ».

D’aucuns jugent par ailleurs l’Institut redondant avec la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, qui doit ouvrir ses portes ce mercredi. Jacques Toubon, président de la Cité, estime cependant qu’il faut tempérer les choses. « La Cité travaille sur une matière beaucoup plus précise : les faits historiques. Ce nouvel institut a, lui, plus vocation, pour ce que j’en sais, à travailler sur la philosophie et les idées », a déclaré l’ancien ministre dans une interview accordée au quotidien français Le Monde. Reste que cette Cité ne sera pas inaugurée par le chef de l’Etat Nicolas Sarkozy. La ministre de la Culture, Christine Albanel, et celui de l’Immigration devraient en revanche faire le déplacement.