« Française », un point c’est tout ?

Française raconte l’histoire d’une lycéenne qui se bat pour retourner en France, son pays natal qu’elle a dû quitter avec sa famille. Une véritable déchirure pour Sofia la rebelle, qui s’est toujours sentie étrangère sur la terre marocaine de ses ancêtres… Découverte du film de Souad El Bouhati, sorti en salle ce mercredi en France , où la biculturalité est traitée à travers le regard d’une adolescente refusant d’oublier son enfance.

Cela fait un moment que les parents de Sofia y pensent : marre de ne pas être considérés comme français, peur que leurs trois enfants nés dans l’Hexagone ne connaissent le même sort… Alors, finalement, ils décident de quitter la France avec leurs trois enfants. Destination le Maroc, le pays d’origine de la petite famille.

Si sa grande sœur et son petit frère se sont faits à leur nouvelle vie dans une ferme du royaume chérifien, Sofia a toujours le mal de France. Pour y retourner, elle passe un marché avec son père : si elle passe son bac, elle récupère son passeport. Sofia – incarnée par Hafsia Herzi, la star de La Graine et le Mulet – travaille donc d’arrache-pied son arabe littéraire et ses autres matières.

« Si je reste ici, je vais mourir »

Tout au long de Française, premier long-métrage de Souad El Bouhati, Sofia ne fait pas vraiment preuve d’hostilité à l’égard du Maroc mais s’y sent mal à l’aise. Un malaise qui l’oppresse, l’étouffe. Jusqu’à provoquer une crise de nerfs, d’angoisse. « Si je reste ici, je vais mourir ! », lance-t-elle.

Comme si ses racines ne pouvaient s’épanouir dans le terreau marocain, comme si la greffe dans le pays de ses ancêtres n’avait pas pris. « Moi, mon pays, c’est la France. Je suis née là-bas, je veux mourir là-bas », ajoute-elle plus tard. A l’inverse d’une Française installée au Maroc et mariée à un Marocain. Pour cette expatriée, son pays, c’est le Maroc.

« Sofia n’est ni française ni marocaine »

Souad El Bouhati évoque ainsi un aspect de la biculture peu évoqué : celui du choix d’un pays lorsque l’on a grandi avec deux cultures. Mais si ce choix est mûrement réfléchi pour l’expatriée française, la détermination de Sofia serait plutôt de l’ordre de la recherche d’un jardin perdu lorsqu’elle a dû quitter la France, en pleurant et en criant.

« Elle a été enlevée, arrachée par une séparation brutale et inexpliquée à son monde, ses amis, à l’univers qui était le sien depuis sa naissance. Le pays d’origine qui lui manque tant n’est pas la France, c’est son Enfance », explique Souad El Bouhati, d’après le site Allo Ciné. La réalisatrice poursuit : « Sofia n’est ni française ni marocaine, elle est les deux. Et cette double appartenance n’a pas de nom. Si pour la plupart des gens l’identité est liée à un territoire, pour moi l’identité est celle que l’on se construit, elle est devant soi ».

Reste qu’Hafsia Herzi s’est identifiée au personnage de Sofia. Il faut dire que d’une certaine manière, elles se ressemblent : « A travers son itinéraire, confie Hafsia Herzi, je pouvais m’inspirer de ce moment de ma vie que je venais de vivre, l’arrivée à Paris, seule sans connaître personne, les cours de théâtre… Sofia, pour moi, c’est une jeune adolescente qui veut être libre ». Et qui ne sera libre que lorsqu’elle aura fait le deuil de son enfance pour se réaliser et devenir.