
Le Fonds monétaire international (FMI) et le Sénégal sont parvenus à un accord au niveau des services de l’institution sur un nouveau programme de financement de 2,2 milliards de dollars sur 36 mois. Le dispositif doit encore être approuvé par le Conseil d’administration du FMI. Il intervient après la découverte d’importantes erreurs dans les données communiquées sur les finances publiques sénégalaises et alors que la dette publique atteint 132% du PIB à fin 2024.
A Dakar,
Le FMI et les autorités sénégalaises ont conclu, ce mardi 1er septembre 2026, un accord sur les principales politiques économiques devant soutenir un nouveau programme au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC). Le financement envisagé s’élève à environ 2,2 milliards de dollars, soit 1 537,1 millions de droits de tirage spéciaux (DTS), correspondant à 475% de la quote-part du Sénégal au FMI. Le programme doit couvrir une période de 36 mois, de 2026 à 2029.
Un accord encore soumis au Conseil d’administration
L’accord conclu entre les services du FMI et Dakar ne constitue pas encore une décision définitive de financement. Le projet doit être soumis à la direction du FMI puis au Conseil d’administration de l’institution pour examen et approbation. Avant cette étape, le Sénégal doit notamment prendre des mesures correctives dans le dossier relatif aux déclarations erronées de données financières. Le FMI demande également les assurances de financement nécessaires de la part des partenaires du Sénégal.
La mission du FMI était dirigée par Mercedes Vera Martin, cheffe de mission pour le Sénégal. Elle s’est déroulée à Dakar du 19 août au 1er septembre 2026. Les discussions ont porté sur les politiques économiques et financières du Sénégal, la gestion de la dette, les finances publiques et les mesures destinées à renforcer la transparence budgétaire. Le programme envisagé vise notamment à rétablir la stabilité macroéconomique et la viabilité de la dette, à réduire les vulnérabilités budgétaires et extérieures et à accroître les dépenses sociales.
Une dette publique réévaluée à 132% du PIB
La situation de la dette constitue l’un des principaux éléments des discussions entre Dakar et le FMI. L’institution estime la dette du secteur public à 132% du PIB à la fin de 2024. Ce niveau résulte notamment de la révision des données relatives aux finances publiques après la découverte d’engagements qui n’avaient pas été correctement déclarés dans les statistiques officielles.
Un exercice de réconciliation réalisé avec le cabinet international Forvis Mazars avait conduit à revoir fortement à la hausse le stock de dette de l’administration centrale. Celui-ci est passé de 74,4% à 111% du PIB à fin 2023. À fin 2024, les données révisées faisaient apparaître une dette de l’administration centrale de 118,8% du PIB. La dette du secteur public et parapublic, qui inclut un périmètre plus large, a ensuite été estimée à 132% du PIB.
La découverte de la dette non déclarée
En 2024, les nouvelles autorités sénégalaises ont fait état d’importantes divergences dans les données communiquées auparavant sur les déficits budgétaires et la dette publique. Un audit de la Cour des comptes portant sur la période 2019-2023 a confirmé des déclarations erronées significatives concernant ces indicateurs. Les révisions ont entraîné une augmentation importante du niveau officiel de la dette.
Cette situation avait conduit le FMI à suspendre son programme de financement de 1,8 milliard de dollars avec le Sénégal. Les discussions sur un nouveau programme ont ensuite porté sur les mesures permettant de corriger les faiblesses identifiées dans la gestion des finances publiques et de la dette. Le FMI a notamment demandé une centralisation des fonctions de gestion de la dette, une amélioration de la qualité des données et un audit des arriérés de paiement.
Des réformes exigées sur la gestion de la dette
Depuis 2025, les autorités sénégalaises ont engagé plusieurs réformes présentées comme des mesures correctives. La gestion de la dette a notamment été réorganisée autour d’une centralisation des fonctions concernées. Le FMI a également demandé le renforcement du rôle du Comité national de la dette publique, la création d’une base de données centralisée sur la dette et l’amélioration des contrôles liés aux engagements budgétaires.
Le FMI suit également l’audit des arriérés de paiement engagé par l’Inspection générale des finances. En juin 2026, l’institution avait indiqué que des mesures supplémentaires restaient nécessaires pour clôturer le dossier relatif aux déclarations erronées. Elle avait également relevé les réformes institutionnelles visant à unifier les fonctions de gestion de la dette.
Le programme économique 2026-2029
Le futur programme soutenu par le FMI doit accompagner les réformes économiques et financières du Sénégal sur la période 2026-2029. Le dispositif prévoit notamment des mesures destinées à renforcer les finances publiques et la transparence budgétaire, tout en améliorant l’environnement des affaires et l’inclusion financière. Les autorités sénégalaises ont également annoncé leur intention de solliciter un traitement de la dette afin de contribuer au rétablissement de sa viabilité.
Les indicateurs économiques ont évolué en parallèle de la crise de la dette. Selon le FMI, la croissance réelle du PIB sénégalais a atteint 6,7% en 2025, portée notamment par l’expansion du secteur des hydrocarbures. Le déficit budgétaire global est passé de 13,4% du PIB en 2024 à 6,4% en 2025. Le déficit du compte courant s’est également réduit en 2025 sous l’effet de la progression des exportations de pétrole et de la compression des importations.
Le retour du Sénégal dans un programme du FMI
Le Sénégal est membre du FMI depuis le 31 août 1962. Avant le nouvel accord annoncé ce 1er septembre 2026, le pays avait bénéficié de plusieurs programmes avec l’institution. Les données du FMI indiquent que le Sénégal comptait 21 accords depuis son adhésion et affichait 829,65 millions de DTS de financements du FMI en cours au 31 mars 2026.




