Fin des programmes USAID : les conséquences humanitaires s’aggravent sur le continent


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Fin USAID
Fin USAID

Privé du soutien massif de l’USAID, le continent africain fait face à une crise humanitaire sans précédent : effondrement des structures de santé et recul brutal dans la lutte contre les grandes pandémies.

L’onde de choc provoquée par le désengagement massif de l’administration américaine dans l’aide internationale se transforme en un séisme sanitaire sur le continent africain. Un an après le gel de plus de 80 % des programmes de l’USAID, les structures de santé, privées de leur principal pilier financier, s’effondrent les unes après les autres. Derrière les chiffres budgétaires se cache une réalité humaine brutale où l’absence de médicaments, de lait thérapeutique et de personnel qualifié condamne des milliers de patients à une fin prévisible.

Une rupture idéologique aux conséquences vitales

La décision de Washington marque une rupture nette avec des décennies de diplomatie sanitaire. En qualifiant désormais l’Afrique de « théâtre périphérique », la nouvelle doctrine américaine privilégie les intérêts stratégiques immédiats au détriment de l’impératif humanitaire.

Cette vision comptable de la solidarité internationale a laissé un vide que les bailleurs européens, eux-mêmes en phase de contraction budgétaire, ne parviennent pas à combler. Pour des organisations comme Médecins Sans Frontières, ce retrait ne constitue que la première étape d’une refonte globale qui remet en cause le principe même de l’accès universel aux soins de base.

L’urgence alimentaire et pédiatrique en première ligne

Les effets les plus immédiats de cette pénurie financière se lisent dans les services de nutrition. En Somalie, l’interruption des livraisons de lait thérapeutique a provoqué une explosion de la mortalité infantile. Les structures de santé de Baidoa Bay témoignent d’une augmentation de 44 % des décès d’enfants souffrant de malnutrition sévère au cours du premier semestre 2025.

Au Soudan du Sud, le constat est tout aussi alarmant avec des centres de nutrition quasiment vidés de leurs ressources dès le début de l’année, laissant les nouveau-nés et les femmes enceintes sans aucune couverture médicale.

La lutte contre les grandes pandémies en péril

Le combat contre le VIH et le paludisme, autrefois fer de lance de la coopération américaine, subit un recul sans précédent. Au Malawi, où les États-Unis finançaient 60 % des traitements, un million de séropositifs voient leur accès aux antirétroviraux menacé, les forçant à se tourner vers des systèmes publics saturés et parfois hostiles.

En Guinée, ce sont deux millions de moustiquaires qui manquent à l’appel, obligeant les autorités à sacrifier la protection de zones entières comme la région de Conakry. Ce démantèlement des réseaux de prévention et de dépistage risque d’anéantir vingt ans de progrès sanitaires en quelques mois seulement.

Des kits d’urgence aux soins des plus vulnérables

La tragédie s’étend également à la protection des victimes de violences sexuelles. En République démocratique du Congo, l’annulation d’une commande de 100 000 kits d’urgence, contenant des médicaments essentiels contre le VIH et les infections transmissibles, laisse des dizaines de milliers de survivantes sans protection après leur agression.

Alors que MSF tente de pallier ces manques par des achats imprévus, la disparition des financements de l’USAID signifie aussi le licenciement de centaines d’agents communautaires, ces derniers remparts qui assuraient le lien médical dans les zones les plus isolées du continent.

Maceo Ouitona
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Maceo Ouitona est journaliste et chargé de communication, passionné des enjeux politiques, économiques et culturels en Afrique. Il propose sur Afrik des analyses pointues et des articles approfondis mêlant rigueur journalistique et expertise digitale
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