Farid Belkadi : le peintre qui sublime les femmes


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Farid Belkadi est un artiste peintre algérien à l’enthousiasme débordant, à la créativité ingénieuse, qui a fait de ses œuvres un hymne à la femme et à sa Kabylie natale. Portrait d’un artiste au talent pluriel.

De sa Kabylie natale, où il est né le 21 juin 1973, de sa maman et de toutes ces femmes qui ont jalonné son enfance qu’il « a passé dans les jupes de sa mère », le peintre algérien Farid Belkadi garde un souvenir ému qui transparaît dans sa peinture. Sous ses doigts, avec ou sans pinceau, sa terre, les femmes de son pays et la gent féminine en général, sont magnifiées. Résultat : une peinture unique. Un mot somme toute banal pour décrire ses visages de femmes suggérés avec des tatouages kabyles, sa femme bleue tourmentée ou encore sa magnifique femme touareg. Les femmes, toujours les femmes, parce qu’ « elles, dixit le peintre, sont les piliers de la culture traditionnelle, préservent le savoir-faire artisanal. Quand les maris sont en exil, mon père était lui en France, ce sont elles qui assurent l’éducation des enfants, gèrent et assument le quotidien. Il faut rendre à César, ce qui est à César ».

Doué pour le dessin

kabyle-1.jpgLa peinture s’est manifestée dans la vie de Farid Belkadi dès sa plus tendre enfance dans le village d’Ain el Hamam, dans la préfecture de Tizi Ouzou.
« Ma mère faisait des tapis aux motifs berbères qui naissaient sous mes yeux. J’avais alors 3 ou 4 ans. J’essayais ensuite de les reproduire avec de la craie, j’en remplissais les murs de la maison et on me suivait avec un seau d’eau et un chiffon pour les nettoyer ». Plus tard à l’école, il dessine avec une facilité déconcertante, contrairement à ses petits camarades. C’est à lui que les professeurs font appel pour réaliser les schémas scientifiques et les cartes géographiques. Il devient très vite la coqueluche de son établissement. Puis arrive le lycée, là son professeur d’Arts plastiques prend son avenir d’artiste en main : il l’inscrit au concours des Beaux Arts d’Oran.

« J’ai passé le concours en cachette de mes parents. Quand mon père a reçu les bulletins, il a cru que c’était ceux d’une école « normale ». Il pensait qu’on finissait voyou quand on était artiste », explique Farid, le sourire railleur. Il en sera autrement quand ce dernier, repéré pour son talent, passe à la télévision nationale. Bientôt son cursus s’achève à Oran, il prend alors le chemin de la capitale pour continuer son apprentissage où il fait valoir sa différence et son besoin de préserver son patrimoine culturel._berbere.jpg

Gardien du passé

« A Alger, se souvient-il, mes camarades de classe me traitaient d’artisan, alors que parmi eux fusaient les surnoms de « Picasso » et autres grands maîtres parce qu’ils s’évertuaient à reproduire leurs œuvres. Bien que j’apprécie leur peinture, je n’étais pas sensible à cela. Ce qui m’inspirait c’était les visages des femmes de chez nous, les paysage des dunes…» Farid voue un attachement sans faille à sa culture africaine. « J’ai beaucoup écouté les histoires que racontaient les personnes âgées parmi lesquelles j’ai évolué pendant toute mon enfance ». Quoi de plus normal pour «le gardien du temple » que Farid Belkadi est grâce à sa peinture. Dans ses tableaux renaissent la chaleur, la beauté des tenues traditionnelles hautes en couleurs et agrémentées de somptueux bijoux qu’arborent les femmes kabyles ou d’ailleurs. Les « femmes m’ont passé le flambeau, poursuit-il. Je trouve que parler d’art pour qualifier mon travail est un bien grand mot. Je ne crée rien, je sauvegarde ce qui existe déjà, je ne fais que m’en inspirer ».

touareg_bleue2.jpgLa peinture pour préserver sa culture, mais aussi celle des autres. Farid Belkadi quitte l’Algérie en 1996 pour la France où il va continuer ses études artistiques. Il les fera aux Beaux Arts de Paris grâce notamment à une bourse de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture, option : restauration du patrimoine français. Le peintre est spécialiste des 17 et 18e siècles. Mais Farid est avant tout une artiste, même s’il récuse le terme : il en a la fantaisie, l’enthousiasme et surtout la créativité. On en a forcément, quand on s’est servi comme lui, des papiers d’emballage de bouchers comme supports de toiles ou de résidus de maquillage pour gouache. « Je continue à faire les poubelles, affirme-t-il malicieusement, je fais de la peinture de récupération, écologique même ». Et c’est vrai ! Pour l’une de ses oeuvres qui représente une femme touareg, il a utilisé, entre autres, de l’argile, du henné et du brou de noix dont on se sert parfois pour patiner le bois. Mais Farid peut aussi se servir d’un jaune d’œuf, du charbon ou encore de la laque pour fixer ses teintes. Sa philosophie : on peut tout utiliser pour peindre, « même les pauvres peuvent faire de l’art », conclut-il .

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Lui « qui ne trouve pas normal qu’on n’ait pas un moyen d’expression» en a trouvé, en plus de la peinture, plusieurs autres pour canaliser son énergie créative. Parmi elles, la sculpture, le théâtre ou encore la musique. Il collabore souvent avec Jean-Philippe Rykiel, qui a travaillé avec de grands artistes africains comme le Sénégalais Youssou N’Dour. Il joue aussi du bendir, un instrument algérien dont la pratique se perd et qu’il essaie de faire revivre. Farid Belkadi est indéniablement un gardien des traditions dont la seule arme contre le temps est l’Art dans tous ses états.

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