Fadila Mehal : fondatrice des « Marianne de la diversité »

Entretien avec Fadila Mehal, fondatrice des Marianne de la diversité, association qui milite pour une grande participation politique des femmes issues de l’immigration. Rencontre avec une femme qui consacre sa vie au militantisme social et politique, pour que la diversité soit une chance pour la France. Elle-même était candidate aux dernières élections législatives, portant les couleurs du MODEM dans l9° circonscription de Paris.

Fadila Mehal est la fondatrice et présidente de l’association Les Marianne de la diversité, qui milite notamment pour une plus grande participation des femmes issues de l’immigration, dans la vie politique française. Membre du Conseil économique et social, directrice pour la culture à l’ACSE, l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances, Fadila Mehal est née à Cherchell en Algérie, et est arrivée en France à l’âge de 4 ans. C’est dans son pays d’origine, où elle est retournée étudier le journalisme, et travailler pendant quatre ans à la RTA, la radio-télévision algérienne, qu’elle s’est découverte une passion pour le militantisme social et politique.

Afrik.com : Quelle est la mission des Marianne de la diversité ?

Fadila Mehal :
L’objectif principal de notre association est de rendre visibles des femmes issues des diversités dans l’espace public, diversités des pays d’origine, mais aussi des régions, et des âges. Car nous nous sommes rendues compte que dans la vie publique française, ce sont les femmes, surtout celles de la diversité qui restent les grandes absentes. Quand il y a eu l’embrasement des banlieues (en novembre 2005 et 2006, ndlr), et qu’on a eu épuisé tous les recours et les médiations des hommes, on a enfin vu arriver les femmes. Chacun reconnaît que cette autorité naturelle des mères a fait contre-feu et a apaisé les tensions. Ce sont elles qui ont calmé la colère de leurs enfants. Aujourd’hui tout le monde reconnaît le rôle fédérateur, rassembleur des femmes et des mères. Ce sont des acteurs que l’on avait ignorés, oubliés. Nous voulons montrer le visage d’une France apaisée, rassemblée autour des femmes et des hommes de bonne volonté. Nous voulons changer les préjugés à l’égard de ces femmes diverses présentées trop souvent comme des victimes ,femmes « violées,battues ou excisées », etc … même si ce sont des réalités que nous ne renions pas c’est une vision néanmoins partielle et qui ne montre pas la pluralité des parcours de vie. Les Marianne de la diversité c’est aussi une nouvelle génération de femmes qui sont dans l’action, avec des visions positives, et des vies réussies.

Afrik.com : Quelles formes d’action prend votre association?

Fadila Mehal :
Nous sommes un mouvement d’idées, un réseau fédérateur, qui sert à faire du lobbying public. Nous avons une relation apaisée et non conflictuelle avec les religions, et nos membres appartiennent à des cultes différents: par exemple, Dounia Bouzar, anthropologue et spécialiste de l’islam, Théo Klein, l’ex-président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France, ndlr),ou Bétoul Fekkar-Lambiotte, militante associative. Nous défendons une laïcité ouverte, et nous luttons contre tous ceux qui exaltent la diversité pour se réfugier dans leur singularité . Car le « je revendique le droit à la différence » se transforme souvent en « je revendique la différence des droits ». Nous voulons aussi lutter contre ceux qui disent: « l’islam n’est pas soluble dans la démocratie » ou « la diversité est un fardeau ». Pour nous au contraire, elle est un cadeau.

Afrik.com : Comment concilier diversité et appartenance à une même nation?

Fadila Mehal :
Ce n’est pas du tout incompatible! La vice-présidente de notre association, Caroline Casimir, est corse. Et bien, elle me parle de la culture corse exactement comme je pourrais vous parler de la culture algérienne, dont je suis issue! Moi par exemple, je suis Française, je suis musulmane, j’appartiens aux classes moyennes, et j’appartiens aussi à la culture algérienne. Pourquoi renier toutes ces identités, pour ne plus avoir que cette identité virtuelle, « l’identité française »? Chaque région de France a son identité propre: le Nord, la Corse, la Provence, la Normandie…. Il est temps de parler des identités d’appartenance, au pluriel.

Afrik.com : Comment avancez-vous sur la question de la représentation politique des femmes issues de l’immigration?

Fadila Mehal :
Fadila Mehal : Nous avons lancé une pétition, en février 2007, qui a recueilli à ce jour plus de 500 signatures. Et sur le terrain, sur tout le territoire, à travers nos membres et nos bénévoles, nous travaillons pour faire inscrire des femmes, issues de l’immigration notamment, sur les listes électorales, pour les prochaines législatives (en juin 2007, ndlr). Et nous encourageons des femmes de toutes obédiences politiques, qu’elles soient UMP, PS, UDF, Verts, etc… Cela fait 20 ans que je milite pour les droits civiques. Aujourd’hui je réalise que pour faire vraiment bouger les choses sur le plan politique, il faut investir les lieux de pouvoir. La sphère politique est la dernière bastille à prendre pour les femmes issues de l’immigration.

Afrik.com : Ces femmes rencontrent-elles encore des obstacles pour intégrer le champ politique?

Fadila Mehal :
Bien sûr! Pour l’inscription sur les listes électorales, par exemple, elles s’entendent souvent dire « si tu te présentes, tu seras une menace pour notre électorat, et tu vas faire monter le score du Front national » ou « ne t’embêtes pas à te présenter, on va défendre tes idées à ta place ». Et cela, dans les partis de droite comme de gauche! Ou alors, les femmes qui sont candidates se voient confier une fonction de « sergent-recruteur » : « tu ramasses des voix dans ton quartier ». Elles sont assignées à leurs fonctions identitaires. C’est de ces schémas réducteurs que nous voulons sortir. Et que nous sommes en train de sortir, peu à peu!
Nous avons soutenu plusieurs candidates pour les dernières élections législatives, de tous les partis, avec des femmes de valeur telles que Najat Azmy à Tourcoing, Bornia Tarall à Strasbourg ou Françoise Jupiter à Marseille, et croyez moi, elles n’étaient pas des candidates de témoignage!

Afrik.com : Justement, quel bilan faites-vous de ces récentes élections législatives?

Fadila Mehal :
Il y a eu un rééquilibrage des voix, car nous avions appelé au pluralisme, et nous avons été entendus. Moi-même j’étais candidate pour le MODEM dans la 19° circonscription de Paris, qui couvre la Goutte d’Or, la Chapelle, et la Villette, et nous avons obtenu 8,2% des voix, c’est-à-dire que nous sommes arrivés comme la 3° force de la circonscription, avant les Verts. Et, comme d’autres candidats du MODEM ailleurs, je n’étais pas connue dans cette circonscription! A l’occasion de ces élections, j’ai découvert une motivation très forte: 200 bénévoles, souvent des jeunes femmes, m’ont aidée, et la plupart n’avaient pas été encartées dans un parti politique auparavant!

Afrik.com : Que pensez-vous de la nomination au gouvernement de trois femmes issues de l’immigration: Rachida Dati comme Ministre, et Rama Yade et Fadéla Amara comme Secrétaires d’Etat?

Fadila Mehal :
Fadila Mehal : Nous sommes très satisfaite. Ce sont toutes trois des femmes d’expérience et de conviction, et, en outre, des amies des Marianne de la Diversité. Il y a une véritable volonté du Président Sarkozy d’intégrer ces Français issus de l’immigration au plus haut niveau en politique, ce qui est notre combat depuis toujours. Elles auront à traiter de sujets qui ne sont pas faciles, et sur lesquels il y a beaucoup d’attente. Je leur souhaite la pleine réussite à chacune.

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