
Au lendemain de la confirmation par le Togo de l’extradition de l’ancien Président Paul-Henri Sandaogo Damiba vers son pays, les autorités burkinabè ont-elles aussi donné de la voix sur la question. Ouagadougou a fait le choix d’une communication à la fois sobre, juridique et hautement symbolique.
Dans un communiqué signé le 20 janvier 2026, le ministre de la Justice, Me Edasso Rodrigue Bayala, a officiellement fait le point sur la procédure ayant conduit au retour de l’ex-chef de l’État à Ouagadougou, tout en exprimant la reconnaissance du gouvernement burkinabè envers les autorités togolaises. Une réaction qui s’inscrit dans une stratégie assumée de légitimation judiciaire et de signal politique fort.
Une prise de parole institutionnelle pour cadrer l’événement
Plutôt qu’une déclaration politique ou sécuritaire, c’est le ministère de la Justice qui a été chargé de porter la parole officielle de l’État burkinabè. Ce choix n’est pas anodin. En détaillant avec précision les étapes de la procédure, le gouvernement de transition entend inscrire l’extradition de Paul-Henri Sandaogo Damiba dans un cadre strictement judiciaire, loin de toute logique de règlement de comptes politiques.
Le communiqué rappelle ainsi que la procédure a été déclenchée à la suite d’une dénonciation formelle, le 5 janvier 2026, auprès du parquet du Tribunal de grande instance Ouaga I. Cette dénonciation mettait en cause plusieurs personnes, civiles et militaires, dont l’ancien Président, pour des faits graves allant de l’atteinte à la sûreté de l’État au blanchiment de capitaux. En exposant cette chronologie, les autorités burkinabè cherchent à démontrer que l’extradition n’est ni improvisée ni arbitraire, mais est plutôt le résultat d’un processus judiciaire enclenché conformément aux règles de droit.
La justice comme pilier de la réponse de l’État
La réaction des autorités de Ouagadougou se distingue également par l’insistance sur le rôle central de la justice. Le communiqué détaille la décision du Procureur du Faso de saisir un juge d’instruction, l’ouverture rapide d’une information judiciaire dès le 6 janvier, ainsi que l’émission d’un mandat d’arrêt international contre Paul-Henri Sandaogo Damiba.
Les chefs d’accusation énumérés – détournement criminel de deniers publics, enrichissement illicite criminel, corruption, recel aggravé, incitation à la commission de délits et crimes, blanchiment de capitaux – sont appuyés par des références précises au Code pénal burkinabè et à la loi de décembre 2024 sur la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. En citant ces textes, le ministère de la Justice envoie un message clair : l’ancien Président est poursuivi comme n’importe quel justiciable, sur la base de lois en vigueur, y compris les plus récentes, adoptées dans un contexte de durcissement de l’arsenal juridique contre la criminalité financière et les atteintes à la sécurité de l’État.
La reconnaissance officielle envers le Togo
Autre élément central de la réaction des autorités burkinabè : l’expression publique de gratitude envers le Togo. Le ministre de la Justice salue une « parfaite coopération judiciaire » et évoque les « bonnes relations » entre les deux États. Cette reconnaissance dépasse le simple cadre protocolaire. Elle vise à valoriser le respect des mécanismes de coopération pénale internationale et à montrer que l’extradition de Damiba n’est pas le fruit de pressions politiques, mais le résultat d’une décision judiciaire souveraine de la Chambre d’instruction de la Cour d’appel de Lomé, matérialisée par l’arrêt n°013/2026 du 16 janvier 2026. Pour Ouagadougou, il s’agit aussi de consolider une dynamique régionale où les États cessent d’être des refuges pour des dirigeants déchus poursuivis par la justice de leur pays.
Si le communiqué du ministère de la Justice évite tout ton politique direct, la portée du message n’échappe à personne. En assumant publiquement l’extradition d’un ancien chef de l’État, les autorités burkinabè affirment que le statut passé, militaire ou présidentiel, ne constitue plus un bouclier contre des poursuites judiciaires. Dans un pays marqué par une succession de coups d’État et une profonde crise de confiance envers les institutions, cette réaction officielle vise à répondre à une attente forte de l’opinion publique : celle de la redevabilité des dirigeants, y compris ceux issus des forces armées.
Une réaction scrutée par l’opinion et la communauté internationale
La communication des autorités burkinabè, volontairement juridique et maîtrisée, sera désormais confrontée à l’épreuve des faits. La suite de la procédure judiciaire, le respect des droits de la défense et la transparence du traitement du dossier Damiba seront déterminants pour crédibiliser la posture affichée. Et sur ce point, tous les regards sont véritablement tournés vers le Burkina Faso où la peine capitale vient d’être rétablie.
Dans tous les cas, la réaction officielle à l’extradition de Paul-Henri Sandaogo Damiba marque un moment clé pour la transition burkinabè : celui d’un État qui revendique, par la voix de sa justice, le droit de demander des comptes à l’un de ses anciens dirigeants, tout en s’appuyant sur la coopération régionale pour y parvenir. Affaire à suivre.




