Ethiopie : le gouvernement s’attaque aux problèmes de santé sexuelle des jeunes

L’Ethiopie vient de se doter d’une stratégie nationale en matière de santé sexuelle des jeunes âgés entre 10 et 24 ans. Son objectif est de lutter contre le VIH, les grossesses précoces, les mutilations génitales, le viol et le faible accès aux services sanitaires.

Lancée la semaine dernière par le ministère éthiopien de la Santé, en collaboration avec des agences des Nations Unies, la Stratégie de santé génésique (reproductive) des adolescents et des jeunes (AYRH, en anglais) doit être mise en oeuvre au cours des huit prochaines années.

« Bien que l’adolescence soit généralement une période de la vie ou l’on est en bonne santé, bon nombre de jeunes sont souvent trop peu informés, trop peu expérimentés et trop mal à l’aise pour avoir accès aux services de santé sexuelle, génésique et VIH/SIDA », a noté Monique Rakotomalala, représentante du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) en Ethiopie.

Le ministre éthiopien de la Santé, Tedros Adhanom, a expliqué que cette stratégie reflétait la volonté de son gouvernement d’améliorer la santé génésique des jeunes éthiopiens. Les jeunes âgés de moins de 15 ans représentent 40 pour cent des 77 millions d’habitants de l’Ethiopie, selon l’AYRH. « Cette stratégie appelle à la mise en place d’interventions ciblées et adaptées pour répondre aux différents besoins et aux réalités des jeunes », a indiqué le document stratégique.

Soulignant que les jeunes femmes mariées éthiopiennes avaient une autonomie et un accès aux ressources limités, ce document a révélé qu’à peine la moitié des adolescentes mariées pouvait en fait décider de la façon dont leurs propres revenus seraient utilisés. Sur la question des pratiques préjudiciables, l’AYRH a noté que le nombre d’enlèvements et de mariages précoces avait tendance à décliner mais que le problème persistait. Le rapport a cité l’étude démographique nationale de 2005 selon laquelle 80 pour cent des femmes et la moitié des hommes pensaient que dans un certain nombre de situations, il était justifié qu’un homme batte sa femme.

Excisions, viols, grossesses précoces… : de nombreux problèmes à résoudre

Un autre problème largement répandu concerne les mutilations génitales. Plus de la moitié des jeunes filles âgées entre 15 et 19 ans ont été circoncises. Bien que le soutien en faveur d’une telle pratique soit en déclin, un quart des filles entre 15 et 24 ans ont estimé que cette tradition devait être perpétuée. L’AYRH a noté que les enlèvements étaient communs, particulièrement dans la région de l’Oromia et les Etats du sud du pays, et que les jeunes femmes vivant dans les zones rurales étaient deux fois plus exposées au risque que celles habitant en milieu urbain. A l’échelle nationale, de nombreuses femmes mariées ont dit avoir été enlevées pour être mariées.

Le viol a également été cité parmi les pratiques répandues, à la fois en milieu rural et urbain. Une étude menée dans six zones périurbaines a découvert que neuf pour cent des adolescentes sexuellement actives et six pour cent des garçons avaient été victimes de viol. Une autre étude menée parmi les jeunes filles des rues de la capitale Addis Abeba a démontré que 15 pour cent d’entre elles avaient subi des violences sexuelles, tandis que 43 pour cent avaient eu leur premier rapport sexuel sous la contrainte. « L’accès limité à des soins et des services adaptés en matière de santé sexuelle pour les jeunes a contribué à exacerber la plupart des problèmes de santé génésique », a dit l’AYRH.

Le document stratégique a aussi détaillé les problèmes de la polygamie, des mariages et des grossesses précoces, de la faible utilisation de la contraception et de l’avortement. Selon le ministère de la Santé, les avortements constituent 60 pour cent des consultations en gynécologie. « L’une des interventions les plus efficaces pour gérer la croissance rapide de la population est de donner les capacités aux gens de faire des choix informés sur leur propre santé, y compris en ce qui concerne leur désir de procréation », a expliqué l’AYRH.

Mme Rakotomalala de l’UNFPA a estimé que tout en aidant les adolescents à faire des choix éclairés, la stratégie reconnaissait que leurs besoins en matière de santé sexuelle et génésique étaient différents de ceux des adultes. « La stratégie est conçue de manière à distinguer les populations cibles en fonction de leurs caractéristiques démographiques, socioculturelles, géographiques et économiques », a-t-elle expliqué.

Photo: IRIN