Et un César pour Omar

C’est la récompense du public et de ses pairs. Hier à la rituelle récompense des César, Omar SY devient le premier acteur noir de l’histoire de France a obtenir le prix du meilleur comédien dans un premier rôle.

Omar SY a réussi ce que peu de comiques français étaient parvenus à faire. Seul Coluche avant avec son rôle dramatique dans Tchao Pantin en 1984 avait réussi cet exploit. Commencer sa carrière en faisant rire et être récompensé pour un premier rôle dramatique salué alors, tout comme Intouchables aujourd’hui par toute la critique.

Coluche recevant son prix aux Césars

L’émotion du jeune comédien hier lors de sa remise de prix était palpable. Il devance un Jean Dujardin, un autre comique, qui a le vent en poupe à travers le monde et qui dimanche risque bel et bien de recevoir l’Oscar du meilleur acteur. Aux États-Unis pour sa prestation dans « The Artist » Les 19 millions d’entrées d’Intouchables, l’unanimité des spectateurs face à ce film bien construit et original, et bien sûr la performance des comédiens, le duo Omar Sy et François Cluzet, ont réussi à ironiquement toucher toutes les couches de la population française.

Omar SY recevant son César

L’acteur d’origine sénégalo-mauritanienne a commencé par remercier ses parents, ainsi que son entourage professionnel qui lui a donné sa chance, et enfin sa femme Hélène. Il remercie également « Frédo », Fred Testot, son comparse du Service Après Vente des émissions. Le SAV lui a donné la chance sur CANAL+ d’être regardé et aimé du public grâce à l’émission phare « Le grand Journal ». Elle lui a donné une légitimité d’acteur, il y joue chaque soir de la semaine des personnages récurrents aujourd’hui familier du public français.

Cette récompense arrive dans un climat électoral tendu en France. Le sujet de l’immigration étant mis en avant par tous les candidats à l’élection présidentielle et leurs partis, le Front National et l’UMP en tête. Rappelons que Jean Marie Le Pen avait récemment critiqué le film voyant dans le rôle de François Cluzet le symbole d’une France malade. Le fait qu’un acteur noir, musulman, venant du quartier de Trappes ait réussi dans le milieu très conservateur du cinéma français sera sans doute vu ces prochains jours comme un geste politique. Néanmoins les qualités de comédien de Omar Sy dans un film sur mesure comme Intouchables sont évidentes, et son rôle de jeune plein de vie qui essaie de s’en sortir malgré sa condition sociale tout comme celui de François Cluzet qui symbolise une France aisée, élitiste et coupée des réalités sociales font du film une œuvre qui rassemble, loin des clichés habituels du monde politique. Une façon pour le 7è Art de renouer, tout comme Tchao Pantin, en son temps, avec des films qui parlent au grand public, agréables à regarder en famille mais qui posent des questions sur notre époque et les façons de vivre ensemble.

La succes story d’Omar Sy commence et emboite le pas à des prédécesseurs comme Jamel Debouzze, son voisin de la ville de Trappes. C’est le premier à lui donner sa chance sur Radio NOVA et à le faire entrer à CANAL + dans « Le journal de Jamel ». Debouzze a contribué à sa façon à faire entrer des comédiens issus de l’immigration, et principalement ceux d’origine maghrébine, dans le paysage audiovisuel français et plus tard au cinéma, avec des rôles politiquement forts de sens. On se rappellera de son interprétation dans le film « Indigènes » de Rachid Bouchareb en 2006. Depuis des acteurs comme Tahar Rahim dans « Un Prophète »(2009) ont pu montrer au plus grand nombre que le choix possible des producteurs et des réalisateurs était vaste, ainsi que la riche diversité des banlieues françaises. Dans les années 1990, de rares exceptions cinématographiques comme « La haine » (1994) ou encore «Taxi» (1998) avaient laissé leur chance, avec succès à la clef, à des comédiens d’origines diverses, fer de lance d’une nouvelle génération capable d’assumer sa diversité.

L’intégration des comédiens issus de l’immigration sera sans doute le défi à relever dans le milieu du cinéma, qui avait trop tendance à stéréotyper les noirs et arabes de France, en leur donnant des rôles en rapport avec leurs origines sans essayer d’exploiter leurs talents artistiques.

(Voir sur Canal+ La diversité en marche) (Documentaire « L’entrée des Trappistes » Jamel Debbouze, Omar Sy et Nicolas Anelka)

Avec le prix du meilleur acteur aux César, Omar SY devient malgré lui, un symbole fort pour les Noirs de France. Un exemple de réussite qui mérite d’être souligné parce que toujours aujourd’hui une exception.