
Autodidacte venu du numérique, Nihtael détaille sa méthode de travail, les difficultés rencontrées par les artistes togolais sur les plateformes de streaming et son ambition de développer Façonné Music et NIHTAEL DYNASTY au-delà des frontières du pays.
Autodidacte venu du numérique, Nihtael s’est progressivement spécialisé dans la distribution musicale et l’accompagnement des artistes au Togo. Après avoir présenté son parcours et son activité, Afrik.com lui donne plus largement la parole. Streaming, professionnalisation, concurrence des grands marchés africains, Façonné Music, NIHTAEL DYNASTY, le jeune professionnel détaille sa vision et affiche une ambition, celle de voir la musique togolaise franchir davantage les frontières.
Le succès international des musiques africaines ne profite pas encore de la même manière à tous les pays du continent. Alors que le Nigeria, l’Afrique du Sud ou le Ghana disposent de scènes puissantes et d’artistes capables de toucher plusieurs continents, des marchés plus petits restent beaucoup moins visibles sur les grandes plateformes numériques.
Le Togo fait partie de ces pays où les talents existent, mais où la structuration de l’industrie musicale constitue encore un enjeu majeur. Distribution, promotion, accompagnement des artistes, accès au streaming et création de passerelles avec les marchés étrangers deviennent dès lors aussi importants que la production musicale elle-même.
C’est sur ce terrain que Nihtael développe son activité. Autodidacte, il est arrivé dans la musique par les nouvelles technologies avant de se spécialiser progressivement dans la distribution digitale et le développement de projets artistiques.
Nous publions aujourd’hui l’intégralité de notre entretien avec celui qui souhaite notamment développer Façonné Music et NIHTAEL DYNASTY et participer à la structuration d’une industrie musicale togolaise davantage tournée vers l’Afrique et l’international.
Afrik.com : Pouvez-vous revenir sur votre parcours et nous expliquer comment vous êtes entré dans l’industrie musicale et dans la distribution numérique ?
Nihtael : Je suis entré dans l’industrie musicale par le numérique. J’ai quitté les études assez jeune et je n’ai pas suivi un long parcours universitaire, mais j’ai toujours été très attiré par les nouvelles technologies.
Je me suis formé en grande partie par moi-même, notamment dans la création de sites web, l’utilisation des outils numériques et, progressivement, les différentes plateformes en ligne.
C’est sur ce chemin que j’ai commencé à m’intéresser à la musique. J’ai compris que les compétences numériques que j’avais développées pouvaient répondre à un véritable besoin chez les artistes, notamment pour mettre leurs œuvres en ligne, les distribuer et développer leur présence sur Internet.
J’ai commencé par proposer mes services et montrer ce que je savais faire à quelques artistes autour de moi. Ils m’ont fait confiance, puis le bouche-à-oreille a fonctionné. De plus en plus d’artistes sont venus travailler avec moi.
Je suis essentiellement autodidacte. J’ai beaucoup appris en pratiquant, en faisant des recherches, en testant de nouveaux outils et surtout en travaillant directement sur les projets des artistes. C’est cette expérience de terrain qui m’a permis de construire progressivement mon activité dans l’industrie musicale.
Concrètement, quel est votre rôle lorsqu’un artiste vient vous voir avec un nouveau projet ou un nouveau titre ?
Nihtael : Lorsqu’un artiste vient me voir avec un nouveau morceau ou un nouveau projet, mon travail ne consiste pas simplement à le mettre sur les plateformes.
Nous commençons d’abord par construire un plan et une stratégie claire, du début jusqu’à la sortie et au suivi du projet. Nous définissons les différentes étapes : préparation de la sortie, distribution numérique, communication et promotion.
Ensuite, je me charge notamment de rendre le projet disponible sur les différentes plateformes et de travailler sur sa visibilité.
Mon objectif est d’éviter qu’un artiste sorte simplement un morceau et attende que les choses se passent. Une sortie doit être préparée et accompagnée.
Ma vision va également au-delà du marché togolais. Lorsque je travaille sur un projet, je veux qu’il puisse traverser les frontières, être découvert ailleurs en Afrique et progressivement toucher un public international.
Aujourd’hui, le numérique nous donne cette possibilité : un artiste togolais peut sortir sa musique depuis le Togo et être écouté partout dans le monde.
Avec quels artistes togolais avez-vous déjà travaillé et quels projets considérez-vous comme les plus représentatifs de votre activité ?
Nihtael : J’ai eu l’occasion de travailler avec de nombreux artistes togolais et africains, notamment à travers la distribution numérique de leurs œuvres.
Parmi les artistes présents dans les projets que j’ai accompagnés récemment, je peux citer Zaga Bambo, SENARIO, YESUVI RASTA ou encore Griot Waro, ainsi que plusieurs autres artistes.
L’un des projets importants que j’ai eu l’occasion de distribuer cette année est également Plus loin, ensemble de Groupe Empire, réalisé dans le contexte de la campagne présidentielle béninoise de 2026. Ce projet collectif a réuni plusieurs artistes béninois et africains.
Ce type de projet montre aussi que la distribution numérique ne consiste pas seulement à mettre un titre sur Spotify ou Apple Music. Il faut pouvoir gérer plusieurs sorties, plusieurs artistes et assurer une présence cohérente du projet sur les plateformes.
Mais je tiens tout autant au travail réalisé avec les artistes indépendants. Mon objectif n’est pas uniquement de participer à de grands projets : c’est également d’aider les artistes en développement à structurer leurs sorties et à rendre leur musique accessible au-delà du Togo.
Une partie importante des projets que j’ai distribués en 2026 est d’ailleurs regroupée dans ma playlist « NIHTAEL DISTRIBUTION » sur Spotify.
Quels sont aujourd’hui les principaux obstacles qui empêchent un artiste togolais de profiter pleinement de Spotify, Apple Music, YouTube ou des autres plateformes internationales ?
Nihtael : L’un des principaux obstacles au Togo est que la culture du streaming payant est encore en développement.
Pour une partie importante du public, payer un abonnement pour écouter de la musique sur Spotify, Apple Music ou d’autres plateformes n’est pas encore devenu une habitude.
Beaucoup de personnes sont davantage habituées à écouter gratuitement la musique sur YouTube ou à récupérer les morceaux par d’autres moyens. Cela rend plus difficile la création d’un volume important de streams locaux permettant aux artistes de générer des revenus et de mesurer leur audience sur les plateformes.
Ce phénomène ne concerne d’ailleurs pas uniquement le Togo. On peut l’observer, à différents niveaux, dans plusieurs marchés africains où les habitudes de consommation numérique évoluent progressivement.
Pour moi, le défi consiste également à éduquer le public à la valeur de la musique numérique. Streamer légalement un artiste, s’abonner à sa chaîne ou ajouter ses morceaux à ses playlists constitue une manière concrète de soutenir sa carrière.
Le Nigeria ou le Ghana disposent aujourd’hui d’une visibilité internationale considérable. Comment le Togo peut-il trouver sa place dans cette nouvelle économie musicale africaine ?
Nihtael : Aujourd’hui, il est encore difficile pour le Togo de se démarquer dans une industrie musicale africaine où certains marchés disposent d’une visibilité internationale beaucoup plus importante. Mais je suis convaincu que le Togo possède le potentiel pour trouver sa place.
Pour y arriver, je pense que tous les acteurs du show-business togolais doivent davantage se mobiliser et travailler ensemble : artistes, producteurs, distributeurs, managers, médias, promoteurs, organisateurs d’événements et structures culturelles.
Moi-même, je considère que j’ai une responsabilité à jouer dans cette évolution.
Des artistes togolais ont déjà réussi à se produire en France et dans d’autres pays. Nous savons donc que c’est possible. Mais demain, je voudrais que ces opportunités deviennent accessibles à un nombre beaucoup plus important d’artistes et qu’elles ne dépendent pas uniquement des relations personnelles ou du réseau dont dispose un artiste.
Il faut construire un véritable écosystème capable d’identifier les talents, de professionnaliser leurs projets, de bien distribuer leur musique, de les promouvoir et surtout de créer des passerelles avec les autres marchés africains et internationaux.
Si nous réussissons cette mobilisation collective, je suis convaincu que dans les cinq prochaines années, la musique togolaise peut prendre une dimension que beaucoup de personnes n’imaginent pas encore aujourd’hui.
Nous avons les talents ; maintenant, il faut construire les structures et ouvrir davantage de portes.
Quel est votre objectif pour les prochaines années et comment imaginez-vous l’industrie musicale togolaise dans cinq ans ?
Nihtael : Pour la suite, mon ambition est très grande. Je veux faire de NIHTAEL DYNASTY et de Façonné Music des structures capables de compter parmi les acteurs importants de l’industrie musicale en Afrique.
Je sais que cela demande énormément de travail, mais c’est précisément la direction que je veux prendre.
Je veux développer de nombreux projets autour de la musique et, plus largement, de la culture africaine, avec une attention particulière pour le Togo.
Aujourd’hui, je pense que notre pays reste encore sous-représenté sur la scène musicale internationale alors que nous avons énormément de talents. Beaucoup de nos artistes n’ont simplement pas encore la visibilité qu’ils méritent.
Mon objectif est de contribuer à changer cette situation : accompagner davantage d’artistes, renforcer leur distribution, développer leur promotion, créer des connexions avec d’autres marchés africains et internationaux et leur ouvrir de nouvelles opportunités.
Dans cinq ans, j’aimerais que lorsque l’on parle des nouvelles forces de l’industrie musicale africaine, le Togo fasse naturellement partie de la conversation.
Avec le travail que nous allons mener à travers NIHTAEL DYNASTY et Façonné Music, je veux dépasser les frontières et participer à la construction d’une industrie musicale togolaise plus forte, plus professionnelle et beaucoup plus visible à l’international.
Nous avons les talents. Notre défi maintenant, c’est de leur donner les moyens, les structures et la visibilité nécessaires pour dépasser les frontières.




