Énergie en Afrique : le rapport 2026 de l’AEC révèle les défis entre hydrocarbures, électricité et transition énergétique


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Afrique et énergies fossiles
Afrique et énergies fossiles

Publié par l’African Energy Chamber (AEC) en partenariat avec S&P Global Commodity Insights, le rapport « The State of African Energy: 2026 Outlook Report » dresse un panorama précis du paysage énergétique africain. Véritable outil d’aide à la décision, il éclaire investisseurs et décideurs sur la trajectoire du continent : où la production progresse, où les transitions s’accélèrent et où les maillons faibles, infrastructure et financement, risquent encore de freiner l’accès à l’énergie autant que l’industrialisation.

L’AEC pose un constat pragmatique : l’amont pétrolier et gazier africain n’est pas en déclin, mais en transition vers une “résurgence prudente”. La production d’hydrocarbures devrait atteindre 11,4 millions de barils équivalent pétrole par jour en 2026, avant une hausse vers 13,6 millions en 2030, portée majoritairement par les pays d’Afrique du Nord.

Pétrole et gaz : stabiliser la production, monétiser la ressource

Derrière ces chiffres, l’enjeu devient qualitatif : ralentir le déclin des grands producteurs historiques (Nigeria, Libye, Égypte, Angola) tout en misant sur de nouveaux pôles d’exploration tels que la Côte d’Ivoire ou la Namibie. Le rapport souligne aussi la montée en puissance des compagnies nationales (NOC), désormais acteurs clés d’une « nationalisation opérationnelle » qui exige un renforcement des compétences, des partenariats technologiques et un cadre fiscal stable et lisible.

Côté gaz, le potentiel est confirmé mais la question de sa monétisation reste centrale. En 2024, l’Afrique a produit plus de 300 milliards de m³ de gaz, représentant 8,5% de l’offre mondiale de GNL (34,7 Mt). Les projets d’infrastructures se multiplient, du Mozambique au Sénégal, en passant par la Mauritanie et l’Angola, mais les défis persistent : financement coûteux, faiblesse de la demande domestique et lenteur de l’industrialisation.

Électricité : la bataille des réseaux, la promesse des renouvelables

Là où le rapport devient le plus politique, c’est sur le terrain de l’électricité, considérée comme le véritable moteur de la transformation africaine. La demande du continent devrait atteindre 2 291 TWh d’ici 2050, soit plus du double des niveaux de 2025, tirée par l’urbanisation rapide, la croissance industrielle et la numérisation de l’économie.

Mais produire ne suffit plus : la capacité à transporter et distribuer l’énergie devient stratégique. Selon l’AIE, plus de 30 milliards de dollars d’investissements annuels seraient nécessaires jusqu’en 2030 pour viser l’accès universel. Le rapport met en avant les réformes engagées dans plusieurs pays : ouverture aux partenariats public-privé (PPP), professionnalisation des utilities, modernisation de la régulation et intégration régionale via les power pools et le marché africain de l’électricité piloté par l’Union africaine.

Côté mix, la transition se fait “par addition” plutôt que par substitution. Le gaz conserve un rôle pivot pour l’électrification, tandis que les renouvelables connaissent une forte accélération. L’AEC estime à fin 2024 environ 25 GW de capacités renouvelables déjà sécurisées via achats publics, complétés par 11 GW issus d’accords privés. Entre 2020 et 2025, plus de 34 milliards de dollars d’investissements ont été dirigés vers les technologies propres, principalement le solaire et l’éolien.

Transition énergétique : un développement d’abord africain

Au-delà des chiffres, le rapport défend une lecture africaine de la transition énergétique : développement d’abord, décarbonation ensuite. À l’horizon 2060, le continent représentera 28% de la population mondiale pour seulement 9% des émissions liées à l’énergie. Cette disproportion justifie, selon l’AEC, une trajectoire “équitable” axée sur trois leviers :

  • un accès généralisé et abordable à l’énergie,
  • une valeur ajoutée locale accrue grâce au raffinage et à l’industrie,
  • et la modernisation des réseaux électriques comme fondement d’un futur bas carbone.

La promesse est claire : l’Afrique ne veut pas être spectatrice, mais actrice de la nouvelle géopolitique de l’énergie, en conciliant croissance, souveraineté et transition durable.

Idriss K. Sow Illustration d'après photo
Journaliste-essayiste mauritano-guinéen, il parcourt depuis une décennie les capitales et les villages d’Afrique pour chroniquer, en français, les réalités politiques, culturelles et sociales de l'Afrique
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