
Après des élections générales historiques combinant pour la première fois scrutins présidentiel, législatif, régional et municipal, le pays retient son souffle avant la proclamation des résultats provisoires prévue le 5 janvier. Les premières tendances donnent le président sortant largement en tête, tandis que l’opposition dénonce des irrégularités.
Alors que le vote du 28 décembre s’est déroulé dans un calme relatif malgré un contexte sécuritaire et logistique particulièrement contraignant, le dépouillement est désormais achevé et le compte à rebours est lancé.
Le scrutin du 28 décembre 2025 marque un tournant dans l’histoire politique centrafricaine. Jamais le pays n’avait organisé en une seule opération quatre élections simultanées. Les élections municipales, par exemple, n’avaient plus été tenues depuis 1988 et figuraient parmi les engagements centraux de l’Accord politique pour la paix et la réconciliation signé en 2019. Plus de 2,3 millions de Centrafricains étaient appelés aux urnes pour ce quadruple scrutin.
La situation sécuritaire n’a guère été stable depuis le déploiement en 2014 de la mission de maintien de la paix de l’ONU, un an après la prise du pouvoir par la force de la Séléka, une coalition à dominante musulmane désormais officiellement dissoute. Les exactions commises par ce groupe ont provoqué la formation de milices à majorité chrétienne dites « anti-balaka », qui ont à leur tour pris pour cible des civils musulmans. Malgré la présence des Casques bleus et la tenue d’élections en 2016, l’instabilité a continué de marquer le pays : une large partie du territoire restait sous le contrôle de groupes armés en dépit de l’accord de paix signé en 2019 entre quatorze d’entre eux et le gouvernement. Toutefois, deux des mouvements les plus actifs, l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC) et le groupe Retour, Réclamation et Réhabilitation (3R), ont accepté de déposer les armes au mois d’avril, portant à onze le nombre de milices signataires officiellement dissoutes avec l’appui logistique et technique de la MINUSCA.
Un dispositif sécuritaire renforcé malgré des violences dans le sud-est
Sur le plan sécuritaire, les autorités ont déployé des renforts de l’armée et de la police, soutenus logistiquement par la MINUSCA, qui a intensifié les patrouilles de Casques bleus et de police onusienne. Au total, 84 vols et huit convois routiers ont permis de transporter plus de 230 tonnes de matériel électora. Des bulletins de vote, de l’encre indélébile, des cartes d’électeurs, isoloirs et urnes vers les zones les plus reculées du pays. La représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU pour la République centrafricaine, Valentine Rugwabiza, a estimé que la mission avait « rempli avec succès son mandat » malgré « un environnement opérationnel difficile ».
Une attaque a toutefois empêché la tenue du scrutin à Bambouti, dans la préfecture du Haut-Mbomou, au sud-est du pays, près de la frontière avec le Soudan du Sud. Attribuée au groupe armé Azandé Ani Kpi Gbe (AAKG), elle s’est accompagnée de prises d’otages, dont celle du sous-préfet. Des affrontements ont ensuite opposé l’armée centrafricaine à la milice AAKG, notamment à Zémio, attaquée le 1er janvier. Les combats ont fait des blessés parmi les soldats et au moins une victime civile. La ville de Bambouti a retrouvé un calme précaire. Selon l’ONU, l’opération a provoqué la fuite d’environ 2 500 personnes vers le Soudan du Sud. Des négociations sont en cours pour la libération des otages.
L’opposition dénonce un « hold-up électoral »
Lors d’une conférence de presse organisée le 2 janvier 2026 à Bangui, Anicet-Georges Dologuélé, candidat à la présidentielle et leader de l’Union pour le renouveau centrafricain (URCA), a affirmé avoir remporté l’élection avant de dénoncer de graves irrégularités dans le processus de compilation des résultats. Il dénonce un « tripatouillage » des chiffres et affirme que ni son équipe ni lui-même n’ont reçu de procès-verbal, contrairement aux dispositions du Code électoral. Il évoque notamment le refus de remise des procès-verbaux aux représentants de candidats et la falsification présumée de documents dans plusieurs préfectures.
La direction nationale de campagne du candidat Faustin-Archange Touadéra est montée au créneau pour répondre, balayant ces accusations d’un revers de main et y voyant un aveu d’échec de la part de l’opposant. Selon les résultats partiels publiés par les médias, le président sortant serait largement en tête, ce qui laisse présager une possible victoire dès le premier tour.
L’Union africaine, dont la mission d’observation était conduite par l’ancien Premier ministre rwandais Bernard Makuza, confirme que le scrutin s’est déroulé sans irrégularité majeure. Les observateurs européens ont également salué la forte mobilisation populaire et l’organisation structurée du vote.
L’Autorité nationale des élections doit annoncer les résultats provisoires de l’élection présidentielle le 5 janvier 2026, ouvrant une nouvelle phase politique pour un pays encore fragile mais engagé dans un exercice électoral sans précédent. Un second tour est prévu le 15 février si aucun candidat ne franchit la barre des 50 %.



