En Guinée, la troupe pourrait manifester de nouveau

Le soldats guinéens pourraient organiser de nouvelles manifestations dans les prochaines semaines, si le gouvernement ne donne pas satisfaction aux revendications déjà à l’origine des violentes protestations conduites en mai dernier par l’armée. Elles avaient fait deux morts et plusieurs blessés parmis les civils, qui payent à la place des autorités.

A en croire les soldats, le gouvernement a jusqu’au 8 septembre pour régler leurs arriérés de soldes. « Passé ce délai, nous nous ferons entendre comme nous l’avons fait en mai » dernier, a affirmé un adjudant qui a requis l’anonymat pour éviter tout problème avec sa hiérarchie. Cette position est largement partagée par la plupart des soldats interrogés par le correspondant d’IRIN.

Pour exiger le règlement de leurs arriérés de soldes et la démission de certains officiers supérieurs de l’armée, des soldats avaient violemment manifesté dans Conakry, la capitale, et dans d’autres villes du pays, tirant des coups de feu en l’air, mitraillant les habitations d’un quartier résidentiel et tuant au moins deux personnes.

Les suites de la mutinerie de 1996 toujours pas réglées

Selon certaines sources militaires, les principaux points de revendication des soldats n’ont pas encore été satisfaits. « Ce qui nous intéresse, nous ne cesserons jamais de le dire, c’est de rentrer en possession, dès la fin de ce mois, de nos avoirs promis par le gouvernement sur l’intervention du [président] Lansana Conté ».

D’après ces mêmes sources, les soldats refuseront de toucher leurs soldes de ce mois. « Nous sommes décidés à ne pas toucher nos soldes à la fin de ce mois d’août pour protester contre le non-respect de tous les engagements pris par nos supérieurs hiérarchiques ».

En effet, les soldats revendiquent depuis longtemps le paiement de leurs arriérés de soldes, la réintégration des militaires renvoyés de l’armée après les mutineries de 1996 et une promotion. Ils exigent également du gouvernement le versement des 300 milliards de francs CFA (77 millions de dollars américains) que le président Conté leur aurait promis pour mettre fin à la mutinerie de 1996.

Des revendications difficilement satisfaisables

A la suite des émeutes du mois de mai, le président Conté avait limogé son ministre de la Défense et quelques hauts fonctionnaires de l’Etat, mais le gouvernement actuel aura d’énormes difficultés pour satisfaire les revendications salariales de la troupe.

« L’Etat guinéen n’a pas suffisamment les moyens pour faire face actuellement aux neuf années d’arriérés de soldes, principale revendication des hommes en uniforme », reconnaît Himourana Soumah du ministère de l’Economie, des Finances et du Plan.

Quant aux autres fonctionnaires et porte-paroles du gouvernement contactés par le correspondant d’IRIN, aucun n’a daigné faire un commentaire sur la situation. Selon plusieurs observateurs, le gouvernement ne peut indéfiniment différer la résolution du problème des militaires.

« Les promesses artificielles du gouvernement ne tiendront que quelque temps », a affirmé Kissy Agyeman, spécialiste de l’Afrique subsaharienne à l’organisation britannique Global Insight. « Sans la mis en œuvre d’une solution financière concrète, l’appareil politique déjà chancelant pourrait être renversé car la loyauté de l’armée semble avoir atteint ses limites ».

En attendant, les civils trinquent

Pour l’instant, ce sont les civils qui font les frais du mécontentement des militaires, a expliqué au correspondant d’IRIN un avocat de Conakry. « Ils font payer la population, pas les responsables », a affirmé Boubakar Sow, président du barreau. Même lorsque la situation est relativement calme, il n’est pas rare d’entendre parler de vols commis par des militaires à l’encontre de civils.

C’est ce qui s’est passé il y a deux semaines, lorsque des soldats ont réquisitionné un camion de vivres à Boke – une ville située à environ 300 kilomètres de Conakry – et ont fait main basse sur le chargement. « Les militaires ne peuvent pas régler leurs comptes avec leur hiérarchie. Ils ne peuvent que tuer et piller la population ».