En attendant la bataille de Freetown ?

Les rebelles du RUF, bien armés, font mine de préparer un assaut contre la capitale sierra-léonaise, cependant que l’Onu affirme sa détermination à défendre la ville. Un piège de plus pour les Casques bleus ?

Les Nations-Unies bafouées, humiliées en Sierra Leone par la mise hors de combat de cinq cent soldats de la MINUSIL depuis une semaine, s’apprêtaient jeudi soir à livrer  » une bataille rangée «  contre les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) pour la défense de Freetown, la capitale du pays.

Les Casques bleus étaient alliés, pour l’occasion, des forces gouvernementales de l’armée (SLA), de leurs supplétifs du Conseil des forces armées révolutionnaires (AFRC) et des milices Kamajor. Enfin, le détachement de 687 parachutistes de l’armée britannique, présent à Freetown depuis le début de la semaine afin d’aider à l’évacuation des étrangers, était toujours présent dans la ville. S’il est attaqué, a annoncé Robin Cook, il ripostera sans hésiter. Certains espéraient, jeudi soir à Freetown, que la présence de ces soldats d’élite suffirait à dissuader le RUF de tenter d’investir la ville.

Le RUF a mené plusieurs attaques contre les forces loyalistes sierra-léonaises mercredi 10 mai et dans la nuit suivante, toutes dirigées vers les accès de Freetown. Bloquées à une trentaine de kilomètres de la capitale dans un premier temps, elles se sont à nouveau rapprochées jeudi à moins de vingt kilomètres. Les intentions véritables des rebelles sont d’autant plus difficiles à connaître qu’on est sans nouvelles, depuis lundi, de leur chef Foday Sankoh dont la villa a été attaquée par la SLA.

Des tonnes d’armes

Avant une nouvelle réunion du Conseil de sécurité, convoquée jeudi soir à la demande de pays africains, Kofi Annan, secrétaire général de l’Onu, a redit que la MINUSIL n’avait que la force que les pays composant l’Onu avait bien voulu lui donner. La force de maintien de la paix, confrontée à une mission toujours plus périlleuse, dispose d’un financement nettement insuffisant. Les 8 500 soldats qui la composent, issus de pays pauvres d’Afrique (Ghana, Zambie, Kenya, Soudan, etc.) et de la péninsule indienne, sont mal armés et peu entraînés.

Face à eux, le RUF disposerait de centaines de tonnes d’armes, payées par le trafic de diamants. L’association Human Rights Watch affirme avoir observé, en mars 1999, une livraison de 68 tonnes d’armes et de munitions diverses – fusils d’assaut kalachnikov, mitraillettes, grenades et lance-grenades, missiles sol-air et anti-chars – en provenance d’Ukraine. Elle estime que cinq autres livraisons semblables ont eu lieu l’année dernière.