Elections européennes : l’interdiction des listes Dieudonné à l’étude

L’humoriste et homme politique Dieudonné M’bala-M’bala avait annoncé le 21 mars dernier, lors d’une conférence de presse, son intention de présenter cinq listes « antisionistes » aux Européennes de juin prochain. Les réactions hostiles ne se sont pas fait attendre. Le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, a confirmé lundi matin sur RTL que les pouvoirs publics analysent la possibilité d’interdire les listes antisionistes aux Européennes. La bataille politique est ouverte.

L’affaire remonte au 21 mars 2009. Lors d’une conférence de presse, Dieudonné a annoncé son intention de présenter au moins cinq listes « antisionistes » aux Européennes avec l’ancien membre du Front National, Alain Soral. Selon l’Elysée, représenté par son secrétaire général Claude Guéant, « une étude est en cours pour voir si une telle liste ou de telles listes, puisqu’on en annonce plusieurs, peuvent juridiquement se présenter […] Dieudonné fait profession exclusive d’antisémitisme. Si elles (les listes) ne sont pas interdites, les Français, j’en suis sûr, condamneront ces listes ».

De son côté, Dieudonné M’bala-M’bala, 43 ans, a déclaré dimanche soir que Claude Guéant est « un bon petit soldat du lobby sioniste ». L’interdiction de ses listes est « impossible », a-t-il poursuivi. L’humoriste français et militant noir est connu sur la scène nationale et internationale pour ses sorties médiatiques fracassantes positions « antisionistes », voire « antisémites ».

Quelles pourraient être les raisons de l’interdiction de ces listes ?

La gauche s’interroge sur les raisons véritables de l’interdiction de ces listes annoncées par Dieudonné. Benoît Hamon, (PS) s’interroge : « Quelles sont les calculs derrière cela (interdiction) ? A quoi cela sert-il ? »

Jean Yves Camus, chercheur et politologue explique que le code électoral souligne que la propagande électorale ne doit rien comporter qui soit à caractère raciste. Ainsi, « c’est sur une base de propagande électorale qu’on pourrait interdire, non pas la liste, mais la propagande de la liste », précise-t-il. L’antisionisme n’est pas répréhensible en tant que tel, car les tribunaux le distinguent de l’antisémitisme, poursuit-il.

Dieudonné fait l’objet de plusieurs arrêts ou condamnations des tribunaux français, et même canadiens sur une seul et même sujet : l’antisémitisme. En 2007, tribunal correctionnel de Paris à 7000 euros d’amande pour « diffamation publique à caractère racial », après qu’il a qualifié la Shoa de « pornographie mémorielle » lors d’une conférence de presse à Alger en 2005. Mais la cour de cassation a annulé cette amende quelques mois plus tard. Dieudonné a été condamné, en mars dernier au Canada, par la Cour supérieure de Montréal, à verser au chanteur Patrick Bruel 46 872 euros pour l’avoir traité de « militaire israélien » et de « menteur ». Il est actuellement poursuivi en justice, en France, pour avoir invité sur scène, en décembre dernier le négationniste Robert Faurisson.