Égypte : les Saoudiens déroulent le tapis rouge à Mohamed Morsi

Le roi Abdallah d’Arabie saoudite a accueilli mercredi 11 juillet le nouveau président égyptien Mohamed Morsi, pour son premier déplacement à l’étranger. Cette rencontre au sommet met fin à 18 mois de tensions entre le régime de transition et la monarchie saoudienne. Par ce séjour, le Président égyptien espère de nombreuses retombées sur l’économie de son pays et une bonne coopération avec cet influent voisin.

Durant la période de transition post-Moubarak en Égypte, les relations entre Le Caire et Riyad ont traversé une zone de turbulence. En avril, une crise diplomatique a même éclaté lorsque l’Arabie saoudite a rappelé son ambassadeur du Caire suite à des manifestations réclamant la remise en liberté d’un avocat égyptien. Ce dernier avait été arrêté par la police saoudienne pour un présumé, voire douteux trafic de drogue. Cette affaire a finalement été réglée suite à la visite de personnalités égyptiennes au royaume saoudien.

Par ailleurs, l’ancien régime égyptien avait tissé de profonds liens avec la monarchie, qui nourrissait une certaine hostilité envers les Frères musulmans. Riyad a en effet toujours vu ce groupe politico-religieux comme un mouvement dangereux pour la stabilité régionale, et particulièrement pour l’Arabie saoudite. Cet accueil montre que l’Arabie saoudite est prête à revoir sa position, afin de continuer à coopérer avec l’Égypte.

Commentant cette visite de M. Morsi, le ministre égyptien des Affaires étrangères Mohammed Kamel Amr a souligné, d’après l’agence égyptienne Mena, que « tout progrès dans les relations entre les deux pays est dans l’intérêt de la région dans son ensemble ».

« Baise la main que tu ne peux couper »

Depuis la chute du Raïs et en raison de l’instabilité politique qui a perduré, l’Égypte connaît de grandes difficultés économiques. Le nouveau Président ne peut donc pas se passer d’une bonne collaboration avec le voisin richissime qu’est le royaume saoudien.

En effet, les investissements et échanges commerciaux des Saoudiens dans le pays des pharaons sont estimés à 7,2 milliards de dollars (environ 5,9 milliards d’euros) pour la seule année 2011. De même, Riyad est le premier partenaire commercial avec des échanges estimés à 4,75 milliards de dollars en 2011 (3,9 milliards d’euros).
L’État saoudien a même assuré à Mohamed Morsi un accroissement des investissements et vient d’effectuer un dépôt d’un milliard de dollars (822 millions d’euros) auprès de la Banque centrale égyptienne. La Banque islamique de développement, basée à Jeddah, a également fait la promesse d’une assistance d’un montant égal.
L’entretien a donc été « fructueux, constructif et dans l’intérêt de l’Égypte », a indiqué le Président égyptien à la presse.

Néanmoins, les offrandes du roi Abdallah ne sont pas désintéressées et cette réception en grande pompe revêt un caractère extrêmement stratégique. Ce grand ami des États-Unis, veut s’assurer que l’Égypte, le pays arabe le plus peuplé du monde, n’a pas en tête de déstabiliser davantage la région. La montée des tensions avec Israël par exemple, ne serait pas profitable à la tranquillité du monarque.

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