Écoles sous les eaux : le cri du cœur des parents face à une rentrée chaotique


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Des inondations à Dakar
Des inondations à Dakar

Alors que la cloche officielle de la rentrée des classes a sonné sur l’ensemble du territoire sénégalais, des dizaines d’établissements scolaires restent paralysés, transformés en bassins de rétention par les inondations. Une situation qui pousse les parents d’élèves à briser le silence. À travers leurs témoignages poignants, ils dénoncent une situation qu’ils disent récurrente.

 A Dakar,

La rentrée scolaire 2026-2027, initialement prévue le 7 octobre et reportée au lundi 12 octobre 2026 en raison des fortes pluies, s’ouvre au Sénégal dans un climat de profonde amertume pour des milliers de familles. Si le ministère de l’Éducation nationale avait promis une reprise sous le signe de l’efficacité, la réalité du terrain offre un spectacle désolant : cours d’école submergées, salles de classe impraticables et systèmes d’assainissement saturés. Face à cette situation récurrente, les parents d’élèves ne manquent pas d’afficher leur colère.

« L’école de mes trois enfants a les pieds dans l’eau »

Le retard accumulé dès le mois d’octobre s’avère souvent difficile à rattraper, estiment de nombreux parents. « Chaque année, c’est le même scénario et ce sont toujours les mêmes enfants qui trinquent », s’indigne Mariama Diallo, sage-femme. « L’école de mes trois enfants a les pieds dans l’eau. Les instituteurs ne savent plus où mettre les élèves, et on nous parle déjà de système de double flux ou de rotation. Comment voulez-vous qu’un enfant retienne ses leçons lorsqu’il ne va à l’école qu’un jour sur deux ? ».

Ousmane Thiam, répétiteur à domicile, vit cette crise à la fois comme parent et comme acteur éducatif. « Mon fils aîné devait commencer ses cours cette semaine, mais son lycée sert actuellement de déversoir pour les eaux de pluie du quartier. En tant que professionnel, je sais que les premières semaines sont importantes pour installer les bases des matières scientifiques. En tant que père, je vois mon fils perdre sa motivation, scotché à son téléphone en attendant que les motopompes fassent leur travail », déplore-t-il, la mine fermée.

« J’ai peur du paludisme et du choléra »

« Envoyer mon fils à l’école dans ces conditions, c’est l’envoyer à l’hôpital. Les salles de classe de l’école élémentaire de mon quartier sont à moitié sèches, mais la cour est un véritable marécage. Il y a des vers, des moustiques partout, et l’odeur est insoutenable. Le directeur nous demande d’amener les enfants, mais j’ai peur du paludisme et pourquoi pas le choléra. Les autorités nous parlent de concept « Ubbi tey, jàng tey » (commencer les cours dès le premier jour), mais la réalité, c’est « Ubbi tey, taw tey, tawat tey » (ouvrir aujourd’hui, pluie aujourd’hui, maladie aujourd’hui) », s’alarme Awa Ndiaye, commerçante.

Cheikh Tidiane Diop, chauffeur de taxi, exprime son désarroi face à cette situation. « Ma femme et moi devons travailler pour nourrir la famille. L’école était notre seule certitude de la journée. Aujourd’hui, on me dit que la classe de ma fille de 8 ans est fermée suite aux dernières pluies. Je suis obligé de la prendre avec moi dans mon taxi ou de la laisser chez une voisine, ce qui perturbe mes journées de travail. L’État doit comprendre que l’école inondée, c’est toute l’économie de la famille qui s’arrête », peste ce quinquagénaire.

« Les classes de leur collège ne sont pas disponibles »

La rentrée scolaire est traditionnellement une période de forte pression financière. « On se tue pour payer des frais d’inscription et des fournitures qui vont pourrir dans des placards », tempête Amadou Fall, comptable. « J’ai dépensé plus de 150 000 francs CFA pour la rentrée de mes deux filles. Tout cela pour s’entendre dire le jour J que les classes de leur collège ne sont pas disponibles ».

Fatou Binetou Seck, couturière, confie ses difficultés. « Les clients se font rares et le peu d’argent que je gagne va dans la scolarité de mes enfants. Voir que l’école publique, qui est censée être le refuge des pauvres, est impraticable à cause des pluies me fend le cœur. On demande aux enseignants de faire des miracles dans des salles où l’eau monte jusqu’aux genoux. Si j’avais les moyens, je les aurais inscrits dans le privé depuis longtemps pour leur éviter cette humiliation annuelle », lance-t-elle, les larmes aux yeux.

« Nous prions pour que le ciel s’arrête de gronder »

« Nous vivons une ségrégation qui ne dit pas son nom », tranche Ibrahima Sané, professeur de lycée. « Mes propres enfants étudient dans un établissement épargné, mais en tant qu’enseignant, je vois mes collègues des zones basses désespérés », compatit l’homme, lunettes de soleil, visiblement peiné. « Nous prions pour que le ciel s’arrête de gronder, car nos écoles ne peuvent plus rien supporter », se lamente-t-il.

Aram Diop, elle, garde son mal en patience face à cette situation qui frise le chaos. « Mes enfants n’ont pas encore vu la couleur d’un tableau noir cette année. Tout ce qu’ils font, c’est regarder les jeunes du quartier évacuer l’eau des cours des maisons avec des seaux. Pendant ce temps, d’autres écoles ont déjà entamé les apprentissages. C’est écœurant. Tout ce que je demande aux autorités, c’est de venir voir notre quotidien, de ressentir notre douleur de parents ».

Alioune Diop
Une plume qui balance entre le Sénégal et le Mali, deux voisins en Afrique de l’Ouest qui ont des liens économiques étroits
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