Du coton au vêtement : le Burkina Faso veut reprendre la main


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Inauguration de TEXFORCES-BF, ce mercredi 9 septembre à Bobo-Dioulasso
Inauguration de TEXFORCES-BF, ce mercredi 9 septembre à Bobo-Dioulasso

À Bobo-Dioulasso, le coton burkinabè change de destin. Il sera désormais transformé sur place. Inauguré ce mercredi 9 septembre 2026 à Logofourousso, le complexe industriel TEXFORCES-BF porte une ambition qui dépasse largement la confection d’uniformes : faire du coton un véritable moteur de souveraineté industrielle.

Érigé sur un site de 30 hectares, TEXFORCES-BF rassemble plusieurs maillons de la chaîne textile au même endroit. De la filature à la confection en passant par le tissage-tricotage, la teinture et la finition, l’objectif est clair : transformer davantage de coton produit au Burkina Faso en produits finis fabriqués au Burkina Faso.

Du coton aux vêtements : le pari de la valeur ajoutée

Le complexe, inauguré par le capitaine Ibrahim Traoré, dispose déjà de capacités impressionnantes : jusqu’à 20 millions de mètres de tissu au tissage, 5 à 6 millions d’unités en tricotage, jusqu’à 20 millions de mètres en finition-teinture, ainsi que plusieurs millions de vêtements, tee-shirts et paires de chaussettes. À terme, l’ambition est de traiter jusqu’à 50 000 tonnes de coton par an, avec une capacité de tissage pouvant atteindre 100 millions de mètres et plus de 20 millions de pièces confectionnées annuellement. Le problème que veut attaquer TEXFORCES-BF est ancien. Le Burkina Faso fait partie des grands producteurs de coton de la région, mais une part importante de la valeur créée par cette fibre échappe encore au pays lorsque celle-ci est exportée avant transformation.

Les chiffres de la campagne 2025-2026 donnent la mesure du potentiel : le pays a produit 314 293 tonnes de coton graine, contre 294 507 tonnes la campagne précédente. Pour 2026-2027, les autorités tablent sur 532 000 tonnes de coton graine conventionnel. Autrement dit, la matière première existe. Le véritable défi est désormais de construire autour d’elle une industrie capable de créer des emplois, des compétences, des revenus et des produits compétitifs.

Une usine née en deux ans

TEXFORCES-BF frappe aussi par la rapidité de son déploiement. Créée au début du mois de mars 2024, la première pierre de la société avait été posée en avril 2024, avec l’ambition de répondre notamment aux besoins d’habillement des Forces de défense et de sécurité ainsi que des Volontaires pour la défense de la Patrie. Le projet a ensuite changé d’échelle. Son capital social a été porté à 17 milliards de francs CFA, après une augmentation destinée notamment à financer l’accroissement des capacités industrielles. La vocation militaire demeure certes importante, mais TEXFORCES-BF vise aussi les marchés civils, professionnels et, à terme, sous-régionaux et internationaux. C’est cette diversification qui pourrait donner au projet sa véritable portée économique.

Choisir Bobo-Dioulasso pour abriter une telle usine n’a rien de surprenant. La ville est historiquement liée à la filière coton et possède déjà un environnement industriel, agricole et commercial favorable en tant que principal pôle économique du pays. TEXFORCES-BF doit pouvoir s’appuyer sur la production de coton de la SOFITEX et contribuer, en retour, à renforcer toute la chaîne de valeur. Le pari est donc grand et concerne à la fois les producteurs, les transporteurs, les techniciens, les ingénieurs, les couturiers, les fournisseurs et toute une économie de services appelée à graviter autour du textile.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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