Burkina Faso : l’usine de tomates de Tenkodogo à l’épreuve de l’approvisionnement local


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Tomates
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À Pédogo, en périphérie de Tenkodogo, le projet d’usine de transformation de tomates prend progressivement forme. Les équipements industriels sont désormais installés et les premiers essais techniques sont annoncés autour du 15 septembre 2026 par l’Agence pour la promotion de l’entrepreneuriat communautaire (APEC). Ces essais doivent permettre de vérifier les installations avant le démarrage effectif de la production.

Engagé en 2025, le chantier entre ainsi dans sa dernière phase, mais avec plusieurs mois de retard sur le calendrier initial. En janvier 2026, l’installation des machines était encore annoncée pour mars, avant une ouverture envisagée au printemps. L’unité de Tenkodogo sera la deuxième unité agroalimentaire directement mise en place par l’APEC après la Société burkinabè de tomates (SOBTO) de Bobo-Dioulasso.

À l’échelle nationale, elle viendra compléter un dispositif comprenant également la Société Faso Tomates (SOFATO) de Yako, inaugurée en décembre 2024 et dans laquelle l’APEC détient une participation. Tenkodogo constituera donc la troisième grande usine de transformation de tomates ouverte récemment au Burkina Faso.

Des machines bientôt mises à l’épreuve

Une délégation de l’APEC, conduite par son directeur général Karim Traoré, s’est rendue sur le site pour apprécier l’état d’avancement du chantier et vérifier le respect du calendrier. À l’issue de la visite, Karim Traoré s’est montré confiant quant au respect du nouveau calendrier. Les travaux sont suffisamment avancés pour envisager le lancement des essais techniques à la mi-septembre. Les essais devraient durer entre dix jours et deux semaines. Ils permettront de tester les différents équipements et de corriger les éventuelles anomalies avant le lancement de la production.

Pour les souscripteurs, qui ont accompagné financièrement le projet, cette perspective donne une dimension concrète à une initiative longtemps restée au stade des annonces. « L’usine est bel et bien une réalité », s’est réjoui Moubara Bagagnan, délégué régional élu des souscripteurs de la SCOOP-CA/APEC.

Plus de 300 emplois directs à terme

L’usine suscite d’importantes attentes économiques dans la région. Dans une première phase, plus d’une centaine de jeunes et de femmes devraient être recrutés. À terme, l’APEC espère environ 300 emplois directs et près de 1 000 emplois indirects. Transporteurs, manutentionnaires, restaurateurs, fournisseurs et autres prestataires pourraient bénéficier de l’activité générée autour de l’unité. La transformation locale de la tomate pourrait offrir de nouveaux débouchés aux producteurs. L’APEC les invite déjà à se rapprocher d’elle afin de préparer l’approvisionnement.

Le calendrier présenté prévoit une montée en puissance des besoins en tomates fraîches à partir de la première semaine de novembre 2026. Cette échéance pourrait ouvrir pour les agriculteurs burkinabè une nouvelle fenêtre commerciale, à condition que la production soit suffisamment organisée et régulière. La réussite du projet dépendra ainsi autant du fonctionnement de l’usine que de la capacité de la filière locale à fournir les volumes nécessaires. Production, collecte, transport et stockage devront fonctionner de manière coordonnée.

L’enjeu est d’autant plus important que le gouvernement burkinabè a suspendu, en mars 2026, les exportations de tomates fraîches afin de privilégier l’approvisionnement des transformateurs nationaux. La mise en service de Tenkodogo constituera donc un test de cette politique : les usines locales devront être capables d’absorber les volumes auparavant destinés aux marchés extérieurs et de proposer aux producteurs des conditions suffisamment rémunératrices.

Un investissement de 7,5 milliards de FCFA

Implantée sur trois hectares à Pédogo, cette infrastructure représente un investissement estimé à 7,5 milliards de FCFA, soit environ 11,4 millions d’euros. Elle comprend notamment une plateforme industrielle, des magasins de stockage, des locaux techniques, un bloc administratif et un atelier de maintenance.

L’APEC n’a cependant pas précisé, dans sa dernière communication, la capacité quotidienne de transformation de la future usine. À titre de comparaison, les unités de Bobo-Dioulasso et de Yako ont chacune été présentées comme capables de traiter 100 tonnes de tomates par jour. Sans ce chiffre, il reste difficile de mesurer le poids que Tenkodogo occupera réellement dans la filière nationale.

Avec cette nouvelle unité de transformation de tomates portée par l’APEC, le Burkina Faso cherche à donner davantage de valeur à sa production agricole sur place. Un défi que s’est lancé le gouvernement du capitaine Ibrahim Traoré qui veut faire de la production et de la transformation locales son cheval de bataille.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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