AES : Ibrahim Traoré pousse les ministres du Commerce à accélérer la transformation économique du Sahel


Lecture 4 min.
Ibrahim Traoré et les ministres du Commerce de l'AES, ce 15 juin 2026, à Ouagadougou
Ibrahim Traoré et les ministres du Commerce de l'AES, ce 15 juin 2026, à Ouagadougou

Après avoir renforcé leur coopération sécuritaire et politique, les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) veulent désormais donner un contenu économique concret à leur union. Réunis à Ouagadougou pour leur quatrième session de travail, les ministres chargés de l’Industrie et du Commerce du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont fait le point sur l’opérationnalisation du traité de l’AES devant le président de la Confédération, le capitaine Ibrahim Traoré.

La rencontre entre Ibrahim Traoré et les ministres de l’Industrie et du Commerce du Burkina Faso, du Mali et du Niger, qui s’est tenue ce lundi, démontre la volonté des trois pays de traduire leur discours sur la souveraineté en résultats économiques tangibles. Selon le ministre malien du Commerce, porte-parole de la délégation, Moussa Alassane Diallo, les échanges ont porté sur les avancées réalisées depuis la création de l’organisation ainsi que sur les orientations stratégiques définies par les chefs d’État. L’objectif affiché témoigne d’une grande ambition : bâtir une économie sahélienne plus autonome, capable de produire, transformer et consommer localement davantage de richesses.

Miser sur l’industrie locale et lutter contre les freins au commerce

Pour les responsables de l’AES, le développement industriel est devenu une priorité. Malgré l’abondance de ressources agricoles et minières, les économies du Burkina Faso, du Mali et du Niger restent fortement dépendantes de l’exportation de matières premières peu transformées. « Produire, transformer, consommer pour répondre aux besoins fondamentaux de nos populations », a résumé Moussa Alassane Diallo. Cette vision vise à favoriser la création d’emplois, à renforcer les petites et moyennes industries et à accroître la valeur ajoutée des productions locales. Elle répond également aux attentes d’une jeunesse confrontée au chômage et à la précarité, et qui est en quête d’opportunités.

Les ministres ont également travaillé sur plusieurs obstacles qui limitent le développement économique de l’espace sahélien. La fraude commerciale, les difficultés de circulation des marchandises, les lourdeurs administratives et la faiblesse des investissements figurent parmi les préoccupations majeures. De même, l’amélioration du climat des affaires et la facilitation des échanges apparaissent comme des conditions essentielles pour créer un véritable marché commun entre les trois pays. À tout ceci s’ajoute la volonté des dirigeants de l’AES de renforcer l’attractivité de la région afin d’encourager davantage d’investissements productifs malgré un contexte sécuritaire encore fragile.

Le défi de l’autosuffisance alimentaire

Lors de l’audience, Ibrahim Traoré a insisté sur la nécessité d’apporter des réponses « structurelles, rapides et pragmatiques » aux défis économiques du Sahel. Il a notamment mis l’accent sur le renforcement des petites industries, la stimulation de l’investissement interne et l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire. Cette question est devenue stratégique, surtout que la région est régulièrement confrontée aux crises climatiques, à l’insécurité et aux fluctuations des marchés internationaux. Produire davantage et transformer localement les produits agricoles constitue un levier essentiel pour réduire la dépendance extérieure et améliorer les conditions de vie des populations. Telle est la conviction des trois dirigeants de l’AES qui veulent tout mettre en œuvre pour concrétiser cet objectif.

Si les ambitions sont élevées, leur réalisation nécessitera des investissements importants dans l’énergie, les infrastructures et la formation. Réussir à le faire sera pour ces pays un pas de géant, puisque la quête de l’autosuffisance alimentaire est un combat de longue haleine que mènent plusieurs pays du continent depuis leur accession à la souveraineté nationale et internationale.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
Newsletter Source préférée