Après le rachat de Tanel, Alan vise un million d’assurés en Afrique d’ici 2030


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Les cofondateurs d’Alan et Tanel avec de gauche à droite Charles GORINTIN, Makhtar DIOP, Mouhamed NDOYE, Jean-Charles SAMUELIAN-WERVE
Charles GORINTIN - Makhtar DIOP - Mouhamed NDOYE - Jean-Charles SAMUELIAN-WERVE - ALAN - Paris - France - 7/7/2026 © david atlan

Le rachat de la société sénégalaise Tanel par la Licorne française Alan a été finalisé en juin, mais dévoilé seulement le 2 septembre. Derrière cette première implantation africaine, l’assureur français prépare une expansion qui doit le mener du Sénégal et de la Côte d’Ivoire vers d’autres marchés du continent, avec comme objectif de couvrir un million de personnes d’ici 2030.

L’opération était bouclée depuis près de trois mois lorsqu’elle a été rendue publique en milieu de semaine. En rachetant Tanel, Alan met la main sur une équipe, un portefeuille d’entreprises clientes, un réseau de soins et une expérience réglementaire qu’il aurait fallu plusieurs années pour construire en partant de zéro.

Le montant de la transaction n’a pas été communiqué. L’accord permet une sortie complète à Ventures Platform, à AAIC Investment et à plusieurs investisseurs, dont Mussaad M. Al-Razouki, Alyune-Blondin Diop et Charles « Chuck » Slaughter. Les fondateurs de Tanel, Mouhamed Ndoye et Makhtar Diop, restent aux commandes des activités africaines et doivent piloter l’expansion du nouvel ensemble sur le continent.

Une relation nouée dès 2024

Alan connaissait déjà bien sa cible. En 2024, l’assureur français avait dirigé le tour d’amorçage de 2,1 millions de dollars de Tanel, qui avait valorisé la jeune pousse à 7,5 millions de dollars, après un premier financement de 350 000 dollars. Les dirigeants des deux entreprises ont ensuite entretenu des échanges réguliers pendant deux ans.

Tanel préparait une levée lorsque Alan a formulé son offre. Les deux options ont un temps été examinées en parallèle mais les fondateurs ont finalement privilégié un adossement à un groupe déjà doté de moyens financiers, technologiques et réglementaires importants, jugeant qu’il leur permettrait d’accélérer plus vite qu’un nouveau tour de table.

Cette proximité antérieure limite aussi le risque pour Alan, qui connaissait déjà les comptes, les équipes et les difficultés propres à l’assurance santé en Afrique de l’Ouest avant de s’engager.

De la gestion des pharmacies à l’assurance santé

Fondée à Dakar en 2021, Tanel n’a pas trouvé son modèle actuel du premier coup. Ses fondateurs ont successivement testé les soins de proximité, la livraison de médicaments, les logiciels pour pharmacies et la distribution de produits de santé, avant de se recentrer sur la couverture médicale des salariés et de leurs familles.

Ce parcours éclaire en partie l’intérêt d’Alan. Dans un entretien publié par Ventures Platform, Mouhamed Ndoye et Makhtar Diop racontent avoir dû adapter leurs produits à des systèmes de santé encore largement gérés sur papier, face à des utilisateurs méfiants envers les promesses de remboursement ou de tiers payant.

Tanel revendique aujourd’hui environ 70 000 bénéficiaires auprès de plus de 400 entreprises, et un réseau de 1 200 pharmacies, cliniques, hôpitaux et professionnels de santé au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Le marché sénégalais représentant cependant encore près de 90 % de son activité. La société affirme avoir atteint la rentabilité en 2025, sans publier de résultats détaillés.

La réassurance, premier effet concret du rachat

Jusqu’ici, Tanel assumait seule le risque de ses contrats, avec un bilan construit sur 2,45 millions de dollars levés depuis sa création. Cette contrainte limitait mécaniquement la taille des entreprises qu’elle pouvait couvrir et le nombre de contrats qu’elle pouvait accepter.

L’intégration à Alan doit lui donner accès aux capacités de réassurance du groupe français, et donc la possibilité d’envisager des contrats plus importants sans immobiliser ses propres capitaux dans les mêmes proportions. Pour les fondateurs, c’est le changement le plus immédiat apporté par l’acquisition.

Alan compte aussi introduire progressivement ses services de télémédecine, d’accompagnement et de prévention, sur un modèle qui consiste à intervenir avant que l’état de santé d’un assuré ne se dégrade, pour limiter les soins évitables et maîtriser le coût des remboursements.

Le groupe français dispose des moyens de financer cette stratégie car en juin, il a levé 480 millions d’euros lors d’un tour mené par Prosus, sur la base d’une valorisation de 5,5 milliards d’euros. À la fin du deuxième trimestre, Alan déclarait 840 millions d’euros de revenus annuels récurrents signés et 1,14 million de membres, en hausse de 55 % sur un an, selon sa lettre aux actionnaires.

Du Sénégal au Nigeria et au Kenya

Le Sénégal et la Côte d’Ivoire serviront de laboratoire à cette nouvelle phase. Alan estime le marché de l’assurance santé dans ces deux pays à près de 600 millions d’euros, avec une croissance annuelle proche de 10 %. Le premier chantier consiste à consolider la clientèle existante, rapprocher les plateformes et déployer les nouveaux services sans perturber les relations nouées par Tanel avec les entreprises et les professionnels de santé.

L’étape suivante doit conduire le groupe vers des marchés anglophones d’Afrique de l’Ouest et de l’Est. Le Nigeria et le Kenya figurent parmi les pays évoqués, sans qu’aucun calendrier d’ouverture n’ait été annoncé.

L’objectif fixé pour 2030 donne la mesure du pari car pour dépasser le million de personnes couvertes, Alan et Tanel devront multiplier par plus de quatorze la base actuelle en quatre ans, ce qui ne pourra pas reposer uniquement sur le Sénégal et la Côte d’Ivoire et impose de développer de nouveaux pays.

L’opération illustre enfin comment un investisseur stratégique peut devenir acquéreur après avoir observé une société pendant plusieurs années. Alan a pu tester la solidité de Tanel avant de s’engager davantage, tandis que la start-up a conservé son implantation locale et ses dirigeants.

La suite dépendra de la capacité d’Alan à conserver les 400 entreprises clientes de Tanel, à leur proposer des contrats plus importants grâce à la réassurance, et à ouvrir un troisième marché rapdiement pour atteindre l’objectif du million d’assurés.

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