
La Tunisie ne figure pas parmi les soixante économies frappées par la surtaxe américaine entrée en vigueur le 24 juillet. Ses concurrents méditerranéens supportent désormais dix à douze points et demi supplémentaires sur le marché américain de l’huile d’olive. Une décision douanière américaine de 1998 rend cet avantage plus large qu’il n’y paraît.
Le 12 mars 2026, le représentant américain au commerce a ouvert des enquêtes visant les soixante premiers partenaires commerciaux des États-Unis, soit 99,4 % de leurs importations. La Tunisie, 83e fournisseur du marché américain en 2024, était trop petite pour y figurer. Son exemption découle de ce classement et ne récompense aucune performance particulière en matière de lutte contre le travail forcé.
Mais l’effet commercial est mesurable. Depuis le 24 juillet, les importations en provenance de l’Union européenne relèvent d’un mécanisme portant le droit total à 10 % lorsque le tarif ordinaire est inférieur à ce seuil, ce qui vise directement l’Espagne, l’Italie, la Grèce et le Portugal. Le Maroc, la Turquie, l’Algérie et l’Égypte subissent une surtaxe de 12,5 % qui s’ajoute au droit ordinaire, sous réserve des exemptions accordées produit par produit. La Tunisie reste soumise aux seuls droits américains ordinaires.
Une campagne exceptionnelle au meilleur moment
Selon l’Observatoire national de l’agriculture, la Tunisie a exporté 327 400 tonnes d’huile d’olive entre novembre 2025 et mai 2026, contre 207 300 tonnes un an plus tôt, une progression de 57,9 %. Les recettes atteignent 4,058 milliards de dinars, en hausse de 44,9 %. L’écart entre les deux courbes traduit une pression sur les prix moyens.
Les États-Unis ont absorbé 18,3 % des quantités exportées et constituent le troisième débouché du pays, derrière l’Espagne avec 33,6 % et l’Italie avec 19,5 %. Sur le segment biologique, les acheteurs américains pèsent près du quart des volumes.
Ce que dit le droit douanier américain sur l’origine
Encore faut-il savoir quelle huile bénéficie de l’exemption, puisque plus de 87 % des volumes tunisiens quittent le pays en vrac, à destination principalement de l’Espagne et de l’Italie.
La réponse figure dans une décision publiée par les douanes américaines le 27 avril 1998, référencée HQ 560944 et consacrée précisément à l’huile d’olive. Le CBP y juge qu’une huile espagnole raffinée en Italie ne subit pas de transformation substantielle : elle demeure espagnole, et l’étiquette doit porter la mention « Produced in Spain, Packed in Italy ». La doctrine est constante depuis et mélanger un produit d’un pays avec le même produit d’un autre pays ne modifie pas l’origine douanière.
Une huile tunisienne raffinée ou embouteillée en Europe conserve donc son origine, à condition que sa provenance soit établie et déclarée. Le même texte impose une double mention en cas d’assemblage, sur le modèle « Produced in Italy and Spain ». Une huile tunisienne mélangée à de l’huile espagnole devient tunisienne et espagnole à la fois, et la manière dont la surtaxe s’applique à un produit d’origine multiple reste à préciser.
Les embouteilleurs européens qui approvisionnent le marché américain ont désormais un intérêt tarifaire à intégrer davantage d’huile tunisienne dans leurs assemblages, la fraction tunisienne échappant aux 10 %, plus elle est importante plus la part du produit échappant à la taxe est importante. Le vrac, longtemps décrit comme une fuite de valeur, pourrait tirer la demande et soutenir les prix d’achat. Logiquement, il pourrait gagner jusqu’à 10% de valeur.
La valeur reste captée en Europe
L’huile conditionnée ne représente que 12,9 % des volumes exportés et 17,2 % des recettes. Lorsqu’un opérateur tunisien vend en vrac à un groupe européen, celui-ci récupère la valeur créée par l’assemblage, l’embouteillage, la marque et la distribution. L’avantage tarifaire subsiste, mais il bénéficie à l’importateur ou à l’embouteilleur davantage qu’au producteur.
Les entreprises tunisiennes disposent de capacités de conditionnement et de plusieurs marques exportatrices mais leur volume reste trop faible pour déplacer à court terme le modèle économique de la filière.
Une avance fragile pour l’huile tunisienne
Aucun accord ne protège la position tunisienne. Washington peut ouvrir une nouvelle enquête, modifier ses annexes ou revoir le périmètre du dispositif à tout moment.
Mais Tunis peut désormais se présenter aux importateurs et aux investisseurs américains comme une origine méditerranéenne non taxée, à condition de garantir la traçabilité de ses expéditions. Le prochain test interviendra en novembre, avec l’ouverture de la campagne 2026-2027.




