Djimon Hounsou, un Africain à Hollywood

Djimon Hounsou a tourné, à Hollywood, devant la caméra de réalisateurs prestigieux tels que Steven Spielberg ou Riddley Scott. Cette année, il a été nominé aux Oscars pour son rôle dans Blood Diamond, d’Edward Zwick. Quels sont ses projets ? Quel regard porte-t-il sur l’Afrique et le cinéma africain ? Met-il sa renommée au service du continent ? L’acteur franco-béninois, de passage à Cannes, répond aux questions d’Afrik.com.

Djimon Hounsou, 43 ans, est aujourd’hui l’acteur africain de référence à Hollywood. Originaire du Bénin, il s’est installé à Paris à l’âge de 13 ans. Quelques années plus tard, remarqué par le couturier Thierry Mugler pour son incontestable beauté plastique, il est devenu mannequin. Puis, rêvant de devenir acteur, il est parti à Hollywood où il a dès son arrivée, en 1990, commencé à tourner. Il a été révélé au grand public en 1997 par Amistad, de Steven Spielberg, dans lequel il a joué le rôle Cinque, un africain capturé au XIXe siècle par des négriers et qui s’est révolté. Puis il a fait plusieurs apparitions remarquées dans des super productions, dont Gladiator de Ridley Scott, en 2000. Nominé une première fois aux Oscars en 2004, pour son rôle de peintre dans In America, il l’est une seconde fois cette année, dans la catégorie Meilleur second rôle, pour sa prestation dans Blood Diamond. Un film qui dépeint la violence dans laquelle l’exploitation et le commerce des diamants ont plongé le Sierra Leone. Un pays où l’oeuvre a été projetée pour la première fois au début du mois, à l’initiative du Programme alimentaire mondial (PAM) associé à la Warner Bros. Le tournage de Blood Diamond en Afrique a marqué Djimon Hounsou. En vacances à Cannes, en marge du Festival (il ne joue dans aucun film en compétition), il a répondu à nos questions.

Afrik.com : Le film Blood Diamond a été un succès planétaire. Que tirez-vous de cette expérience ?

Djimon Hounsou :
Dans le film, j’ai été un instrument qui a servi à dévoiler le problème de la production des diamants en Afrique, à toucher certaines réalités qui déchirent le continent : l’exploitation des enfants, les personnes déplacées… J’ai toujours voulu être dans une histoire qui pouvait dénoncer ces fléaux, dénoncer aussi la façon dont certains businessmen se conduisent. Alors, j’ai sauté sur ce rôle.

Afrik.com : Dans le film, vous interprétez le rôle de Solomon, un père qui, au péril de sa vie, part à la recherche de son fils capturé par des militaires et transformé en enfant-soldat. Je suppose que ce rôle été très éprouvant…

Djimon Hounsou :
En tant qu’acteur, ça a été bouleversant. Ca a été l’un des rôles les plus difficiles que j’ai jamais joué. De plus, cette expérience a été très dérangeante. Le tournage a eu lieu essentiellement en Afrique du sud et au Mozambique. Et après le travail, c’était très dur, très éprouvant de voir dans quelles conditions vivaient les Africains qui nous aidaient à tourner le film.

Afrik.com : Hollywood s’intéresse de plus en plus à l’Afrique. Récemment, il y a eu la sortie de Blood Diamond, mais aussi Le Dernier roi d’Ecosse de Kevin Macdonald qui dresse le portrait du dictateur ougandais Idi Amin Dada. Certains disent que les studios américains font des films sur l’Afrique et ses plaies juste pour se remplir les poches, et qu’ils ne règlent aucun problème. Qu’en pensez-vous ?

Djimon Hounsou :
Oui, l’Afrique est peut-être une nouvelle source d’argent pour eux. Mais Hollywood n’est pas là pour régler des problèmes qui sont là depuis des siècles. Je ne vois vraiment ce que Hollywood peut arranger. Au mieux, les films peuvent éduquer, dévoiler certains problèmes au grand public. Mais Hollywood n’a pas la prétention de résoudre les soucis des Africains. L’ONU est là pour ça. Chacun son rôle.

Afrik.com : Certains acteurs hollywoodiens s’engagent en faveur de l’Afrique. George Clooney, Don Cheadle et Angelina Joly, par exemple, défendent la cause des réfugiés du Darfour. Est-ce que, vous aussi, vous vous servez de votre renommée pour aider l’Afrique ?

Djimon Hounsou :
Une action humanitaire ? Oui. Depuis que Bono (le chanteur du groupe de rock U2, ndlr) m’a demandé de l’aider à convaincre les pays développés d’annuler la dette des pays pauvres, je me suis engagé. Je milite au sein de l’organisation OXFAM qui travaille à équilibrer les échanges entre pays pauvres et pays riches. Il y a quelques semaines, j’étais à Washington pour faire prendre conscience aux parlementaires de ce qui se passe au niveau de l’Organisation mondiale du commerce et du mal que ça fait à l’Afrique et au tiers-monde. Pour l’octroi de subventions, les Etats riches changent les règles quand ça les arrange. Donc les pays pauvres qui cultivent le riz, le coton, etc., de vendre leurs produits moins cher que leur prix de reviens. Il faudra prendre en compte ce problème pour établir de nouvelles lois du commerce.

Afrik.com : Après avoir été nominé aux Oscars en 2004 pour votre rôle de peintre mystérieux dans In America, vous l’avez été une nouvelle fois cette année pour l’Oscar du meilleur second rôle dans Blood Diamond. Que vous a apporté cette distinction ?

Djimon Hounsou :
Cette nomination m’a permis d’être un plus respecté à Hollywood. Quand vous êtes nominé une première fois, tout le monde dit : « quelle chance ! » Mais lorsque vous l’êtes une seconde fois, vous êtes pris au sérieux.

Afrik.com : La vie d’acteur à Hollywood vous plaît ?

Djimon Hounsou :
Il n’y a pas grand-chose à ne pas aimer dans la vie que je mène à Hollywood. La seule chose que je regrette c’est la difficulté que j’ai à tourner dans des histoires qui m’intéressent. Mais ça, c’est valable pour tout le monde. Non, franchement, ma vie est belle. Je suis le premier africain nominé aux Oscars, donc j’espère que ça m’aidera à faire de belles histoires.

Afrik.com : Mercredi, au Festival de Cannes, des réalisateurs et producteurs africains ont regretté publiquement l’absence de film africain dans la compétition officielle. Ils ont aussi souligné que depuis 10 ans, aucun film africain n’a été sélectionné pour la Palme d’or. Est-ce que cet état de fait vous choque ?

Djimon Hounsou :
Non, ça ne me choque pas vraiment. Il n’y a pas énormément de films produits en Afrique. Ce qui me choque c’est plutôt que personne ne finance de films africains capables d’intéresser l’Europe et les Etats-Unis. C’est à nous de voir comment faire pour y arriver, et c’est une entreprise difficile. Vous savez, aux Etats-Unis, Blood Diamond a bien marché, mais nous nous attendions à mieux que ça. Heureusement, le film a eu beaucoup de succès dans le reste du monde, ce qui a compensé les chiffres un peu décevants des Etats-Unis.

Afrik.com : L’on ne vous voit pas dans les films africains. Pourquoi ? Est-ce parce que vous êtes devenu un acteur trop cher ?

Djimon Hounsou :
Ce n’est pas qu’une question d’argent. Ce qui me pose problème, c’est surtout l’intégrité des projets. Maintenant, je veux faire des films de haut niveau, pas des films minables. Je me suis donné beaucoup de mal pour arriver là où je suis maintenant. Je ne vois pas quel intérêt j’ai à faire de petits films sans dimension. Donc tant que des Africains ne me proposeront pas de films sérieux et ambitieux, j’éviterai de travailler avec eux.

Afrik.com : Mais essayez-vous, personnellement, de développer le cinéma africain ?

Djimon Hounsou :
Oui, j’ai une compagnie de production, Belly Serpent Productions, qui développe des projets. L’un d’entre eux sera tourné par un grand réalisateur. Je ne peux pas encore en parler. Mais si je suis à Cannes en ce moment ce n’est pas que pour me reposer. J’y suis aussi pour prendre quelques rendez-vous et rencontrer des personnes qui pourront m’aider à concrétiser ces ambitions.