
Le Sénégal recense à ce jour 76 cas de diphtérie et neuf décès dans 11 de ses régions, avec un foyer actif à Kédougou, où 30 nouveaux cas viennent d’être confirmés. Mais le pays n’est pas un cas isolé : depuis 2025, le Mali, la Mauritanie et la Guinée font eux aussi face à des résurgences de cette maladie, pourtant évitable par la vaccination depuis des décennies. Cette circulation simultanée dans quatre pays voisins interroge la capacité de la région à endiguer une pathologie que la couverture vaccinale devrait, en théorie, avoir éradiquée.
Une épidémie qui a franchi la frontière malienne
Le Sahel fait face à une résurgence e la diphtérie. Le premier cas sénégalais recensé dans cette vague remonte au 30 juillet 2026, dans l’Est du pays, à Kédougou, une région frontalière du Mali. Les spécialistes évoquent une contamination transfrontalière. Une hypothèse renforcée par le fait que le Mali connaît lui-même des cas de diphtérie depuis 2025. La région de Kédougou concentre à elle seule 28 des 76 cas confirmés au Sénégal, avec 18 cas dans le seul district de Kédougou, huit à Saraya et deux à Salémata.
Les autorités sanitaires régionales ont identifié rétrospectivement 11 cas suspects, tous décédés, survenus entre août 2024 et juillet 2026 à l’hôpital régional de Kédougou, avant que deux prélèvements post-mortem analysés par l’Institut Pasteur de Dakar ne confirment officiellement la présence de la maladie le 1er août 2026. Ce délai entre les premiers décès et la confirmation biologique prouve la difficulté à détecter rapidement une maladie devenue rare, donc moins immédiatement identifiée par les cliniciens.
Une couverture vaccinale nationale trompeuse
Le Sénégal affiche un taux de couverture vaccinale national de 88%, un chiffre qui masque d’importantes disparités locales. Dans le seul district de Saraya, 1 140 enfants de 0 à 5 ans n’ont reçu aucune dose de vaccin et 1 429 autres ne sont pas complètement vaccinés, sur un total de 2 539 enfants recensés. À Salémata, seuls deux enfants de moins de 5 ans étaient vaccinés au moment du dernier point de situation.
Ce sont précisément ces poches de sous-vaccination, concentrées dans des zones rurales et frontalières, qui offrent à la bactérie Corynebacterium diphtheriae un terrain de circulation que la moyenne nationale ne laisse pas deviner. Le bilan national est passé de 57 cas et huit décès au 8 septembre à 76 cas et neuf décès au 13 septembre, soit 19 cas supplémentaires en cinq jours seulement. La maladie s’est désormais propagée à 24 districts sanitaires répartis dans 11 régions.
A la recherche active des enfants « zéro dose »
Elle touche aussi bien des zones rurales comme Kédougou que des zones densément peuplées comme Dakar (12 cas, dont sept à Guédiawaye) et Thiès (dix cas, dont neuf à Mbour). Le ministère de la Santé dénombre par ailleurs 249 cas suspects en cours d’investigation, un chiffre qui suggère que le bilan confirmé pourrait encore s’alourdir. Face à cette progression, la réponse sanitaire sénégalaise reste structurée à l’échelle nationale.
Il s’agit de la recherche active des enfants « zéro dose », suivi des 36 cas contacts sous traitement prophylactique, approvisionnement en antitoxine et surveillance des sujets contacts pendant dix jours. Le Dr Jean-Pierre Diallo, coordonnateur de la riposte, parle d’un « marathon sanitaire » pour qualifier l’ampleur de l’effort à venir. Mais rien n’indique l’existence d’un mécanisme de coordination sanitaire formalisé entre le Sénégal, le Mali, la Mauritanie et la Guinée.
Ce que rappelle la diphtérie sur les maladies « oubliées »
Ce qui pourrait permettre de suivre conjointement la circulation de la bactérie le long de leurs frontières communes. Chaque pays semble pour l’instant documenter et gérer ses propres cas, alors que la maladie, par définition, ne s’arrête pas aux postes-frontières. La diphtérie se transmet par voie respiratoire et se manifeste par un mal de gorge, de la fièvre, des difficultés à avaler, un enrouement, un gonflement du cou ou des membranes grisâtres caractéristiques dans la gorge, pouvant évoluer vers une détresse respiratoire sévère en l’absence de traitement rapide.
Elle reste toutefois soignable lorsqu’elle est prise en charge à temps. Les autorités sanitaires sénégalaises appellent les parents à vérifier le statut vaccinal de leurs enfants, à compléter les doses manquantes dans le cadre du Programme élargi de vaccination (PEV), et à consulter sans délai en cas de symptômes évocateurs, sans recourir à l’automédication.




