Desmond Tutu : un homme de Dieu au service de la paix

L’ancien archevêque anglican Desmond Mpilo Tutu prend officiellement sa retraite aujourd’hui, le jour de ses 79 ans. Prix Nobel de la paix en 1984, le Sud-africain avait joué un rôle déterminant dans la lutte contre l’apartheid et dans le processus de réconciliation nationale. Porte-parole des sans voix, il a donné corps aux aspirations et les angoisses des marginaux. Retour sur une vie publique dédiée à la paix.

« Nous avons été créés pour être libres : voilà pourquoi toute oppression sera un jour déjouée ». C’est ce crédo qui guidera l’action de Desmond Tutu, qui prend ce jeudi sa retraite, alors qu’il fête ses 79 ans. Né en 1931 à Klerksdorp dans le Transvaal, il ne sera finalement pas médecin. Les études de médecine trop onéreuses, c’est vers la théologie qu’il s’oriente. Il devient pasteur de l’Eglise anglicane en 1961.
Depuis, Desmond Tutu collectionne les distinctions : premier Sud-africain noir à être nommé doyen du diocèse de Johannesburg, en 1975, premier secrétaire général noir du Conseil œcuménique sud-africain, prix Nobel de la paix en 1984.
Très vite, la situation du pays et ses plaidoyers pour la justice et la réconciliation en Afrique du Sud le conduisent dans l’arène politique. L’assassinat de Steve Biko, en 1977, semble faire office de déclic pour Tutu. C’est le début d’un militantisme religieux. Attaché aux valeurs de l’église, il précise toujours que ses motivations sont religieuses et non politiques.

Lutter contre l’apartheid et panser ses plaies

C’est pour son combat contre l’apartheid qu’il recueille ses lettres de noblesse. Il mène une lutte courageuse, inlassable et pacifique en faveur de l’égalité. Pour lui, le comportement du gouvernement de l’apartheid est contraire à la volonté divine, et ne peut donc pas perdurer. C’est sous sa coupe que les églises membres du Conseil œcuménique sud-africain rallient l’opposition à l’apartheid.

L’apartheid vaincu, en juin 1991, Nelson Mandela en personne, lui demande de présider la Commission de la vérité et de la réconciliation, pilier de la reconstruction de sud-africaine. Etablie pour enquêter sur les crimes et les violations des droits de l’homme commis lors de l’apartheid, cette commission n’est pas un tribunal mais un lieu où les bourreaux de cette période peuvent venir s’expliquer et demander pardon à ceux à leurs victimes.

Initiateur et chantre du concept de nation arc-en-ciel, surnom dont se pare fièrement l’Afrique du Sud, Desmond tutu s’est ensuite battu pour que la diversité, même au sein des différentes communautés, soit un atout, et non un facteur de division. « Nous, représentants de diverses cultures, langues et races, nous devenons une seule nation. Nous sommes le peuple divin de l’arc-en-ciel », disait-il, célébrant le phénotype Sud-africain.

Comme tout personnage public, Desmond Tutu n’a pas échappé pas aux critiques. Il a été notamment accusé d’être trop conciliant avec Winnie, la femme de Nelson Mandela. Surnommée la mère de la nation, cette figure de proue du Congres National Africain (ANC) était très controversée pour son radicalisme. Elle fut condamnée pour avoir orchestré le meurtre d’un jeune militant de l’ANC qu’elle soupçonnait d’espionnage.

Soldat hyperactif de la paix, l’ancien archevêque avait co-fondé, avec sa femme, le Desmond Tutu Peace Center (DTPC) en 1998, une organisation non gouvernementale créée dans le but de « perpétuer l’œuvre d’une des plus grandes consciences morales de notre temps ».
L’ancien archevêque a toujours été sollicité par de nombreux gouvernements et organisations qui souhaitaient bénéficier de son expérience à la tête de la Commission vérité et réconciliation. Il est aujourd’hui le président du groupe de réflexion The Elders (les sages), créé par Nelson Mandela, la seule charge que le nouveau retraité dit vouloir conserver.

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