Des pays africains rapatrient leurs ressortissants d’Afrique du Sud

Les gouvernements du Mozambique et du Zimbabwe ont entamé le « rapatriement volontaire » de leurs ressortissants, dans le sillage des flambées de violence xénophobes qui ont lieu actuellement en Afrique du Sud, et qui, selon les forces de l’ordre, ont fait 42 morts et plus de 16 000 déplacés, et ont donné lieu à 400 arrestations.

Ces violences, au cours desquelles certains ressortissants étrangers ont été victimes de necklacing – un retour à une horrible méthode pratiquée pendant l’apartheid, et qui consiste à tuer les individus soupçonnés de collaborer avec la police en leur plaçant un pneu en flammes autour du cou – se sont propagées à travers le Gauteng et jusque dans les autres provinces depuis qu’elles ont éclaté à Alexandra, un township de Johannesbourg, il y a 12 jours.

Amos Masondo, le maire de Johannesbourg, a invité toutes les missions diplomatiques étrangères à se réunir le 23 mai, pour « débattre des attitudes xénophobes observées à Johannesbourg », selon le porte-parole du consulat mozambicain.

« Une dizaine de bus sont partis le 21 mai et une autre dizaine le 22 mai pour le Mozambique. Nous faisons de notre mieux pour ramener nos citoyens chez eux », a indiqué le porte-parole.

Environ 1 200 personnes ont été rapatriées par le gouvernement mozambicain et bon nombre d’autres ressortissants mozambicains partent par leurs propres moyens.

Le quotidien mozambicain Noticias a rapporté que quelque 10 000 Mozambicains ont fui l’Afrique du Sud depuis les premières flambées de violence, mais ce nombre ne tient pas compte des quelques milliers de personnes qui se déplaceraient sans document de voyage légal.

Selon le porte-parole du consulat, le gouvernement mozambicain assurera le transport de ses ressortissants tant qu’il y aura une demande : « les immigrés clandestins ne sont pas les seuls à être pris pour cible, les populations s’en prennent aussi à ceux qui sont ici [en Afrique du Sud] légalement », a-t-il expliqué.

Rentrer au Zimbabwe

D’après Chris Mapanga, du consulat zimbabwéen à Johannesbourg, son gouvernement « organise les rapatriements volontaires et les opérations sont en marche. Nous en sommes à une étape très avancée ».

M. Mapanga a toutefois refusé de révéler le nombre des personnes ayant demandé à être rapatriées, la date du début des opérations de rapatriement, et le type de moyen de transport qui serait utilisé.

« Ca ne se passe pas en un éclair. La xénophobie commence à une heure de l’après-midi, ensuite les bus [destinés à rapatrier les personnes qui le souhaitent] partent à une heure et demie », a-t-il déclaré à IRIN.

Selon M. Mapanga, certaines recherches situent entre environ 800 000 et un million le nombre de Zimbabwéens résidant actuellement en Afrique du Sud ; selon d’autres estimations, plus de trois millions de personnes auraient fui la récession économique qui paralyse le Zimbabwe depuis huit ans.

Au Zimbabwe, l’inflation annuelle, qui s’accompagne de graves pénuries alimentaires, énergétiques et de carburant, atteint 1 000 000 pour cent, selon certaines estimations non-officielles.

Mais la recrudescence des migrations clandestines vers l’Afrique du Sud s’expliquerait également par les flambées de violence signalées aux quatre coins du pays à l’approche du deuxième tour des élections présidentielles au Zimbabwe, qui aura lieu le 27 juin.

Ce scrutin a été programmé à l’issue du premier tour, que ni le président Robert Mugabe, de la ZANU-PF, ni Morgan Tsvangirai, chef du Mouvement pour le changement démocratique, parti d’opposition, n’a remporté à la majorité absolue.

À la suite de ce premier tour, tenu le 29 mars dernier, la ZANU-PF, le parti au pouvoir, a en outre perdu sa majorité parlementaire pour la première fois depuis l’indépendance du pays par rapport à la Grande-Bretagne, en 1980.

Propagation des violences

Au-delà de la province de Gauteng, épicentre des violences xénophobes, de nouveaux troubles ont été signalés ces derniers jours dans les provinces du KwaZulu-Natal, du Free State et de Mpumalanga.

Le gouvernement a annoncé que les ressources de l’armée seraient mises à la disposition de la police pour tenter de mettre un terme à ces flambées de violence.

Au Parlement sud-africain, cette décision a reçu un accueil favorable de la part des partis d’opposition, qui ont néanmoins critiqué le délai de réaction du président Thabo Mbeki.

Ian Davidson, chef de file de l’Alliance démocratique au Parlement, a déclaré au cours d’une session parlementaire, le 22 mai, que le gouvernement n’avait consenti à déployer l’armée qu’après 42 décès, alors que son parti avait déjà appelé à une intervention de l’armée lorsque le bilan des morts ne s’élevait encore qu’à 12.

La question de la xénophobie en Afrique du Sud devait être débattue à l’occasion de la Septième Commission binationale Nigeria/Afrique du Sud, à Abuja, capitale du Nigeria.

Kingsley Mamabolo, qui dirige la délégation sud-africaine d’Abuja aurait déclaré : « Bien entendu, il y aura des explications et des débats sur cette question [la xénophobie], et la commission devra trouver la meilleure méthode possible pour traiter ce problème ».

La News Agency of Nigeria a rapporté que des dizaines de boutiques nigérianes avaient été prises pour cible à Johannesbourg, et qu’un groupe d’individus avait saccagé une taverne d’Umbilo, un township de Durban, dont le propriétaire est nigérian.

Quelques semaines avant que les violences xénophobes n’éclatent, les autorités nigérianes s’étaient déclarées préoccupées de constater que leurs ressortissants étaient pris pour cible par des criminels après leur arrivée à l’aéroport international de Johannesbourg.

Les violences de la honte

Ces violences ont été condamnées par le gouvernement, les syndicats de travailleurs, les organisations ecclésiastiques et communautaires, ainsi que par des particuliers, au cours d’émissions-débats, diffusées sur les ondes des stations de radio locales.

Selon Imtiaz Soliman, président de Gift of the Givers, une organisation humanitaire sud-africaine, l’appel à l’aide lancé par son association a suscité une réaction spectaculaire, comparable aux dons recensés à la suite du tsunami de 2004, en Asie, qui avait fait 220 000 morts.

« Les gens disent qu’ils ont honte de ce qui arrive à l’Afrique du Sud », a-t-il affirmé.

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a commencé à distribuer 2 000 « colis de dignité », contenant divers produits sanitaires et nutritionnels essentiels, des nattes et des couvertures, pour couvrir les besoins immédiats des personnes déplacées.

L’OIM a également uni ses forces à celles de Metro FM, une des plus grandes stations de radio commerciales d’Afrique du Sud, pour lancer une campagne destinée à « sensibiliser le public aux droits et aux responsabilités des ressortissants étrangers et des populations locales, afin de prévenir toute nouvelle attaque et d’ouvrir la voie à la réconciliation et à l’intégration », peut-on lire dans un communiqué de l’OIM.

« Il est tout à fait clair que si nous, Sud-africains, ne prenons pas de mesures immédiates et effectives face à ces attaques, nous nous dirigeons sans aucun doute vers un avenir sombre », a déclaré Pius Langa, président de la Cour suprême, aux médias locaux.

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