« Dernier maquis » : dans l’enfer de la religion et du capital

Dernier maquis, le nouveau film de Rabah Ameur-Zaimeche, est une réflexion inédite sur les dérives d’un entrepreneur prosélyte, figure de l’exploitation capitaliste, subtilement filmé dans un décor rougeoyant comme l’enfer. Rendez-vous dans les salles françaises ce mercredi.

Mao, patron musulman, d’une entreprise de réparation de palettes et d’un garage de poids-lourds, dans une zone industrielle à la périphérie parisienne, décide de construire une mosquée pour ses salariés sur leur lieu de travail. L’idée s’avère louable, a priori. Telle est la trame de Dernier maquis, le dernier film de Rabah Ameur-Zaimeche, qui sort dans les salles françaises ce mercredi. Dernier maquis, c’est d’abord un décor fait de palettes rouges qui peuplent à l’infini un entrepôt en plein air. Elles constituent un personnage à part entière de cette satire sociale. La curiosité visuelle digérée, on s’attaque au vif du sujet porté par les questions existentielles d’un nouveau converti à l’islam, Titi (Christian Milia-Darmezin). Attachant à souhait, ce Titi, qui ne voudra pas se laisser faire par Grominet, s’interroge sur la façon d’être un bon musulman, interpellé par la décision de son patron.

Un scénario inédit et inspiré

Rabah Ameur-Zaimeche, qui incarne aussi Mao, le patron prosélyte, s’attaque de façon très originale aux enjeux liés à cette décision. Son récit se construit d’abord autour des détails les plus banals du quotidien des ouvriers affectés à la réparation des palettes et de celui des mécaniciens du garage, les deux pôles de l’entreprise de Mao. Un cariste qui fait tomber ses palettes, un collègue qui les ramasse ; un ragondin, découvert par hasard dans le garage, qui effraie les mécaniciens. Puis, l’air de rien, le cinéaste franco-algérien amène le téléspectateur à découvrir les intentions de ce cher Mao qui n’a rien d’un communiste. Dernier maquis se fait déconcertant en allant jusqu’aux frontières d’un prosélytisme des plus intéressés. Mais c’est pour mieux en relever les travers. Toutefois, c’est le duo inédit, créé par le réalisateur avec la réunion du capital et de la religion, qui irradie l’œuvre. Les palettes rouges rappellent à s’y méprendre les flammes de l’enfer vers lesquelles portent les dérives de ce couple improbable.

Rabah Ameur-Zaimeche traite en 1h30 de l’éternelle lutte des classes et surtout de celle que se livre parfois entre eux les plus pauvres, ici ouvriers et mécaniciens, exploités par le Grand capital. Troisième volet sur l’immigration entamé avec Wesh, Wesh et poursuivi avec Bled Number One, Dernier maquis souligne également que les travailleurs immigrés sont les premières victimes de cette exploitation. Ces thématiques ne sont pas originales mais le scénario coécrit par Ameur-Zaimeche l’est. La réalisation est aussi bluffante dans son propos que dans sa forme. Le déroulement de la réflexion du cinéaste, apparemment superficielle, est d’autant plus pertinent qu’elle prend tout à contrepied pour mieux se révéler. Dernier maquis réaffirme que quand la religion est dévoyée, elle peut devenir une puissante arme d’asservissement au service de causes aussi discutables que le terrorisme. Avec la crise financière, Dernier maquis est l’évocation très actuelle de deux potentielles armes de destruction massive : le capital et la religion. Le spectacle de cette possible catastrophe vaut la peine d’être vu.

 Dernier maquis de Rabah Ameur-Zaimeche
avec Christian Milia-Darmezin, Rabah Ameur-Zaimeche, Abel Jafri.

Durée : 1h33mn

Sortie française : 22 octobre

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