Déplacements massifs et situation précaire à Bakassi


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Drapeau du Cameroun
Drapeau du Cameroun

L’attaque rebelle menée le 18 octobre dans la péninsule de Bakassi traduit la vulnérabilité continue de la région à « l’insurrection, la piraterie et l’indiscipline », selon un haut responsable des Nations Unies, coordinateur de la Commission mixte Cameroun-Nigeria qui a supervisé le transfert de souveraineté de la péninsule des autorités nigérianes aux autorités camerounaises, le 14 août.

Péninsule de BakassiPendant plusieurs décennies, le Cameroun et le Nigeria s’étaient disputé la souveraineté de la péninsule, potentiellement riche en ressources, portant l’affaire jusque devant la Cour internationale de justice des Nations Unies, en 1994. Après avoir consulté les registres datant du dernier siècle, la cour a statué en faveur du Cameroun.

Le 20 octobre de cette année, des rebelles se faisant appeler les Bakassi Freedom Fighters et opérant sur le modèle du Conseil de défense et de sécurité du delta du Niger (NDDSC), un mouvement rebelle, ont revendiqué l’attaque d’un chalutier, qui naviguait dans les eaux camerounaises, deux jours plus tôt.

Les autorités de la défense camerounaise ont confirmé l’attaque, mais ont écarté la qualification d’acte de piraterie.

Une rancœur muette

Quel que soit le motif de cette attaque, l’incident est inquiétant, selon Jean-Paul Vogels, haut responsable des affaires politiques au sein des Nations Unies et coordinateur de la commission onusienne chargée de démarquer une frontière controversée de 1 800 kilomètres entre les deux pays.

« Nous ne savons pas qui en est l’auteur, mais nous en connaissons les conséquences. Ce dernier acte de violence ne se limite pas à Bakassi : il souligne l’instabilité générale de la région du delta du Niger. C’est une menace traitée à la fois par le Cameroun et le Nigeria ».

Les rebelles du NDDSC basés au Nigeria ont déclaré à la presse camerounaise en juillet, peu après le meurtre de plusieurs représentants des autorités camerounaises, qu’ils recouraient à la violence pour protester contre la perte de la péninsule au profit du Cameroun.

« Bakassi nous appartient (…) pour que la paix règne dans les deux pays, tous deux doivent consulter les habitants parce que certains vont être déplacés (…) S’ils ne parviennent pas à contacter ces personnes, nous n’accepterons pas cette situation », a expliqué le chef rebelle Ebi Dari, selon les propos rapportés par les médias locaux.

Qui sont les victimes ?

Peu après le transfert de souveraineté de la péninsule, plusieurs dizaines de milliers d’habitants se disant originaires de Bakassi ont fui au Nigeria voisin, à 12 kilomètres de là, certains accusant les responsables camerounais de se livrer à des actes de violence.

Selon M. Vogels des Nations Unies, déterminer le nombre de personnes véritablement déplacées par le transfert de souveraineté est un « cauchemar » : « si vous avez visité les palétuviers de Bakassi, vous saurez qu’il n’y a même aucun moyen possible que 100 000 personnes aient pu habiter là-bas ».

La péninsule de 1 000 kilomètres carrés n’a ni route, ni école, et l’armée française n’a commencé à ouvrir des centres de santé dans ses marais principalement peuplés de pêcheurs qu’au cours des deux dernières années.

À en croire M. Vogels, le nombre de déplacés dont les médias locaux ont fait état ne représente pas nécessairement le nombre d’habitants qui ont fui pour échapper aux violences dans la péninsule.

« Les habitants qui se sont dits originaires de Bakassi viennent en fait peut-être d’autres régions du Cameroun ou du Nigeria qui faisaient peut-être partie, à une certaine époque, de Bakassi, et bien que [leurs déclarations] soient correctes d’un point de vue historique, les frontières contemporaines de Bakassi sont différentes », a-t-il dit.

« Les populations [du Cameroun] ont pu avoir entendu dire que les autorités nigérianes réservaient des logements aux déplacés et penser qu’elles pouvaient en bénéficier, ou bien ce sont les autorités nigérianes elles-mêmes qui font état d’un nombre plus élevé de déplacés pour obtenir davantage de fonds auprès du gouvernement fédéral ».

En déplacement

Victor Antai, président du conseil municipal de Mbo, dans l’Etat d’Akwa Ibom, au Nigeria, a néanmoins indiqué à IRIN que quelque 75 000 déplacés de Bakassi étaient inscrits sur les registres du conseil : « Quiconque conteste nos chiffres peut venir vérifier. Nous n’avons rien à cacher ; nos portes et nos registres sont grand ouverts à quiconque souhaite revérifier le nombre de rapatriés que nous accueillons », a-t-il dit.

« Ce qui se passe, c’est qu’après avoir attendu pendant des semaines sans recevoir d’aide de la part du gouvernement fédéral, la plupart des rapatriés ont repris leurs activités de pêche. Ils ne peuvent pas se contenter de rester là sans rien faire, comme ça », a-t-il poursuivi. « La plupart d’entre eux se sont remis à pêcher et les autres tentent de gagner leur vie en faisant des petits travaux dans les communautés voisines. Cela peut expliquer pourquoi vous ne verrez peut-être pas les 75 000 rapatriés inscrits rassemblés dans un seul endroit ».

Selon lui, certains déplacés peuvent choisir de retourner à Bakassi pour gagner leur vie. « Tout cela est une question de survie. S’ils ont l’impression qu’ils sont mieux à Bakassi, bien sûr, ils vont y retourner. Mais je pense que tout le monde est en train d’adopter une attitude attentiste. Etant donné que le Nigeria ne [les] a pas beaucoup aidés, on peut s’attendre à ce qu’ils souhaitent rentrer à Bakassi, malgré les problèmes de sécurité ».

La Commission nationale des frontières nigériane s’est engagée à consacrer plus de sept millions de dollars de fonds fédéraux à la réinstallation des ressortissants nigérians dans l’Etat de Cross River, à côté d’Akwa Ibom.

Selon M. Vogels, les autorités camerounaises savaient depuis 2006 qu’elles devaient améliorer les infrastructures de la péninsule en prévision du transfert officiel de souveraineté, mais à présent que la péninsule est sous leur contrôle, la pression est d’autant plus forte.

« L’administration civile est limitée à Bakassi. Certaines personnes n’ont pas de carte d’identité, ce qui les empêche d’être scolarisées. Il sera trois fois plus coûteux de construire quoi que ce soit dans la péninsule, parce que c’est un palétuvier », a-t-il dit.

« Ils sont sous pression : il faut qu’ils le fassent rapidement pour assurer la sécurité dans la région. Bakassi a été extrêmement négligé, et aujourd’hui, le gouvernement camerounais s’efforce de démontrer qu’il peut apporter des changements visibles ».

Lire aussi : Que se passe-t-il encore à Bakassi ?

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