De l’or au bout du canon

Le rapport récemment publié par une commission parlementaire britannique sur l’activité des armées privées en Afrique est une mine d’information. Pour mieux connaître ce marché de la guerre, gros plan sur le leader du secteur : Executive Outcomes.

Fondée en 1989 par le Sud-Africain Eben Barlow, Executive Outcomes (EO) est ce qu’on appelle une  » Compagnie militaire privée  » (PMC). Disposant d’un arsenal logistique important et de soldats bien entraînés, cette entreprise vend ses services aux gouvernements ou aux mouvements dissidents. Entraînement de troupes, soutien matériel, espionnage, contre-espionnage, mission de sécurité ou coup de force, EO couvre toutes les opérations pour sortir vainqueur d’un conflit. Tant que l’employeur paye.

A titre d’exemple, le gouvernement angolais a fait appel à cette PMC en 1994, dans le conflit qui l’oppose aux rebelles de l’Unita. Pour 40 millions de dollars, il a loué les services de quelques 500 hommes. Missions : entraînement de troupes, soutien logistique et participation au front. 1994 restera une année charnière dans l’histoire de ce conflit. Forte du soutien d’EO, l’armée gouvernementale remporte plusieurs batailles majeures et surtout, récupère les fameuses mines de diamants de Luanda. Sans ces mines, l’Unita connaîtra d’autant plus de difficultés qu’elle aura du mal à payer, à son tour, les mercenaires dont elle a besoin. En novembre 1994, un accord de paix est signé entre Lusaka et le mouvement dissident.

Le nerf des guerres civiles

EO jouit d’une très bonne réputation sur le marché des PMC. D’origine sud-africaine, elle comprend des soldats unis par la langue qui connaissent bien le terrain africain. Mais il semble que les fonds qui lui permettent de subvenir à ses besoins en hommes et en armement ne proviennent pas seulement de l’argent des contrats. On sait que la compagnie est très liée à Branch-Heritage, un important groupe anglais minier et pétrolier.

Lors de l’intervention d’EO au Sierra Leone, Branch Energy, une filiale du groupe, a curieusement obtenu les importantes concessions diamantifères de Kono. Et après la fin de son contrat pour aider le gouvernement sierra-léonais, une filiale d’Executive Outcomes est restée assurer la sécurité des mines. Cet exemple n’est pas un cas isolé. En Angola aussi, la Sonangol et Branch Heritage, les deux groupes miniers les plus proches d’EO, ont obtenu des concessions protégées par la PMC.

Si aucuns liens officiels ne lient les deux groupes à la compagnie sud-africaine de mercenaires, les coïncidences sont par trop nombreuses pour ne pas croire à une mise en commun de leurs intérêts dans la région. En échange de son soutien à tel ou tel régime, la PMC jouirait donc d’un accès privilégié aux ressources diamantifères des pays en guerre civile.

Les PMC et la paix

La question que pose le rapport de la commission parlementaire anglaise n’est pas inintéressante : les PMC ont-elles intérêt à assurer la paix ? Les pays en guerre, et a fortiori les pays en guerre civile, sont leur terrain d’exercice privilégié. Sans cette manne, les PMC se retrouveraient en chômage technique.

D’un autre côté, leur intéressement dans les ressources minières des pays où se déroulent leurs interventions constituerait un gage de sécurité. Les concessions ont valeur d’intéressement et contraignent l’entreprise à assurer la paix. Des conclusions toutes en nuance qui laissent de côté le fait que le pillage des ressources angolaises ou sierra-leonaises par ces compagnies ne fait sans doute qu’aggraver la situation des populations. En Angola, trois millions de personnes dépendent aujourd’hui de l’aide alimentaire.

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