La mort est mon métier

Compagnies privées de sécurité, mercenaires, soldats de fortune, on leur donne plusieurs noms. Du Sierra Leone au Mozambique, ils opèrent dans toute l’Afrique. Leur métier : protéger et servir ceux qui les paient. Tuer fait partie du contrat. Une commission parlementaire anglaise publie une étude sur ces entreprises florissantes et très bien organisées. Instructif.

Congo belge, 1960. Moise Tsombe, le leader sécessionniste, et la Compagnie belge de l’Union minière recrutent 200 hommes. Une armée composée de soldats belges et sud-africains enrôlée pour aider la province du Katanga à entériner son indépendance. Et protéger l’Union minière. Une façon pour la compagnie de préserver ses revenus sans impliquer directement la Belgique. Défaits par les forces conjointes du tout jeune Congo (RDC) et des Nations Unies, la sécession du Katanga se soldera par un échec.

Mais cette bataille restera dans l’Histoire comme l’une des premières guerres menées grâce à l’appui de mercenaires à l’époque des indépendances. Et comme une date phare dans la chronologie d’un marché en pleine expansion. De 1960 à nos jours, le rapport de la commission parlementaire anglaise retrace l’Histoire de ce qui est devenu aujourd’hui un secteur qui rapporte : celui des armées privées.

Mercenaires organisés

Fini le temps où les aventuriers étaient enrôlés au cas par cas. Aujourd’hui, les  » Compagnies privées de sécurité  » (PSC) ou encore  » Compagnies militaires privées  » (PMC) fonctionnent comme des entreprises. L’armée est un business et s’adresser à une firme qui a fait ses preuves permet de s’assurer un service de qualité. Le rapport du Parlement reconnaît d’ailleurs les avantages d’un tel système.

La concurrence joue, et les PMC sont soucieuses de leur image. Trop de défaites ou trop d’exactions ternissent une réputation. D’un autre côté, l’opacité et la discrétion font partie du contrat. Et il est parfois difficile de dire qui a engagé qui, où et dans quel but. Surtout si les opérations couvertes enfreignent largement les conventions internationales en matière d’armement. Ou servent des intérêts politiques qui relèvent de l’ingérence d’un pays tiers ou du soutien à une rébellion.

Dans le feu de l’action

Exemples. En août 1998, une compagnie – on ne sait pas laquelle – comprenant plus de 100 soldats, en partie sud-africains, en partie français, s’implique à nouveau dans la défense des installations minières au Katanga. Impossible de savoir qui les engage, ni la mesure de leur arsenal. La même année, toujours au Congo, la PMC SafeNet décroche un contrat pour assurer la logistique et l’entraînement de troupes chargées de renverser Kabila. Elle échoue dans sa mission, sans pour autant que personne sache qui l’a embauchée.

En Angola, les exemples sont légions. Depuis 1994, des PMC, telles que Teleservice international, Stabilco, ou la très célèbre Executive Outcomes sont mobilisées dans le cadre d’opérations de protection des gisements miniers ou pétroliers, d’entraînement de troupes ou même d’espionnage. Sans qu’il soit toujours possible de savoir qui les recrute ni l’étendue de leurs missions.

Interdire ou légiférer

Sans minimiser les zones d’ombres qui ternissent l’activité des PMC, le rapport de la commission parlementaire anglaise met en avant les aspects positifs de leur intervention. Et la difficulté de freiner leur expansion. Pour les experts britanniques, les Etats devraient mieux contrôler, par un arsenal législatif adapté, l’activité de ces entreprises. Sans pour autant les condamner ou les interdire.

Pourtant, les armées privées font l’objet d’une condamnation sans faille par l’ONU depuis 1989. Dans un récente rapport (janvier 1999), une commission des droits de l’Homme estimait même que leur existence relevait du  » crime international « .