« Danielgate » : Mohammed VI ne s’excuse pas, les Marocains dans la rue ce soir

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Son communiqué royal indiquant annuler la grâce du pédophile Daniel Galvan Viña n’aura pas suffi à calmer la colère des Marocains. Mohammed VI doit s’excuser. C’est en tout cas ce qu’attend le peuple, en plus d’une réforme judiciaire. Une nouvelle manifestation est prévue en ce sens, ce mercredi soir à Rabat.

La grâce qui fâche ne passe toujours pas. Même si Mohammed VI est revenu sur sa décision de gracier le pédophile espagnol, Daniel Galvan Viña, le Maroc attend de son souverain des excuses en bonne et due forme. Des excuses pour un geste qualifié d’impardonnable et pour les violences policières de vendredi soir, contre des manifestants pacifistes à Rabat. En effet, plusieurs contestataires, activistes et journalistes ont été gravement blessés par les forces de l’ordre, alors qu’ils étaient venus crier au scandale. De plus, le peuple exige une réforme et une justice indépendante.

Montasser Drissi, activiste et membre du 20 février et Khadija Ryadi, ancienne présidente et membre de l'AMDH lors du sit-in réprimé du vendredi 2 août

Les Marocains vont à nouveau manifester ce soir, à 22 heures, devant le Parlement à Rabat. Hier, c’était à Casablanca que des centaines de personnes s’étaient rassemblées, cierges à la main, pour soutenir les victimes de Daniel Galvan et de tous les pédophiles à travers le monde. Les sit-inneurs ont reproché à Mohammed VI d’avoir commis deux fois la même erreur, la première étant celle d’avoir gracié en 2006 un autre pédophile, Hérvé Le Gloannec.

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Une manière, selon les contestataires, d’inviter « tous les pédophiles de la terre à venir bais… les enfants » au Maroc car là-bas « c’est gratuit » !

La cote de popularité de Mohammed VI, salué encore il y a quelques jours par la Communauté internationale pour ses efforts en matière de démocratie, et ce, malgré les nombreux prisonniers politiques au Maroc, a pris un sacré coup. Des slogans inédits fleurissent dans les rues et dans la twistophère. « Rabaissé » au rang de ses sujets, le souverain chérifien est tutoyé et menacé, comme si la peur du Makhzen (entourage du roi, ndlr) n’avait jamais existé. Ce faux-pas, Mohammed VI le paie cher aujourd’hui. Il a perdu toute crédibilité auprès de ses concitoyens. Ces derniers n’ont pas hésité à rappeler à l’ordre leur Roi, une manière de lui signifier que son trône est toujours en place uniquement par la volonté du peuple.

Twitter mobilisé

La twistophère a bouilli au rythme de la nouvelle. L’annonce a fait le tour du réseau social, provoquant l’indignation de millions de personnes dans le monde. A leur manière, chacun a voulu exprimer son « dégoût » et sa « colère » sur Twitter. De nombreux internautes ont posté des photos avec un message à l’attention du Roi et du pédophile. Voici une sélection de quelques photos postées sur Twitter :

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« Responsable » mais pas « coupable », donc pas d’excuses ?

Inédit, les premières manifestations contre le Roi Mohammed VI ont eu lieu au Maroc. A l’époque du « Printemps arabe », c’était contre le système et non directement contre le Roi que les Marocains manifestaient. Ce soir encore à Rabat, les slogans seront adressés directement à Mohammed VI. Les internautes préviennent : « gare à la répression, le monde entier a les yeux rivés sur toi (Mohammed VI) ». Cerné, le souverain a fait publier un communiqué royal dans lequel il indique qu’il est « responsable » en tant que souverain mais pas « coupable ». Cette rétractation a toutefois permis aux autorités espagnoles de rattraper Daniel Galvan Viña et de le placer en détention provisoire en attendant de savoir si la justice espagnole le renverra ou non purger la fin de sa peine au Maroc. Le Roi affirme ne pas avoir été au courant de cette libération. Les Marocains peinent à croire en cette version, surtout après la visite quelques jours auparavant de son homologue espagnol Juan Carlos.

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Le PJD est également sous les feux de la rampe. Ils sont d’ailleurs les principaux perdants dans cette affaire car le Roi leur a soustrait le tapis sous les pieds. Depuis le début du scandale, leur communication consiste à dire « nous n’avons rien à voir avec tout cela ». D’un point de vue politique, c’est vrai car il s’agit d’une affaire royale. Mais d’un point de vue institutionnel, c’est faux car l’administration qui a instruit le dossier dépend du Premier ministre ! Le ministère de l’Intérieur était censé superviser le dossier des graciés.

Ainsi, le Roi tente d’avoir le « beau rôle » de celui à qui on a menti et qui réagit fermement pour préserver les droits des citoyens contre une administration indigente. « Un classique de la monarchie marocaine », argumentent certains médias. Il a diligenté une enquête pour déterminer les causes de cette fuite et a annoncé le limogeage prochain d’un haut responsable. Mais le mal est fait et les Marocains le lui font comprendre. Ils réclament des excuses qui ne viennent toujours pas. Sauf qu’au Maroc, un Roi, même s’il a tort, ne s’excuse pas. Mohammed VI bravera-t-il la règle ou suivra-t-il les traces de son prédécesseur ? La rue, elle, est en tout cas déterminée pour que ce pas soit franchi et qu’une réforme judiciaire soit mise en place. Elle a donné une nouvelle fois rendez-vous à son Roi : ce mercredi soir, à 22 heures, à Rabat.