Dakhla : entre mer et désert, des concerts de haute facture

La quatrième édition du festival Mer et désert s’est achevée aux premières heures du matin, lundi dernier à Dakhla, péninsule de l’extrême sud du Maroc. Quinze musiciens et groupes ont tenu la ville en haleine pendant les trois jours du festival. La Mauritanienne Malouma, le Marocain Abdelhadi Belkhayat, le groupe mozambicain Positivo et le Sénégalais Youssou N’Dour notamment, ont rehaussé par leur prestation, l’éclat du festival.

La place Hassan II, en plein centre de Dakhla vibre au son du reggae, alors que la nuit avance, ce dimanche 28 février. C’est le dernier jour du festival Mer et désert, et comme si elle répondait à l’appel à la prière, c’est presque toute la ville qui s’est amassée là, autour du podium géant, dressé devant l’hôtel Regency, centre de presse, et lieu de résidence des artistes.

Combien sont-ils, les spectateurs de ce soir ? 40 000 ? 50 000 ou plus sur les quelques 100 000 habitants de la ville? Il est en tout cas difficile de traverser cette marée humaine retenue par un important cordon sécuritaire, pour se placer au devant la scène, et voir les artistes en live. Plusieurs centaines de personnes doivent ainsi se contenter de la rétroprojection du spectacle, sur des écrans géants, fixés de part et d’autre du podium. Aux premiers rangs, une foule de femmes sagement emmitouflées dans leur robe traditionnelle. Derrière et sur les côtés, les hommes et les jeunes.

Youssou N’Dour enflamme le public

Sur le podium, vêtu d’une chemise africaine sombre et entouré des membres de son groupe, le Super Etoile de Dakar, Youssou N’Dour ne cache pas son bonheur. C’est ici, en plein désert du Sahara, à près de 2000 km de Rabah la capitale marocaine, deux fois plus loin des salles occidentales où il a ses habitudes, que l’artiste sénégalais a décidé de démarrer la promotion de son nouvel album, Kingston-Dakar, à dominante reggae. «Ce sera un challenge pour moi », confiait-il plus tôt dans la journée lorsqu’il rencontrait la presse à quelques encablures de là, en bordure de mer. Il n’était pas sûr de convaincre un public aux oreilles gagnées par les douceurs des musiques orientales, que l’on avait vu la veille en parfaite communion avec Abdelhadi Belkhayat, monument nationale de la musique marocaine.

Pari risqué, pari gagné. Youssou N’Dour tient le gouvernail de l’immense navire humain qui l’entoure. Ses musiciens font le reste. La puissance des percussions, les pas endiablés de son danseur vedette occupé dans ses œuvres à défier la pesanteur, entraine le public dans une sorte de transe collective.

Youssou N’Dour aime divertir, mais il veut aussi conscientiser. L’artiste engagé revisite son répertoire. Il parle d’amour et de paix. Un discours, qui dans cette région en proie à un conflit larvé, ne tombe pas dans les oreilles de sourds. Il parle du sida, du péril des voyages sur des embarcations de fortune. Il chante en français, il chante en anglais, il chante en wolof. On crie lorsqu’il le demande, on bat des mains sur sa commande. Lorsque vient pour lui le moment de remercier et de quitter la scène, le public qui, il y a seulement deux heures, ne le connaissait pas, en redemande encore.

Abdelhadi Belkhayat et Maalouma au sommet de leur art

Comme Youssou N’Dour, les autres artistes invités au festival Mer et désert de cette année ont assuré. Samedi soir, on avait ainsi vu Abdelhadi Belkhayat à qui le festival rendait hommage ému jusqu’aux larmes, au moment de rendre le micro. Il venait de vivre un moment d’intense communion avec son public. Vendredi soir, la diva mauritanienne Maalouma Ben El Middah avait pareillement tenu le haut du pavé. Drapée dans une longue melhfa verte aux tons pastel, la joueuse de Kora à la voix gracieuse, chaude et langoureuse avait interprété la plupart de ses tubes à succès dont «habibi Habeytou», Sayed Lgabla», «Nour», «Lamra» ou encore «Casablanca » au grand bonheur du public qui répétait en chœur.

Que ce soit Positivo, groupe d’Afro-beat venu du Mozambique, la troupe marocaine «Oudadan Oudadan» qui a enflammé le public avec plusieurs chansons en berbère, la chanteuse locale Zghilina (style Hassani), Saida Charaf, le groupe espagnol Ojos de Brujo, ou encore la marocaine Fatima Zahra Laaroussi reconnue pour son engagement en faveur des enfants, tous les autres chanteurs auront chacun apporté leur touche spéciale, pour rehausser les couleurs du festival.

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