Dakhla, « aventure marocaine » : la pub de Ryanair jugée trompeuse en Irlande


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L’instance irlandaise d’autorégulation publicitaire estime que Ryanair induit ses clients en erreur en présentant Dakhla comme une destination marocaine. Saisie par une eurodéputée Sinn Féin, l’instance considère, dans un avis encore provisoire, que la ville ne fait “pas partie du Maroc”.

On ne peut vendre des vacances à Dakhla comme une « aventure marocaine » car la ville est au Sahara occidental. Pour l’Advertising Standards Authority (ASA) irlandaise, la réponse est claire. Dans une décision préliminaire datée du 12 octobre et révélée par The Irish Times, l’organisme estime que les publicités de Ryanair sont susceptibles de tromper les consommateurs, au motif que Dakhla ne fait « pas partie du Maroc ».

La compagnie irlandaise avait envoyé en mars plusieurs messages promotionnels vantant l’océan, le désert et le surf à Dakhla. Les voyageurs étaient notamment invités à découvrir de près la « culture marocaine » de la ville. Un autre courriel, envoyé en août, affichait un logo « Maroc » dans un coin du visuel consacré à la destination.

La plainte a été déposée par Lynn Boylan, eurodéputée irlandaise du Sinn Féin, qui juge la publicité trompeuse et offensante. Elle reproche à Ryanair de présenter comme acquise une souveraineté qui n’est pas reconnue par les Nations unies.

Ryanair invoque une simple promotion touristique

Ryanair affirme n’avoir voulu exprimer aucune position politique. Son objectif aurait seulement été de présenter une destination desservie par ses avions. L’argument bute sur la nature du territoire : à Dakhla, accoler le nom du Maroc à une offre de voyage revient déjà à trancher une question que l’ONU tient pour ouverte. On peut imaginer que Ryanair, qui vient de dépasser Royal Air Maroc sur le nombre de passagers internationaux transportés au Maroc, veut faire du zéle pour consolider sa position dans le Royaume

Les services de l’ASA recommandent donc que la plainte soit retenue et que la publicité ne puisse plus être diffusée sous sa forme actuelle. Cette conclusion doit cependant encore être validée par le comité indépendant de l’organisme.

L’intervention de l’organisme irlandais porte uniquement sur la loyauté des informations fournies aux consommateurs. Mais elle introduit dans la communication commerciale une distinction déjà présente en droit international:, à savoir que le Sahara occidental reste un territoire non autonome séparé du Maroc. Pour une compagnie établie en Irlande, et donc soumise au droit de l’Union européenne, il ne s’agit pas d’une opinion politique car depuis 2016, la Cour de justice de l’UE juge que le Sahara occidental dispose d’un statut séparé et distinct de celui du Maroc.

Après Airbnb, la bataille des cartes numériques

L’affaire rappelle le précédent Airbnb. À l’été 2025, la plateforme avait cessé de présenter Laâyoune, Dakhla et Boujdour comme des villes marocaines, quelques semaines après un courrier que lui avait adressé Western Sahara Resource Watch le 13 juin. Cette modification avait ensuite soulevé la question des taxes touristiques collectées sur les locations situées dans le territoire et a priori reversées aux autorités marocaines. Afrik.com avait analysé les implications financières et juridiques de ce dossier.

Les deux affaires déplacent la querelle diplomatique vers des interfaces consultées chaque jour par des millions de voyageurs. Une plateforme qui affiche « Dakhla, Maroc » dans son moteur de recherche présente la revendication marocaine comme un fait géographique, sans que l’utilisateur y prête attention.

En janvier 2025, la Commission européenne avait confirmé que l’accord aérien conclu entre l’Union européenne et le Maroc ne s’appliquait pas aux liaisons avec le Sahara occidental, conformément à un arrêt de la Cour de justice de l’UE de 2018. Les vols européens vers Dakhla continuent néanmoins de se développer, notamment depuis l’Espagne et la France.

Un revers symbolique, mais encore limité

Pour le Front Polisario et ses soutiens, l’avis irlandais constitue un résultat symbolique appréciable. Il contredit la normalisation commerciale de la présence marocaine et confirme que les entreprises européennes ne peuvent pas traiter Dakhla comme une ville marocaine.

Sa portée reste toutefois limitée. Financée par le secteur publicitaire lui-même, l’ASA ne dispose guère que de la publication de ses décisions pour les faire respecter, et Ryanair reste seule maîtresse de ses courriels et de son site. Reste à savoir si d’autres instances publicitaires, en Europe, seront saisies de réclamations comparables.

À deux semaines de l’expiration du mandat de la MINURSO, fixée au 31 octobre, ce dossier rappelle l’écart persistant entre les avancées diplomatiques du Maroc et le statut international du territoire. La résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée en octobre 2025, a fait du plan d’autonomie marocain la base des négociations. Mais, comme Afrik.com l’expliquait récemment dans son analyse des discussions à l’ONU, aucune décision internationale n’a consacré la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental et ne peut le faire sans l’accord des Sahraouis.

Zainab Musa
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Zainab Musa est une journaliste collaborant avec afrik.com, spécialisée dans l'actualité politique, économique et sociale du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest. À travers ses enquêtes approfondies et ses analyses percutantes, elle met en lumière des sujets sensibles tels que la corruption, les tensions géopolitiques, les enjeux environnementaux et les défis de la transition énergétique. Ses articles traitent également des évolutions sociétales et culturelles, notamment à travers des reportages sur les figures influentes du Maroc et de l’Algérie. Son approche rigoureuse et son regard critique font d’elle une voix incontournable du journalisme africain francophone.
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