Dadis Camara au Burkina Faso : surprise, inquiétudes et interrogations

Le capitaine Moussa Dadis Camara, hospitalisé à Rabat depuis la tentative d’assassinat dont il avait fait l’objet le 3 décembre, est arrivé mardi soir à Ouagadougou, où il « poursuivra sa convalescence », selon les autorités burkinabè. Une arrivée inattendue qui suscite des inquiétudes, notamment chez l’opposition guinéenne qui doit désigner un Premier ministre de transition en vue d’organiser des élections générales. Le président intérimaire, le général Sékouba Konaté, devrait rencontrer le chef de la junte mercredi à Ouagadougou.

Le capitaine Moussa Dadis Camara réapparaît. Hospitalisé à Rabat depuis la tentative d’assassinat dont il avait fait l’objet le 3 décembre 2009, le président du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD, junte) est arrivé mardi soir à Ouagadougou, où il « poursuivra sa convalescence », selon le ministère burkinabè des Affaires étrangères. Arrivé à 22h25 (locale et TU) à l’aéroport militaire de la capitale burkinabè à bord d’un petit avion marocain, le capitaine Camara a été accueilli par le ministre des Affaires étrangères et des proches du président burkinabè. Le chef de la junte, vêtu d’un blouson et portant des lunettes, est descendu de l’avion soutenu par deux personnes qui l’aidaient à marcher, avant de pénétrer dans le salon d’honneur, selon plusieurs témoins. Une source proche de la présidence burkinabè a indiqué qu’il était « lucide » et capable de « parler». Selon Radio France International, Dadis Camara a même eu une « discussion chaude » avec les Marocains qui l’accompagnaient à sa sortie du salon d’honneur. Le chef de la junte guinéenne était visiblement « surpris » de se retrouver à Ouagadougou, et demandait à partir sur-le-champ à Conakry où il croyait se rendre. Il s’est laissé finalement convaincre quelques minutes plus tard par ses hôtes burkinabè, indique RFI, et embarque à bord d’un 4X4 qui l’a emmené au quartier Ouaga 2000 où il est hébergé dans une villa.

Des rumeurs avaient couru fin décembre sur le transfert du chef de la junte du Maroc vers un autre pays. Il semble que Rabat ait finalement réussi à se débarrasser de son encombrant invité , en passant la patate chaude à Ouagadougou. L’arrivée surprise -et semble-t-il organisée à la dernière minute- de Dadis Camara au Burkina Faso suscite inquiétudes et interrogations. Va-t-il resté exilé chez le président burkinabè Blaise Compaoré, le médiateur de la crise guinéenne ? Va-t-il retourner à Conakry ? « On ne sait pas encore, c’est lui qui va nous dire. Pour l’instant, il ne nous a rien dit », a répondu une source à la présidence burkinabè, citée par le monde.fr.

Paris et Washington s’inquiètent

Paris et Washington avaient récemment multiplié les pressions pour éviter un retour du chef de la junte à Conakry, dont la responsabilité a été évoquée par la commission d’enquête internationale sur le massacre du 28 septembre dernier. Les Etats-Unis, qui réclament depuis des mois son départ et l’organisation d’un gouvernement de transition (en vue de préparer des élections démocratiques) ont réagi dès l’annonce du départ du chef de la junte du Maroc. « Tout effort de la part de Dadis de retourner en Guinée nous préoccuperait », a indiqué mardi soir un responsable du département d’Etat américain.

Le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner avait souhaité, devant l’Assemblée nationale, le 22 décembre 2009, « que M. Dadis Camara reste dans son lit au Maroc et non qu’il revienne » en Guinée « car il serait capable – rien que son retour – de déclencher une guerre civile et on n’en a pas besoin.»

A Conakry, l’éventualité d’un retour du capitaine Dadis Camara ne fait pas plaisir à tout le monde. A commencer par l’opposition qui nourrit de grands espoirs de sortie de crise depuis le discours du 9 janvier du président intérimaire, le général Sékouba Konaté, qui avait annoncé que le Premier ministre de la transition serait « issu de l’opposition » et « désigné par elle-même ».

Les opposants, à ce jour ne sont pas arrivés à choisir une personne pour occuper ce poste avant l’organisation d’élections générales. S’ils veulent éviter qu’un retour du chef de la junte ne perturbe le processus de démocratisation, les opposants devront parvenir rapidement à un accord.

Sékouba Konaté devrait se rendre à Ouagadougou pour discuter avec le président Compaoré et rencontrer le chef de la junte. Une rencontre qui permettra de lever le voile sur les intentions du capitaine Dadis Camara.