Crise diplomatique entre l’Algérie et le Mali

Le Français Pierre Camatte, enlevé en novembre au Mali, a été relaxé mardi. Mais à quel prix ? L’Algérie digère mal la volte-face de Bamako qui, finalement, a relâché les terroristes réclamés par Al-Qaïda en échange de la libération d’otages occidentaux. Alger, qui considère la décision des autorités maliennes comme une marque de faiblesse dans la lutte contre le terrorisme, a rappelé mardi son ambassadeur à Bamako pour consultation.

Notre correspondant en Algérie

L’Algérie, qui maintient son engagement dans la lutte contre le terrorisme, condamne avec fermeté la décision des autorités maliennes de se plier à ce qu’elle considère comme un « chantage » d’Al-Qaïda au Maghreb (AQMI). Bamako a, en effet, procédé, la semaine dernière, à la libération de quatre terroristes (deux Algériens, un Burkinabé et un Mauritanien) en échange de la relaxe de six otages européens détenus dans le nord du Mali. Parmi eux, le Français Pierre Camatte, 61 ans, qui a été libéré hier. Il avait été kidnappé le 26 novembre dernier dans un hôtel de Ménaka, au nord-est du Mali.

Le choix de Bamako est loin d’être du goût d’Alger qui manifeste ouvertement son mécontentement. « Suite à la décision du gouvernement malien de procéder à la libération de quatre terroristes qu’il détenait sous le prétexte fallacieux qu’ils ont été jugés et ont purgé leur peine, le gouvernement algérien a décidé de rappeler, pour consultation, son ambassadeur à Bamako », a annoncé mardi le porte-parole du ministère algérien des Affaires étrangères.

L’Algérie et la Mauritanie indignés

Ce précédent grave, générateur d’un incident diplomatique entre les deux pays, risque de compromettre sérieusement les engagements qui lient les deux Etats en matière de lutte contre le terrorisme. Le Mali, dont la partie nord est une base arrière pour les activistes d’Al-Qaida au pays du Maghreb islamique depuis des années, est aussi officiellement investie dans la mission qui consiste à déloger les terroristes de son territoire. Mais cette fois, Bamako a manifestement cherché à plaire aux Occidentaux (et à la France en particulier), dont les pressions étaient, il est vrai, de plus en plus fortes ces dernières semaines.

Le gouvernement algérien, qui « condamne et dénonce avec force cette attitude inamicale du gouvernement malien qui a fait fi de la Convention bilatérale de coopération judiciaire… », reste toujours sans réponse quant à la décision de Bamako. La Mauritanie a également fait entendre, lundi, son « indignation » et rappelé ses ambassadeurs au Mali pour « consultations ». La libération des quatre salafistes remet aussi en cause le principe qui engage les Etats à combattre le terrorisme, comme le stipule la charte du Conseil de sécurité des Nations.

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