Al-Qaïda et le « business » des otages occidentaux au Sahel

Pour Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), toujours menaçante mais en difficulté financière, les enlèvements d’Occidentaux dans les pays du Sahel constituent de plus en plus un « business » pour renflouer les caisses.

Ces derniers jours, un Français a été enlevé dans le nord-est du Mali et trois Espagnols capturés dans le nord de la Mauritanie. Ces actions ont été attribuées à la mouvance jihadiste, même si elles n’ont pas encore été revendiquées. Les enlèvements se sont « multipliés ces derniers mois, la dégradation est continuelle depuis plus de cinq ans », souligne Alain Antil, chercheur à l’Institut français des relations internationales (Ifri) de Paris.

Selon lui, « Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a besoin d’argent, les otages peuvent devenir un business. D’autres groupes peuvent enlever les Occidentaux pour eux et leur emmener. On a l’impression que cela devient un business dans la zone ».

Remédier à un grave problème de financement

La branche maghrébine d’Al-Qaïda a de « graves problèmes financiers. Et avec ces enlèvements, il y a une volonté de résoudre ces problèmes », confirme le professeur à l’Institut d’études politiques de Paris et spécialiste d’Al-Qaïda Jean-Pierre Filiu. Et « c’est justement quand elle connaît des difficultés qu’elle devient dangereuse », souligne l’auteur des « Neuf vies d’Al-Qaïda ».

Par le passé, les otages occidentaux ont généralement été libérés après versements de rançons, même si les gouvernements concernés ne faisaient jamais état de transactions financière, et parfois, peut-être, en échange de combattants islamistes détenus.

En juin, Aqmi a toutefois annoncé, pour la première fois, avoir assassiné un otage britannique à la suite du refus de Londres de céder au chantage des islamistes.

Les terroristes sont étranglés financièrement en Algérie

L’organisation est « étranglée financièrement, en particulier en Algérie, et est incapable d’atteindre ses objectifs en matière de recrutement », avait affirmé à la mi-novembre devant le Congrès américain, le coordinateur pour l’antiterrorisme au département d’Etat, Daniel Benjamin.

De son côté, le président algérien Abelaziz Bouteflika a plaidé en septembre devant l’Assemblée générale de l’ONU pour « l’interdiction absolue du paiement de rançon aux preneurs d’otages qui a atteint, au cours des dernières années, des proportions inquiétantes ». Selon lui, « le produit de ces rançons s’est révélé être, désormais, la principale source de financement du terrorisme ».

De plus, les difficultés financières d’Aqmi interviennent au moment où le trafic de la cocaïne sud-américaine s’intensifie, comme l’atteste l’affaire du « Boeing chargé de cocaïne et d’autres produits illicites », selon l’ONU, qui a atterri début novembre sur une piste artisanale du nord du Mali, en provenance du Venezuela.

Les spécialistes de la lutte anti-drogue craignent une collusion entre les divers trafics transitant par le Sahel et les réseaux islamistes, qui pourraient avoir des intermédiaires communs.

La France de plus en plus visée

Autre constatation, la France, dont quatre ressortissants avaient été tués fin 2007 en Mauritanie, est de plus en plus visée.

« La pression est beaucoup plus forte depuis l’été dernier », quand le numéro deux d’Al-Qaïda Ayman al-Zawahiri s’en est pris le 4 août à la France pour son hostilité au voile islamique, assure le professeur Filiu.

« Il accusait alors la France d’être l’ennemi éternel de l’islam, précise-t-il, et quelques jours plus tard il y a eu l’acte terroriste (d’un jeune kamikaze mauritanien qui s’est fait exploser, ndlr) près de l’ambassade de France à Nouakchott ».