Crise alimentaire : le Niger au bord du gouffre

Six mois après l’appel à l’aide internationale, les financements censés répondre à la crise alimentaire dans la zone du Sahel se révèlent insuffisants. Près de 47% de la population au Niger, pays le plus touché, est aujourd’hui en situation d’insécurité alimentaire. Plusieurs Ong ont appelé ces derniers jours la communauté internationale à redoubler d’efforts. Pour le FIDA, il faut non seulement répondre à l’urgence de la crise mais travailler à restructurer l’agriculture dans la région.

« Il ne faut plus accepter la récurrence cyclique de la crise alimentaire au Niger », a déclaré, lors d’une conférence de presse organisée par l’APO vendredi, Mohamed Béavogui, Directeur de la Division de l’Afrique de l’Ouest et Centrale du Fonds international de développement agricole (FIDA). Les derniers chiffres parvenu à l’organisation sont alarmants : près 47% de la population au Niger est aujourd’hui en situation d’insécurité alimentaire. « Ce sont ceux qui sont supposés produire la nourriture qui souffrent le plus » de la crise, indique Mohamed Béavogui, relevant que près de 86% des gens touchés par la crise vivent en milieu rural. Les enfants sont les plus durement touchés : « quatre enfants meurent chaque jour sur une population de 10 000 personnes. » Face à la persistance la crise, la FIDA entend construire un pont entre l’urgence et le long terme. « Nous avons commencé par remplir les greniers des villages, mettre des semences et des outils agricoles à disposition des paysans, afin d’accélérer la production agricole », ajoute Mohamed Béavogui. Selon lui, l’argent ne suffit pas à endiguer le problème, il faut apporter des réponses structurelles. A ce propos, la FIDA a notamment lancé un programme d’investissement en partenariat avec la Banque Mondiale comprenant le pompage de l’eau et la micro-irrigation. « Trente millions de dollars ont déjà été mis à disposition pour la restructuration agricole », souligne-t-il. L’organisation s’attelle également à sensibiliser les gouvernements afin qu’ils consacrent un minimum de 10% du budget national à l’agriculture. Mais dans l’immédiat, il faudrait 400 Mille tonnes de céréales et 20 000 tonnes de fourrage pour espérer venir à bout de la crise. Des besoins auxquels la communauté internationale doit trouver rapidement une réponse.

Appels à la vigilance

Si le cœur de la crise se trouve au Niger, où 7 millions de personnes sont touchées, les pays voisins, le Tchad, le nord du Mali et le nord du Nigeria, ne sont pas non plus épargnés. Plusieurs organisations humanitaires (parmi lesquelles Oxfam France, Acted, Care France, Secours catholique, Secours islamique France, ACF France, Service d’entraide et de liaison) ont appelé vendredi 9 juillet à redoubler d’efforts pour venir en aide à dix millions de personnes menacées dans la zone sahélienne. «D’ici quatre mois, s’il n’y a pas d’intervention, la situation sera catastrophique. Les signes annonciateurs sont là depuis mars, mais les acteurs n’ont pas reconnu la crise», s’alarme Gilles Marion, directeur d’Oxfam Grande Bretagne au Mali, dans les colonnes du quotidien sénégalais lequotidien.

Après le Niger, c’est au Tchad que la situation alimentaire est la plus préoccupante. Selon Nanthilde Kamara, conseillère en sécurité alimentaire, plus de 2 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire et près 100 000 enfants sont menacés de malnutrition aiguë sévère. Dans les 6 régions ouest du Tchad, 42,3% de la population est en insécurité alimentaire sévère et 18,5% en insécurité alimentaire modérée. En tout, 6 ménages sur 10 sont dans une situation alimentaire difficile.

Six mois après le lancement de l’appel à l’aide internationale, les financements dégagés pour répondre à la crise se sont révélés insuffisants. Pour le Niger, il manque encore 107 millions de dollars pour atteindre le montant de l’appel lancé par les Nations Unies. On rapporte que dans certaines régions, les femmes pour récupérer les graines dans les fourmilières pour se nourrir.

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