Crise alimentaire: encore des promesses, toujours des promesses…

« La sécurité alimentaire pour tous », tel est le thème de la conférence des Nations unies qui a réuni, lundi et mardi, à Madrid, les représentants de 95 pays. Cette rencontre, dont l’objectif était de faire le point sur les engagements pris lors du dernier sommet sur la crise alimentaire à Rome en juin 2008, s’est achevée, encore une fois, sur des promesses. Pour les Ong, il s’agit d’un nouvel échec.

Les baisses des prix des produits agricoles observées ces derniers mois peuvent être trompeuses. La menace de la crise alimentaire mondiale « reste d’actualité », a prévenu, ce lundi, Jacques Diouf, le directeur général du Fonds des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Il s’adressait aux représentants de 95 pays présents à la conférence de l’Onu sur la sécurité alimentaire dans le monde ces lundi et mardi, à Madrid, en Espagne. La crise alimentaire pourrait même « s’aggraver », a-t-il indiqué. D’après M. Diouf, « la contraction des prix agricoles et l’incertitude financière risquent de ralentir les investissements des agriculteurs et d’impliquer une importante réduction de la production en 2009 et 2010 ».

Même si les récoltes ont été bonnes en 2008, la faim progresse dans le monde. Selon les chiffres publiés en décembre dernier par la FAO, le nombre de personnes souffrant de faim a progressé de 40 millions l’année dernière pour atteindre 973 millions. Sept pays rassemblent [[Inde, Chine, République démocratique du Congo, Bangladesh, Indonésie, Pakistan et Ethiopie]], à eux seuls, 65% de ces personnes. Parmi eux, la République démocratique du Congo (RDC) et l’Ethiopie. Ces récents chiffres de la Fao ont également révélé qu’en Afrique subsaharienne, une personne sur trois souffre de faim chronique. Plusieurs pays de cette région ont été en proie à de violentes émeutes de la faim. Un sommet sur la crise alimentaire avait été organisé à Rome en juin 2008, et des promesses financières faites pour endiguer le problème de la faim.

Résultat «assez désolant»

Aussi, à l’occasion de cette conférence de Madrid qui était l’occasion de faire le point sur ces promesses, Jacques Diouf a-t-il demandé aux participants de faire des propositions « concrètes ». Mais la « centaine de pays réunis sous l’égide de l’ONU ont peiné à élaborer une « feuille de route » pour réduire la faim dans le monde », écrit ce mardi soir l’AFP après la clôture de la rencontre. De nouveaux engagements ont été pris. Le chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero a annoncé que son pays s’engageait à verser un milliard d’euros sur cinq ans pour aider « les pays les plus vulnérables ». Une quinzaine d’autre pays, se sont dits, selon M. Zapatero, prêts à verser un total de 5,5 milliards de dollars et l’Union européenne compte mobiliser 1,3 milliards de dollars pour combattre la faim et développer l’agriculture et la sécurité alimentaire mondiale.

Encore des promesses et pas d’annonces concrètes. Seule avancée de cette réunion, les pays présents ont signé la « déclaration de Madrid ». Dans cette dernière, ils approuvent le lancement des consultations pour établir, d’après une idée française, une Alliance globale pour l’agriculture, la sécurité alimentaire et la nutrition. Cette Alliance pourrait être lancée lors du prochain sommet de la FAO qui pourrait se tenir en novembre, selon le ministre français de l’Agriculture Michel Barnier.

Au total, le résultat de la conférence de Madrid est « assez désolant», indique Ambroise Mazal, représentant des ONG françaises et du Comité catholique contre la faim et le développement (CCFD). Ainsi, alors que les pays riches débloquent des milliards d’euros pour sauver leurs systèmes financiers, ils sont incapables de réunir entre 25 et 40 milliards de dollars, une somme qui selon les estimations des experts, permettrait annuellement d’assurer la sécurité alimentaire et d’éradiquer la faim dans le monde.

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