
Une partie des aménagements de la promenade lagunaire du Plateau a été démolie dans la nuit du 11 au 12 septembre par les services du District autonome d’Abidjan. Depuis, la mairie réclame des explications et dénonce une intervention sans concertation. Dans ce différend, c’est surtout la question du partage des compétences entre les deux collectivités qui ressurgit.
Le décor des berges du Plateau est devenu celui d’un bras de fer administratif. Une partie d’Oxy Park II, l’un des équipements de la promenade lagunaire aménagée par la commune, a été détruite au cours d’une opération menée par le District autonome d’Abidjan.
Selon la mairie, le préjudice est important. Elle affirme avoir engagé plusieurs centaines de millions de francs CFA dans ces aménagements, destinés notamment aux espaces verts, aux loisirs et à la restauration. Le site Oxy Park II devait notamment accueillir un food court de douze box. Le coût de cet équipement est évalué par la municipalité à environ 359,5 millions de francs CFA.
Deux projets sur un même espace
Le District ne présente pas son intervention comme une attaque contre la mairie. Il affirme vouloir remettre de l’ordre sur la berge, débarrasser le secteur des installations et encombrants jugés irréguliers et préparer son propre projet d’aménagement. Mais qui peut décider de ce qui doit être construit ou détruit sur cette partie du front lagunaire ?
La législation ivoirienne donne au District autonome d’Abidjan des compétences en matière d’aménagement du territoire, de protection de l’environnement et de lutte contre les effets de l’urbanisation. Mais elle précise aussi que ces compétences doivent respecter les attributions des autres collectivités territoriales.
Surtout, le domaine public fluvio-lagunaire obéit à un régime particulier. Le décret de 2019 prévoit que sa délimitation relève des services compétents de l’État et que l’occupation et l’exploitation de ces espaces nécessitent une autorisation préalable de l’administration chargée des Affaires maritimes et portuaires. C’est précisément ce chevauchement des responsabilités qui nourrit aujourd’hui la dispute.
La mairie conteste la manière d’agir
Le conseil municipal du Plateau soutient que le District ne dispose pas d’un pouvoir de tutelle sur la commune. Il reproche surtout aux services du District d’avoir agi sans concertation et rappelle que la municipalité avait déjà engagé son programme de valorisation de la promenade lagunaire.
Le 23 septembre, le conseil municipal a officiellement protesté contre la destruction d’Oxy Park II et d’une partie de la promenade. La commune demande l’arrêt des démolitions et entend obtenir réparation du préjudice subi. Le maire, Jacques Gabriel Ehouo, a également appelé au dialogue, tout en annonçant des démarches auprès des autorités compétentes. Lors d’un point de presse le 24 septembre, il a défendu les investissements réalisés par la commune et demandé que les différends entre collectivités soient réglés dans un cadre institutionnel.
Une querelle administrative sur fond politique
L’affaire prend une dimension supplémentaire parce que les deux institutions sont dirigées par des responsables appartenant à des formations politiques différentes. Ibrahim Cissé Bacongo, ministre-gouverneur du District autonome d’Abidjan, est une figure du RHDP. Jacques Gabriel Ehouo, député-maire du Plateau, appartient au PDCI.
Cela ne suffit pas à établir que la démolition relève d’un affrontement politique. Mais cette proximité entre enjeux institutionnels et rapports de force partisans donne forcément une résonance particulière au dossier. Pour l’instant, deux volontés d’aménagement se retrouvent face à face sur quelques milliers de mètres carrés de berge.





