
En Côte d’Ivoire, Octobre rose 2026 mobilise associations et autorités sanitaires autour du dépistage du cancer du sein. Selon les estimations GLOBOCAN 2024, la maladie a représenté 4 845 nouveaux cas et 2 284 décès en 2024, ce qui en fait le premier cancer chez les femmes ivoiriennes. Cette année, les campagnes s’étendent aux villes de l’intérieur, et un premier camion public de mammographie doit faciliter l’accès aux examens. Au-delà de la sensibilisation, deux difficultés persistent avec un diagnostic tardif et le coût des traitements pour des patientes souvent dépourvues d’assurance maladie.
Depuis le 1er octobre, les initiatives se multiplient à Abidjan et dans plusieurs localités de l’intérieur du pays. La Coalition des organisations de lutte contre le cancer en Côte d’Ivoire (COLCC) a lancé sa campagne lors d’une conférence de presse organisée au Plateau, en présence du Programme national de lutte contre le cancer (PNLCa) et du laboratoire Roche.
Sa présidente, Fatou Fadika Coulibaly, a rappelé que la prévention ne devait pas se limiter au mois d’octobre : « Mesdames, vos seins n’attendent pas octobre ».
Le 2 octobre, trois clubs Rotary ont à leur tour lancé une opération de sensibilisation et de dépistage gratuit des cancers du sein et du col de l’utérus. Leur objectif est d’examiner 6 000 femmes à Béoumi, Agnibilékrou et Agboville, respectivement les 10, 17 et 24 octobre. Les organisateurs prévoient aussi de sensibiliser 15 000 femmes dans ces trois localités.
Cancer du sein en Côte d’Ivoire : plus de 4 800 nouveaux cas estimés en 2024
Les données de référence proviennent de GLOBOCAN, la base mondiale du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence spécialisée de l’OMS, qui établit des estimations pays par pays à partir des registres disponibles et de modèles statistiques. Selon l’édition 2024, publiée en juillet 2026, la Côte d’Ivoire a compté 4 845 nouveaux cancers du sein et 2 284 décès liés à la maladie. Le cancer du sein représente 40,7 % des nouveaux cancers féminins, devant celui du col de l’utérus, estimé à 2 540 cas.
Tous cancers confondus, GLOBOCAN 2024 évalue à 20 402 le nombre de nouveaux cas et à 12 710 celui des décès en Côte d’Ivoire. Le PNLCa a repris ces chiffres en juillet, lors d’une rencontre des acteurs de la lutte contre le cancer organisée à Abidjan.
Ces estimations remplacent celles de l’édition 2022 (3 869 cas de cancer du sein), encore largement citées pendant cette campagne. Le CIRC révisant ses sources et ses méthodes d’une édition à l’autre, l’écart entre les deux chiffres ne peut pas être lu comme une progression de la maladie en deux ans.
Rapporté au nombre de nouveaux cas, celui des décès donne un ratio mortalité/incidence d’environ 47 %, comparable à celui de l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. Les épidémiologistes utilisent cet indicateur comme approximation de la survie. Dans la Région africaine, l’OMS attribue des taux de survie souvent inférieurs à 50 % principalement aux diagnostics tardifs et au manque d’infrastructures de soins.
Mammomobile et campagnes gratuites : rapprocher le dépistage des femmes
L’une des nouveautés de cette année est la mise en service d’un camion public de mammographie, remis le 18 mars 2026 à Treichville. Baptisé « mammomobile », ce véhicule acquis par le ministère de la Santé grâce à un financement du laboratoire Roche est équipé d’un mammographe et d’un échographe. Il doit permettre d’effectuer des examens au plus près des populations, notamment loin des centres spécialisés d’Abidjan.
Le dispositif répond à une difficulté très concrète car pour de nombreuses femmes, passer une mammographie suppose un déplacement coûteux, qui peut mobiliser une journée entière.
Les campagnes locales complètent cette stratégie. Le 3 octobre, l’ONG Cœur Glorieux a organisé une journée de dépistage gratuit à M’Brimbo, dans la commune de Tiassalé. Selon l’Agence ivoirienne de presse, 236 femmes ont été examinées. D’autres opérations ont été organisées à Sikensi et à Abobo, pendant que plusieurs administrations mettaient en place leurs propres séances de sensibilisation.
Le 7 octobre, la Coordination nationale des gares routières de Côte d’Ivoire, avec le Projet de mobilité urbaine d’Abidjan, a également organisé une opération destinée aux femmes du secteur des transports.
Ces campagnes permettent de toucher des femmes qui ne se rendent pas spontanément dans les structures de dépistage. Encore faut-il, lorsqu’une anomalie est repérée, que le diagnostic soit confirmé et que la patiente soit orientée rapidement vers un service capable de la prendre en charge. Les organisateurs du Rotary ont annoncé une prise en charge des cas détectés, sans en préciser publiquement les modalités.
Diagnostic tardif : le principal verrou
Le retard au diagnostic demeure l’un des problèmes les plus difficiles à résoudre. Une femme peut découvrir une masse ou une modification du sein, attendre avant de consulter, puis rencontrer d’autres délais avant d’obtenir une mammographie et une biopsie.
Le Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique insiste sur le rôle des soins de santé primaires : les centres de santé de premier niveau sont souvent le premier point de contact des femmes qui présentent des symptômes. Cette approche distingue le dépistage, qui s’adresse à des femmes sans symptômes, du diagnostic précoce, qui vise à identifier rapidement la maladie chez celles qui présentent déjà une anomalie. Là où la mammographie systématique à grande échelle reste difficile à organiser, le diagnostic précoce devient la priorité.
Intervenu lors du lancement de la campagne du Rotary, le professeur Innocent Adoubi, directeur coordonnateur du PNLCa, recommande aux femmes de consulter un médecin chaque année et de se faire dépister à partir de 25 ans. Il conseille l’autopalpation à partir de 30 ans et souligne l’importance de la mammographie à partir de 40 à 45 ans.
L’autopalpation peut attirer l’attention sur un changement sans remplacer l’examen médical ni l’imagerie. Toute boule ou anomalie persistante justifie une consultation, même si elle n’est pas nécessairement cancéreuse.
Le coût des soins reste un frein majeur
Une fois le diagnostic confirmé, la question financière peut devenir déterminante. Selon le professeur Adoubi, seules 20 % des femmes atteintes d’un cancer du sein sont assurées ; les 80 % restantes dépendent du soutien de leur famille, ce qui expose, selon lui, à des interruptions de traitement préjudiciables aux chances de guérison.
La prise en charge d’un cancer du sein peut associer chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie, hormonothérapie ou traitements ciblés. Aux frais médicaux s’ajoutent le transport et, souvent, une perte de revenus.
La Côte d’Ivoire dispose du Centre national d’oncologie médicale et de radiothérapie Alassane Ouattara (CNRAO), à Abidjan. En octobre 2025, le ministre de la Santé, Pierre N’Gou Dimba, avait réaffirmé la construction d’un deuxième centre national à Grand-Bassam et annoncé l’extension de l’offre de soins vers Bouaké et Korhogo. Fin juin 2026, le centre de Grand-Bassam était encore présenté comme à venir.
La couverture maladie universelle complète le dispositif ; pour les patientes atteintes de cancer, son effet dépend des actes réellement couverts et du reste à charge.
Roche, partenaire de plusieurs dispositifs
Le laboratoire Roche apparaît dans plusieurs programmes de lutte contre les cancers féminins en Côte d’Ivoire. En septembre 2023, l’OMS Afrique avait annoncé, avec son soutien, une initiative pilote associant la Côte d’Ivoire, le Kenya et le Zimbabwe pour améliorer la prise en charge des cancers du sein et du col de l’utérus. Elle prévoyait d’offrir des services de prévention intégrés à plus de 30 000 femmes sur trois ans.
Outre le financement de la mammomobile, le laboratoire participe à plusieurs opérations de sensibilisation. La présidente de la COLCC a également cité une étude réalisée avec Roche, selon laquelle 80 % des femmes dépistées l’auraient été à la suite d’une campagne de sensibilisation.
Reste qu’au-delà de son achat, un mammographe mobile exige un budget de fonctionnement, et sa pérennité dépendra de son intégration dans le système de santé public.
Afrique de l’Ouest : le même défi du diagnostic précoce
En Afrique de l’Ouest comme en Côte d’Ivoire, les retards de diagnostic et les difficultés d’accès aux soins spécialisés pèsent sur la prise en charge du cancer du sein. Selon GLOBOCAN 2024, la région a compté 74 734 nouveaux cas de cancer du sein et 35 924 décès. La maladie représente 41,3 % des nouveaux cancers chez les femmes.
Pour améliorer les résultats, l’Initiative mondiale contre le cancer du sein de l’OMS fixe trois repères : au moins 60 % des cancers diagnostiqués à un stade précoce (stade I ou II), une confirmation diagnostique dans les 60 jours suivant la première consultation et au moins 80 % des patientes allant au bout du traitement recommandé.
Octobre rose s’achèvera le 31 octobre. Au regard de ces repères, le bilan le plus utile ne sera disponible que plus tard : il portera sur la part des femmes présentant une anomalie qui auront obtenu un diagnostic dans les 60 jours, puis suivi leur traitement jusqu’au bout.






