Côte d’Ivoire : charniers rebelles

L’Onuci a annoncé lundi la découverte de trois charniers « de 99 personnes, au moins », dans la ville de Khorogo, en zone rebelle. Cette révélation ternit l’image des ex-rebelles, perçus depuis quelques mois comme les victimes du bras de fer qui les oppose au Président Gbagbo. Quelques jours après la signature d’Accra III, les belligérants ivoiriens sont mis devant leurs responsabilités.

Nul n’a les mains propres dans le conflit ivoirien. C’est ce que l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (Onuci) semble vouloir signifier aux Forces nouvelles, après l’annonce, lundi, soit deux jours après la signature des accords d’complot interne au mouvement qui visait sa direction. Un complot réglé sans effusion de sang, selon lui.

Charniers contre charniers

Le 26 février 2003, Amnesty International avait déjà dénoncé l’exécution par le Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI), du 6 au 9 octobre 2003, à Bouaké, d’une soixantaine de gendarmes et d’une trentaine de leurs enfants. Un massacre censé répondre à un autre, commis par les gendarmes ivoiriens, en 2000, à Yopougon (quartier populaire du nord-ouest d’Abidjan). Début février 2003, un rapport de l’Onu pointait du doigt les exactions commises par les troupes rebelles comme par des éléments proches des autorités ivoiriennes, désignés comme « escadrons de la mort ». Dans la course à la respectabilité, l’« Etat de Côte d’Ivoire » avait alors annoncé son intention de saisir la Cour pénale internationale (CPI) pour faire la lumière sur les crimes commis dans tout le pays depuis le début de la crise. Le MPCI déclarant qu’il ne souhaitait pas autre chose. Les résultats se font toujours attendre.

Les charniers découverts par l’Onuci, si l’information est confirmée, concerneraient des rebelles exécutés par d’autres rebelles. Mais cela ne change rien, assure Amnesty International. « Toute exécution-extra judiciaire de personnes dans l’impossibilité de se défendre est condamné par la Convention de Genève », explique un chercheur de l’ONG internationale. « Et à notre avis, ces exécutions sont toutes aussi condamnables que d’autres ».