Côte d’Ivoire : charniers rebelles


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Drapeau de la Côte d'Ivoire
Drapeau de la Côte d'Ivoire

L’Onuci a annoncé lundi la découverte de trois charniers « de 99 personnes, au moins », dans la ville de Khorogo, en zone rebelle. Cette révélation ternit l’image des ex-rebelles, perçus depuis quelques mois comme les victimes du bras de fer qui les oppose au Président Gbagbo. Quelques jours après la signature d’Accra III, les belligérants ivoiriens sont mis devant leurs responsabilités.

Nul n’a les mains propres dans le conflit ivoirien. C’est ce que l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (Onuci) semble vouloir signifier aux Forces nouvelles, après l’annonce, lundi, soit deux jours après la signature des accords d’Accra III, de la découverte de trois charniers « de 99 personnes au moins » dans la ville de Khorogo, en zone rebelle. Le rapport n’a toujours pas été rendu public. Mais selon l’ONG Amnesty International, qui réclame la publication immédiate du document, les personnes retrouvées dans les fosses communes seraient les victimes des affrontements des 20 et 21 juin derniers entre les rebelles pro-Soro et pro-IB (Ibrahim Coulibaly). Le chef de la rébellion avait alors pris prétexte d’une tentative d’assassinat contre sa personne pour lancer une offensive contre les partisans du lieutenant Coulibaly. L’homme se présente depuis la fin 2003 comme « le père de la révolte » (du 19 septembre 2002) et le « président des Forces nouvelles ».

Après son enquête sur la répression de la manifestation de l’opposition ivoirienne du 25 mars dernier, l’Onuci avait rendu un rapport accusateur contre les forces de sécurité ivoiriennes et leur chef, le Président Gbagbo. Cette répression, qui aurait, selon l’Onu, causé la mort de près de 120 personnes, bloque depuis des mois le processus de paix en Côte d’Ivoire. Par la force des choses, elle a fini par faire passer les Forces nouvelles comme les victimes d’un Président ivoirien réticent à appliquer les accords de paix de Marcoussis. Les révélations faites par l’Onu ternissent cette image et rétablissent l’équilibre entre les belligérants en les mettant devant leurs responsabilités, après la signature d’Accra III.

« Des personnes mortes par suffocation »

Les Forces nouvelles refusent pour l’instant de répondre à toute question concernant cette révélation. « Nous avons une idée sur la question, mais nous attendons la sortie officielle du rapport pour réagir », explique le lieutenant Antoine Beugré, porte-parole des FN. Pourtant, « pendant toute la durée de ses travaux, la mission d’enquête a tenu informées les Forces Nouvelles dans les branches civile et militaire, ainsi que les autorités religieuses et traditionnelles », indique le communiqué de l’Onuci. Précisant même que « la mission d’enquête (…) a constamment obtenu la collaboration des autorités des Forces Nouvelles ».

La presse ivoirienne avait rapporté le chiffre de 22 morts lors des affrontements des 20 et 21 juin derniers. Mais l’organisation des Nations unies évoque aujourd’hui une centaine de victimes. Et se déclare préoccupée par le sort des prisonniers encore entre les mains des partisans de Guillaume Soro. Selon Amnesty International, « certaines des victimes auraient été décapitées et des cadavres auraient été retrouvés avec les mains attachées derrière le dos ». De la même façon, « les personnes détenues par la faction proche de Guillaume Soro auraient été placées dans des conteneurs et des dizaines d’entre elles seraient mortes par suffocation », indique l’ONG, qui déclare avoir reçu ses informations de « sources crédibles ». Antoine Beugré avait déjà expliqué à Afrik que les FN avaient déjoué le 4 février dernier un complot interne au mouvement qui visait sa direction. Un complot réglé sans effusion de sang, selon lui.

Charniers contre charniers

Le 26 février 2003, Amnesty International avait déjà dénoncé l’exécution par le Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI), du 6 au 9 octobre 2003, à Bouaké, d’une soixantaine de gendarmes et d’une trentaine de leurs enfants. Un massacre censé répondre à un autre, commis par les gendarmes ivoiriens, en 2000, à Yopougon (quartier populaire du nord-ouest d’Abidjan). Début février 2003, un rapport de l’Onu pointait du doigt les exactions commises par les troupes rebelles comme par des éléments proches des autorités ivoiriennes, désignés comme « escadrons de la mort ». Dans la course à la respectabilité, l’« Etat de Côte d’Ivoire » avait alors annoncé son intention de saisir la Cour pénale internationale (CPI) pour faire la lumière sur les crimes commis dans tout le pays depuis le début de la crise. Le MPCI déclarant qu’il ne souhaitait pas autre chose. Les résultats se font toujours attendre.

Les charniers découverts par l’Onuci, si l’information est confirmée, concerneraient des rebelles exécutés par d’autres rebelles. Mais cela ne change rien, assure Amnesty International. « Toute exécution-extra judiciaire de personnes dans l’impossibilité de se défendre est condamné par la Convention de Genève », explique un chercheur de l’ONG internationale. « Et à notre avis, ces exécutions sont toutes aussi condamnables que d’autres ».

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