Accra III, le sommet de l’espoir

Les Accords d’Accra III, qui se sont terminés au Ghana vendredi, semblent avoir scellé de réelles avancées dans le processus de paix ivoirien. Des réformes sont notamment attendues en ce qui concerne l’éligibilité à la présidence et le désarmement des ex-rebelles et des milices.

Un pas vers la paix. La clôture du sommet d’Accra au Ghana (29 et 30 juillet) semble avoir permis aux principaux acteurs de la crise ivoirienne de reprendre le processus de paix. Selon les conclusions de la rencontre, des réformes devraient prochainement entrer en vigueur. Dont une concernant les règles d’éligibilité à la présidence et une autre le désarmement des ex-rebelles et des milices, prévu le 15 octobre prochain.

Les différentes parties ivoiriennes étaient entourées d’une dizaine de chefs d’Etat de l’Afrique de l’Ouest et par le Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (Onu), Kofi Annan. C’est la première fois qu’ils étaient si nombreux et que la pression était aussi forte. Et cela semble avoir porté ses fruits. Notamment en ce qui concerne les principaux obstacles au processus de paix. Ainsi, une révision de l’article 35 de la Constitution est à l’ordre du jour. Elle devrait être amendée de façon à ce que les candidats à la présidence ne soient plus obligés d’avoir deux parents ivoiriens, mais un seul ; ce qui permettrait notamment à l’opposant Alassane Ouattara de participer aux prochaines élections présidentielles de 2005.

Retour des ministres limogés, date du désarmement fixée

Le boycott des activités du gouvernement par les Forces Nouvelles (FN) et l’opposition, suite aux exactions commises lors et après une manifestation interdite en mars dernier, devrait cesser. En effet, les discussions prévoiraient le retour de trois ministres limogés le 19 mai dernier, dont le chef de file Guillaume Soro, leader des FN. Ils devraient donc être présents dès la semaine prochaine au Conseil des ministres. Le Président ivoirien Laurent Gbagbo a également consenti à déléguer plus de pouvoir à son Premier ministre Seydou Diarra. Selon l’accord, les deux hommes « se sont entendus sur un texte de décret de délégation de pouvoir et sur des mesures complémentaires adéquates », rapporte Fraternité Matin. Par ailleurs, « le Président de la République, le Premier ministre et les forces politiques ivoiriennes ont convenu de l’urgence de reprendre les activités du gouvernement de réconciliation nationale en vue de lui permettre de jouer son rôle vital pour un retour à un ordre normal dans le pays et d’assurer une mise en œuvre durable de l’accord de Linas-Marcoussis ».

Autre point de litige en passe d’être réglé : le désarmement. L’une des doléances des anciens rebelles des FN étaient qu’ils ne soient pas les seuls à rendre les armes. Les Accords d’Accra vont dans leur sens en précisant que « le processus de désarmement, démobilisation et réinsertion concernera tous les groupes paramilitaires et milices ». Contrairement à ceux de Linas-Marcoussis, signés en France en janvier 2003, où le désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) ne concernait, selon Le Front que les anciens dissidents et les Forces armées nationales de Côte d’Ivoire (Fanci). Si les réformes politiques décidées lors du sommet sont accomplies d’ici la fin du mois d’août, le désarmement débutera le 15 octobre prochain. Mais les FN ont fait savoir qu’elles souhaitaient, avant le commencement du désarmement, que « chaque citoyen ivoirien soit en possession de la carte d’identité ».

Condamnés à réussir

Ce sommet a, de l’avis de beaucoup, donné un bon coup de pouce au processus de paix. Les FN sont assez satisfaites et le chef de l’Etat ivoirien, qui a signé les accords, laisse bon espoir qu’il suivra les recommandations de Linas-Marcoussis. Car d’aucuns estiment que ce dernier prenait comme prétexte le fait qu’il ne les ait pas signé pour ne pas les appliquer. Ils considèrent donc que les concessions faites sont encourageantes pour la suite.

Pour veiller au grain, Accra III a donné naissance à un groupe tripartite composé de la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest, de l’Union africaine et de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire. « Le groupe de suivi fera des rapports tous les 15 jours sur les progrès réalisés dans la mise en œuvre de l’accord d’Accra III au président en exercice de la Cedeao, au président de la Commission de l’Union africaine et au Secrétaire général des Nations unies », peut-on lire sur le communiqué final d’Accra III.

Les acteurs de la crise ivoirienne n’ont plus droit à l’erreur. La communauté régionale et internationale semble fatiguée de l’immobilisme de la situation. John Kufuor, le Président ghanéen a d’ailleurs affirmé qu’« il n’y aurait pas d’Accra IV ». Et Kofi Annan d’avertir que « le Conseil de sécurité des Nations Unies se réserve le droit de prendre les mesures nécessaires pour assurer la paix et la sécurité en Côte d’Ivoire ». La patience des médiateurs a des limites.