Côte d’Ivoire : après le miracle économique, la renaissance judiciaire ?


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Alassane Ouattara, Président ivoirien
Alassane Ouattara, Président ivoirien

Quinze ans après la crise post-électorale de 2011 qui avait déstabilisé l’appareil judiciaire ivoirien, le gouvernement affiche un bilan en hausse : numérisation, constructions de tribunaux et hausse des taux de traitement. Mais sur le terrain, l’accès réel à la justice reste un défi quotidien.

En 2011, au sortir d’une décennie de crise politique, le système judiciaire ivoirien souffrait d’infrastructures dégradées, d’un manque de personnel et de lenteurs chroniques. Pour redresser l’appareil d’État, les gouvernements successifs ont engagé une série de réformes et d’investissements. Quinze ans plus tard, si les indicateurs officiels s’améliorent, la modernisation de la justice ivoirienne fait face à d’importants défis structurels.

Un vaste plan de modernisation de l’appareil judiciaire

Le plan de rénovation s’est traduit par la réhabilitation de 28 tribunaux et deux cours d’appel, la création de sept nouvelles juridictions ainsi que de structures spécialisées, comme le Pôle pénal économique et financier en 2020. Selon les chiffres du ministère, le taux de traitement des dossiers atteindrait 74,1 %. Cependant, le taux de couverture des départements en juridictions n’a progressé que modérément, passant de 38,9 % en 2011 à 42,6 % en 2025, illustrant la persistance de déserts judiciaires dans l’intérieur du pays.

Massifs, ces investissements dans les infrastructures ont eu des répercussions positives sur la manière dont la justice est aujourd’hui rendue en Côte d’Ivoire. Le taux de couverture des départements en juridiction est ainsi passé de 38,9% en 2011 à 42,6% en 2025 ; le taux de traitement des dossiers a atteint 74,1%, et celui des plaintes pour violation des droits de l’Homme approchait les 90% en 2024. La Cour d’appel d’Abidjan, qui a communiqué ses résultats à la fin de l’année dernière, se targue quant à elle d’une augmentation de 14,5% de ses décisions en un an, d’instructions en hausse de 74% à 91% et d’un taux de traitement de 100% par sa section criminelle.

Une digitalisation qui s’accélère

Aussi encourageants qu’ils soient, ces résultats ne masquent pas le fait qu’en Côte d’Ivoire, entamer une procédure judiciaire demeure un processus long et incertain. Pour fluidifier et accélérer le traitement des procédures, les autorités misent donc sur la digitalisation à marche forcée des services judiciaires. Après un lancement pilote en janvier 2025 dans deux localités, le ministre de la Justice, Sansan Kambilé, a annoncé en juin dernier l’extension de la plateforme e-justice.ci à dix nouvelles juridictions. Le symbole, derrière cette généralisation d’une plateforme digitalisant les procédures judiciaires, d’une petite révolution culturelle à l’échelle du pays.

Pour désengorger les tribunaux, le ministère de la Justice mise sur la numérisation avec la plateforme e-justice.ci, étendue à dix nouvelles localités mi-2025. Si l’outil vise à simplifier la délivrance de documents comme les casiers judiciaires ou les certificats de nationalité, sa généralisation se heurte encore aux disparités d’accès au haut débit et à la sous-équipement informatique de certains greffes.

Le chemin vers une justice moderne, pour une société ivoirienne en mouvement

Au-delà des outils numériques et des projets d’interopérabilité des données (Digital-ID), l’épreuve des faits reste décisive pour la justice ivoirienne. Le désengorgement effectif des maisons d’arrêt et la perception de l’indépendance des juges par les citoyens demeureront les véritables marqueurs de cette modernisation.

Maceo Ouitona
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Maceo Ouitona est journaliste et chargé de communication, passionné des enjeux politiques, économiques et culturels en Afrique. Il propose sur Afrik des analyses pointues et des articles approfondis mêlant rigueur journalistique et expertise digitale
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