Contre l’instrumentalisation du drapeau algérien par le FN

Plusieurs associations antiracistes réclament la suppression de l’affiche utilisée par le Front National (FN) pour la campagne des régionales en France, et menacent de poursuivre le parti d’extrême droite en justice. L’affiche montre une femme en niqab à côté d’une carte de France dont s’élancent des minarets en forme de missiles et recouverte du drapeau… algérien. Un concentré de préjugés contre l’islam et l’Algérie.

Pour l’association Espace franco-algérien, c’est «un amalgame grossier qui fait des Algériens et des Franco-Algériens des terroristes en puissance». Le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP) dénonce une «incitation à la haine raciale». Quant au parti algérien d’opposition Rassemblement des Forces démocratiques (RCD), il regrette une tentative de «diaboliser l’Algérie en s’attaquant à son emblème national». La Ligue internationale contre le Racisme et l’Antisémitisme (Licra) s’inquiète elle d’une «propagande raciste dirigée contre les musulmans vivant en France». La dernière affiche du Front national de la jeunesse (FNJ), utilisée pour les besoins de la campagne des régionales, passe décidément mal. Après les accusations de plagiat lancées par l’agence de communication qui a conçu l’affiche anti-minarets suisse pour le référendum de novembre dernier, ils sont nombreux en France à dénoncer les préjugés contre les Algériens et l’islam véhiculés par cette campagne du FN.

Placardée en Paca, sous le titre «Non à l’islamisme!», l’affiche montre une femme en niqab devant une carte de France recouverte du drapeau algérien et truffée de minarets en forme de missiles. A Travers cette image, le FN a commis «deux amalgames nauséabonds: l’Algérie et l’Islamisme d’une part, l’Islam et l’Islamisme d’autre part», explique le parti algérien d’opposition laïc RCD dans un communiqué. «C’est une vraie provocation, il met toute une population à l’index. Il falsifie l’histoire, car de nombreuses Algériennes se sont battues contre le voile et l’usage politique qui en est fait», renchérit Christiane Rech, présidente de l’association France-Algérie Méditerranée, sur Rue89.

Plusieurs associations antiracistes en France ont réclamé la suppression de l’affiche -MRAP, l’espace franco-algérien, le CRAN, le Collectif «devoir de mémoire»…-, sous peine de poursuites judiciaires contre le parti d’extrême droite. «Conjointement avec d’autres associations (…), le MRAP s’associe à une plainte contre le message véhiculé par cette affiche. Il demande, en urgence, le retrait de l’affiche, l’interdiction de la coller ainsi que la condamnation de ses auteurs», lit-on sur le site du MRAP.

L’utilisation du drapeau algérien est une réponse aux t-shirts qui seraient en circulation à Marseille représentant la carte de France aux couleurs de l’Algérie, justifie Jacky Blanc, responsable de la section FN des Bouches-du-Rhône. «Il est scandaleux que la France soit recouverte du drapeau du FLN [ sic !]», s’est-il offusqué.
Le président sortant de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca), Michel Vauzelle (PS), qui a demandé dimanche «l’interdiction» de l’affiche «ouvertement raciste» du FNJ, est lui accusé d’être à la solde du… FLN (Front de libération nationale, le parti qui a mené la lutte contre le colonisation française en Algérie, ndlr). Sous le titre «Allié du FLN dans la défense de l’islamisme», David Rachline, coordinateur national du FNJ, s’est fendu lundi d’un communiqué où il dénonce une «position ubuesque de la part d’un ancien ministre, qui se place ainsi dans le camp du parti de l’étranger».

Nauséabonde mais pas étonnante. La nouvelle campagne de communication du FN, «prévisible», était l’occasion pour lui d’attiser «la fibre nationaliste des nostalgiques de l’Algérie Française», selon le RCD. «Compte tenu du passé colonialiste de Jean-Marie Le Pen en Algérie, je pense qu’il s’agit d’une manière pour le leader du FN de régler ses comptes», estime Christiane Rech, présidente de l’association France-Algérie Méditerranée. Ancien officier de renseignement durant la guerre d’Algérie, accusé à de nombreuses reprises de torture, Jean-Marie Le Pen n’a jamais pu se faire à l’idée d’une Algérie indépendante.