Contre-G8 : le Forum des Peuples, la solution alternative ?

Comme un pied de nez au trop sélect G8, le 7ème sommet altermondialiste se tient, du 6 au 9 juillet, à Katibougou près de la capitale malienne. Rassemblant les pays laissés-pour-compte de la sphère des décisions, cette rencontre est résolue à promouvoir des solutions et des réponses adéquates au problème du développement des pays les plus démunis, sous l’égide de la CAD-Mali.

« On ne croit pas au G8 ! » s’exclame Nouhoum Keïta, le chargé de communication de la CAD. Au Forum des Peuples, le ton est donné. Ce « sommet des pauvres », qui se tient à l’Institut Polytechnique Rural de Katibougou, à une soixantaine de kilomètres de Bamako, se veut le pendant altermondialiste du sommet du G8, la réunion annuelle des huit puissances les plus riches du globe qui se déroule actuellement à Toyako, au Japon. Grand rendez-vous citoyen, cette 7ème édition rassemble plus d’un millier de personnes, dont une centaine d’associations et d’ONG venues du monde entier (Europe, Amérique Latine, Afrique,…). Cette rencontre est organisée par la CAD-Mali, la Coalition des Alternatives Africaines Dette et Développement, présidée par Mme Barry Aminata Touré.

Pendant trois jours, jusqu’à mercredi, 81 thèmes seront abordés. Parmi ceux-ci, la question de la dette extérieure demeure au cœur des débats, tout comme les Accords de Partenariat Economique (APE) que l’Union Européenne veut imposer aux pays Afrique, Caraïbes, Pacifique (ACP). Au sommaire des préoccupations cette année, les altermondialistes souhaitent également s’interroger sur le rôle de la femme aujourd’hui, ainsi que sur la force de la jeunesse, qui représentent des atouts trop peu exploités par les Pays En Développement (PED). Des ateliers leur
sont dédiés, l’ Espace Univers des Femmes et l’ Espace Jeunes.Dans son discours d’ouverture, Aminata Touré a présenté la justice sociale comme « le passage obligé et incontournable pour assurer une prise en
charge durable et définitive de la problématique du développement dans
le monde ».

« Nous nous méfions des effets d’annonce du G8 »

Et pendant ce temps, à Toyako… Les Grands s’accordent pour décider des politiques économiques et sociales à mettre en place dans le monde. L’un des enjeux notoires est l’aide au développement à apporter aux pays les plus démunis de la planète. Le hic, c’est que les principaux intéressés ont rarement leur mot à dire dans des décisions prises unilatéralement. Cependant, la première journée du G8 a été, lundi, consacrée à une réunion de travail avec 8 représentants africains dont celui de l’Union Africaine. Mais au Forum des Peuples, l’heure est au scepticisme. « Nous nous méfions des effets d’annonce du G8 », tranche Nouhoum Keïta, «nous organisons justement le Forum des Peuples pour montrer le caractère illégitime, voire illégal, du sommet du G8. Quelques puissances parmi tous les régimes se sont arrogé le droit de décider dans quelle direction doit aller le monde. C’est absolument anti-démocratique !»

Les déclarations de Nicolas Sarkozy, lundi en marge des rencontres officielles, font beaucoup parler à Katibougou. Le président français s’est insurgé de ce que le G8 ne soit pas ouvert à davantage de nations : « Ce n’est pas raisonnable de continuer de se réunir à huit pour régler les grandes questions du monde, en oubliant la Chine, en n’invitant pas, en n’ayant aucun pays arabe, aucun pays africain, et en n’ayant aucun pays de l’Amérique latine ». Effet d’annonce encore une fois ? Il faudra attendre un an pour connaître le taux de démagogie de ces paroles… « On ne peut pas compter sur eux, continue Nouhoum Keïta, ils ont toujours promis des choses dont ils ne sont pas capables, dans une logique économique qui continue de nous exploiter. Nous ne partageons pas leur logique. »

« C’est d’abord à nous d’assurer le développement de nos pays »

Les altermondialistes n’attendent plus rien des grands décideurs. Un jeune militant explique : « c’est d’abord à nous d’assurer le développement de nos pays. Cela passe par la lutte contre la corruption. Cela passe aussi par une bonne gestion des deniers publics ». Théorie approuvée par Nouhoum Keïta : « Nous devons nous organiser à l’intérieur des pays, afin de créer les conditions favorables à la mise en place de politiques agricoles et économiques. Les PED ne doivent plus être dépendants des politiques de l’extérieur, mais seulement de politiques endogènes tournées vers la satisfaction de nos populations. »

Le « sommet des pauvres » est le résultat d’un travail de longue haleine en amont : « Ces 3 journées dressent le bilan des situations économiques. C’est une évaluation faite à partir de données récoltées tout au long de l’année », explique le chargé de communication de la CAD. Chaque pays présent sur le forum apporte donc son témoignage, basé sur des enquêtes de terrain, des données statistiques et sur les déclarations des citoyens présents. Selon Nouhoum Keïta, « tout le monde est bienvenu. On rencontre des personnes qui viennent d’être licenciées, d’autres qui n’ont pas accès à l’éducation, ou à la santé. Beaucoup nous parlent de la crise alimentaire qui les touche quotidiennement. »

Le Forum des Peuples, pendant 3 jours, oscille entre rêve et réalité. L’idéal d’un monde meilleur que l’on croit toujours possible et la dureté de la réalité, celle des conditions de vie critiques que l’on espère voir changer… en ne comptant plus sur les promesses hypothétiques lancées autour d’un déjeuner fin, à l’abri d’un hôtel de luxe nippon.

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