Sommet du G8 : Paroles, paroles, paroles ?

Réunis à Toyako, sur l’île d’Hokkaido au Japon, les chefs d’Etat du Groupe des Huit ont consacré, lundi, la première journée de ce sommet du G8 à une réunion de travail avec les représentants de 7 pays africains. L’Union Africaine (UA) s’est jointe à ces discussions. L’Afrique a appelé les pays du Nord à respecter les engagements pris en 2005 et 2007 lors des précédents sommets de l’organisation, dont les objectifs d’aide au développement du continent noir sont loin d’avoir été remplis.

Encore des mots, toujours des mots ? La réunion des représentants des 8 pays les plus riches (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Canada, France, Allemagne, Russie, Italie et Japon) avec les leaders de 7 pays africains en développement (Afrique du Sud, Algérie, Ethiopie, Ghana, Nigéria, Sénégal, Tanzanie, ainsi que l’Union Africaine) était fortement attendue ce lundi. Les pays Africains comptent sur ces discussions pour relancer les processus d’aides mis au point par les pays du Nord lors du sommet de 2005 à Gleneagles (Ecosse). A cette occasion, les membres du Groupe des Huit avaient conclu un accord qualifié d’ «historique » visant à doubler l’aide annuelle à l’horizon 2010, par rapport à la somme allouée en 2004. Ces engagements devaient porter les fonds à 50 milliards USD, mais avaient été revus une première fois à la baisse l’année dernière, la somme à apporter à la cagnotte passant de 25 à 21,8 milliards USD. Malgré cela, seuls 14% de cette somme (soit 3 milliards de dollars) ont pour le moment été versés. Un retard qui hypothèque largement les chances de parvenir aux promesses de 2007 et qui est dénoncé par les Nations-Unies, ainsi que par de nombreuses ONG ou personnalités, à l’occasion du rapport DATA 2008 [[Présenté à Paris le mercredi 18 juin, le rapport DATA (Debt Aids Trade Africa) revient sur les engagements des pays riches à l’encontre du continent africain]].

Un message fort ?

Le Premier ministre japonais, Yasuo Fukuda, a déclaré en début de matinée que le G8 avait la volonté de délivrer un « message fort » aux pays en développement, dont beaucoup se situent sur le continent africain. Peu avant l’ouverture des débats au Japon, José Manuel Barroso, le président de la Commission de l’Union Européenne (UE), a évoqué la possibilité de créer un fonds d’1 milliard d’euros, destiné à subventionner le secteur agricole dans les Pays En Développement (PED). Ce fond serait alimenté par des crédits et des sommes non utilisées par le budget européen, néanmoins, ce projet devra obtenir l’aval des 27 membres de l’Union avant de pouvoir être effectif.

Angela Merkel, la Chancelière allemande a, pour sa part, déclaré que le G8 « prendrait des mesures pour garantir l’alimentation mondiale. » Nicolas Sarkozy a, quant à lui, parlé de lever les restrictions aux exportations de denrées alimentaires imposées à l’Afrique par les pays développés. La crise alimentaire et la flambée des prix du pétrole sont en effet au centre des préoccupations : selon la Banque Mondiale, les prix alimentaires ont bondit de 83% en 3 ans. Au vu des retombées négatives dans les pays Occidentaux, on en imagine sans mal l’impact catastrophique sur les populations africaines.

Des paroles aux actes

Pour éviter l’écueil de 2005 et 2007, le continent africain espère que cette fois-ci, les pays riches joindront le geste à la parole. Les résultats sont souvent bien loin des attentes et des promesses faites lors des sommets internationaux. Parmi les pays riches, le Japon fait figure de bon élève, puisqu’il est un des rares parmi les 8 à avoir respecté ses engagements des années précédentes. Hôte des Grands pendant ce sommet, il pourrait donc être à même de donner une nouvelle impulsion à la réduction de la pauvreté et au développement de l’économie en Afrique et dans les autres pays démunis.

D’autant que les politiques d’Aide Publique au Développement (APD) ont déjà prouvé leur efficacité. La portion –congrue– des fonds consacrés au développement en Afrique a permis d’augmenter, par exemple, le nombre de malades du SIDA bénéficiant de traitements. Elle a aussi facilité, pour de nombreux pays africains, la mise en place de politiques sociales favorisant l’accès à l’éducation : en moins de 10 ans, la part d’enfants scolarisés a augmenté de 40%.

Ces efforts doivent donc être poursuivis, car les premiers résultats, s’ils sont prometteurs, sont largement insuffisants et tardent à venir. L’ONU a évalué, dans un rapport récent, que les objectifs prévus par les pays donateurs pour sortir l’Afrique de la pauvreté ne seraient atteints qu’en 2147…

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