Consensus au forceps

Les putschistes bissaoguinéens du 14 septembre dernier sont parvenus dimanche à faire signer leur pacte de transition à 16 des 17 partis nationaux. Les hésitations de ces derniers reposaient sur la nomination d’Artur Sanha, secrétaire général du parti du Président déchu, au poste de Premier ministre. Celui-ci a finalement été investi en compagnie du Président par intérim Henrique Barbosa.

Les auteurs du coup d’Etat du 14 septembre dernier en Guinée-Bissau sont à nouveau passés en force ce week-end. Ils sont parvenus dimanche à faire signer leur « pacte de transition » à des partis qui refusaient d’en entendre parler seulement quatre jours plus tôt. Le milieu politique comme la société civile avaient immédiatement applaudi le renversement « non-violent » du Président Kumba Yala au lendemain du coup de force. Mais ils ont vite déchanté lorsque les putschistes ont désigné contre l’avis de tous Artur Sanha, le secrétaire général du Parti de la rénovation sociale (PRS, le parti du Président déchu), comme Premier ministre. La « Plate-forme des organisations non gouvernementales nationales » (Placon) de Guinée-Bissau avait même annoncé jeudi qu’elle ne participerait plus au comité chargé de rédiger le « pacte de transition » et qu’elle retirait sa confiance au comité militaire. Tout en gardant la porte du dialogue ouverte.

Finalement, seize des dix-sept partis nationaux ont signé ce document censé fixer les termes de la transition engagée dans le pays. Sitôt le pacte signé, partis, société civile et comité militaire ont désigné un Conseil de la transition, sorte d’assemblée intérimaire composée de 56 membres – 26 du comité militaire, 23 des partis et 8 de la société civile – XXX jusqu’à l’élection d’un vrai Parlement. Fraîchement composée, l’instance s’est empressée d’investir le Président Henrique Barbosa et le Premier ministre Henri Sanha dans leurs fonctions. Selon le pacte de transition, des élections législatives devraient être organisées dans six mois et des Présidentielles un an plus tard.

Le dernier opposant

Seul le Parti uni social et démocrate (PUSD) de l’ancien Premier ministre et principal opposant à Kumba Yala, Fransisco Fadul, s’en est tenu à sa position d’origine. Il est le seul à avoir refusé de signer le pacte de transition et donc de siéger au sein du Conseil. Quitte à se retrouver marginalisé. Jeudi, ils étaient encore cinq partis – le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC), l’Union pour le changement (Um), le Parti de l’unité nationale (Pun), l’Alliance des partis unis (Apu) et le Parti uni social démocrate – à refuser l’invitation des militaires à une réunion sur l’avenir du pays. Le leader du Pun déclarait même à l’AFP qu’aucune de ces formations ne signerait le pacte. Mais samedi, ils n’étaient plus que deux à refuser de parapher le document et à rejeter le choix d’Artur Sanha comme Premier ministre. La cérémonie d’investiture du Président et du Premier ministre prévue ce jour là a dû être repoussée à dimanche afin que le comité militaire puisse convaincre ces partis de revenir sur leurs positions, selon l’AFP.

Le PAIGC a finalement cédé. Son président a fait savoir qu’il prendrait part au Conseil national, « pour assurer un contrôle » durant cette période, mais qu’il ne participerait pas au gouvernement de transition. Pour faire flancher les partis rebelles, les militaires ont dû accepter que figure dans le pacte un paragraphe précisant que « le coup d’Etat du 14 septembre est l’œuvre du comité militaire qui a imposé contre le gré de tous un Premier ministre et un président de la transition ».